Le gaz de schiste, où en est-on ? Sa prospection en Tunisie a-t-elle vraiment commencé ? Les opérations de prospection sont-elles désormais autorisées? Si oui, dans le cadre de quelle loi ? Qu’est ce qui s’est passé à propos du contrat de prospection de gaz de schiste avec Shell ? Comment la Tunisie va-t-elle faire face à ce qui est présenté comme un grand danger dû à l’exploitation du gaz de schiste ? L’affaire de l’exploitation du gaz de schiste n’en finit pas de déchaîner des salves d’interrogations. Mais il semble que le gouvernement de Mehdi Jomaâ ait dit son dernier mot. Lors d’une réunion, mercredi, 3 septembre 2014, avec les rédacteurs en chef des différents médias, Mehdi Jomaâ a annoncé que son gouvernement est déterminé à explorer le gaz de schiste, estimant que les critiques n’arrêteront pas ce projet. Pis ! Des offres provenant de différentes compagnies sont actuellement en phase d’étude, selon ses dires. Une déclaration qui n’a pas été du goût des écologistes.
Dans une déclaration à Africanmanager, Achref Gharbi, ancien membre de l’association « AgricoForest », a réitéré le refus catégorique de toute utilisation de cette technique d’exploration en Tunisie, soulignant que l’affaire ne pourra pas passer inaperçue notamment devant les députés de l’ANC qui s’en occupent.
Il a, en outre, précisé que la société civile ne va pas attendre ou rester les bras croisés devant cette technique qu’il a qualifiée de dangereuse.
Achref Gharbi a exprimé son étonnement de voir l’UGTT soutenir l’exploration du gaz de schiste en Tunisie, étant rappelé que l’organisation syndicale a exhorté le gouvernement à commencer l’exploitation du gaz du schiste au Sud Tunisien, « l’Algérie a terminé toutes les explorations et va commencer l’exploitation du gaz de schiste. Cette exploitation facilitera l’octroi à la Tunisie des emprunts dont elle a besoin à l’échelle internationale », a indiqué le secrétaire général adjoint chargé des études Anouar Ben Gaddour dans une récente déclaration à Africanmanager.
De son côté, le président de la commission de l’énergie et des secteurs productifs à l’ANC, Chafik Zarguine n’a pas écarté que le gouvernement de profiter de la période électorale pour faire passer cette loi, à l’instar de ce qui s’est passé avec la loi relative à la création du Fonds de la dignité au profit des victimes de la dictature, approuvée tard dans la nuit par les députés de l’ANC. Une action qui a été considérée comme « un poignard dans le dos » par nombre de Tunisiens.
Il a reconnu, dans le même cadre, que des accords de prospection et de recherche ont été également accordés à des compagnies étrangères.
Le député a ajouté que la dite commission va se réunir la semaine prochaine pour discuter de l’affaire en présence du Chef du gouvernement, Mehdi Jomaâ, qui sera sommé de fournir des explications sur le sujet.
Des études internationales révèlent, en effet, la disponibilité en Tunisie d’un stock considérable de gaz de schiste, estimé à cinq mille milliards de mètres cubes. Dans une déclaration récente à TAP, le directeur central de la production à l’Entreprise tunisienne des activités pétrolières (ETAP), Yassine Mestiri a estimé que ce stock peut être exploité durant 80 ans, soulignant que ce type de gaz pourrait constituer l’une des solutions pour la diminution des importations d’hydrocarbures par la Tunisie ».
Quant à lui, Sofiane Réguigui, président de l’Association Tunisienne de transparence dans l’énergie et les mines (ATTEM) nous a précisé, récemment, que la Tunisie n’est même pas prête sur le plan juridique et fiscal (Code des Hydrocarbures).
Selon lui, l’exploration des hydrocarbures non conventionnels, notamment le gaz de schiste, se base sur des techniques nouvelles, à savoir le forage horizontal, la fracturation hydraulique ; or cette dernière est utilisée dans la majorité des cas nécessitant l’utilisation d’énormes quantités d’eau auxquelles sont ajoutés des produits chimiques plus ou moins nocifs. « Ces produits constituent une menace directe pour les ressources en eau et l’environnement. D’autant plus que, à ce jour, on n’a pas une réglementation pour régir l’utilisation des produits chimiques », a-t-il dit.
Par ailleurs, un rapport de l’office national de l’énergie révèle qu’aux États-Unis, chaque puits de la formation de schiste de Barnett, dans le bassin de Fort Worth (Texas), nécessite quelque 11 millions de litres d’eau douce lors de la fracturation hydraulique. Le prélèvement d’un important volume d’eau douce dans le milieu naturel, même sur une courte période de temps, pourrait avoir des effets sur les écosystèmes aquatiques et humides, les puits d’eau potable, les systèmes d’irrigation agricole ou tout autre usage de l’eau.
De plus, chaque opération de récupération du gaz est accompagnée d’émissions de gaz à effet de serre qui contribue au changement climatique. Chaque forage occupe une emprise au sol d’environ un hectare (10.000 m2) pendant la période de forage. Après la période de forage et pendant toute la période d’exploitation, chaque tête de puits occupe plusieurs dizaines de m2 (l’équivalent d’une grange) au centre d’une surface « réservée » d’environ 1/3 d’hectare.
Plus encore, chaque puits peut produire 4 millions d’eau usée, une eau qui sera mélangée à des produits hautement corrosifs ou cancérigènes comme le benzène, et même des éléments radioactifs comme le radium.
Khadija Taboubi








