Les deux grands partis Nidaa Tounès et Ennahdha sont en train de mener un combat sur plusieurs fronts. D’abord, ils font face à une contestation interne, à la suite de l’annonce des têtes des listes et de la composition des listes elles-mêmes pour les législatives. Ensuite, les autres (petits) partis critiquent les grands alliés pour leur insouciance face aux exigences de la conjoncture : établir le plus large front pour faire aboutir le projet qu’ils défendent en commun. Préserver le projet de société et le caractère civil et moderne de l’Etat tunisien et promouvoir un modèle de développement efficient et généreux, pour les uns et réaliser les revendications de la jeunesse et des régions intérieures qui ont été entravées par la contre-révolution pour les autres.
Elargir le front des alliances équivaut pour les petits partis à leur donner une place sur l’échiquier politique , mais veut dire pour les grands partis perdre des voix en appuyant des formations minuscules qui ne peuvent rien ajouter à l’équation , à l’issue du scrutin.
Evidemment les deux grands partis ne se sont jamais détournés de leurs alliés. Et on a remarqué qu’Ennahdha qui avait une majorité conséquente à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) et une troïka toujours soudée et opérationnelle à l’exécutif et au législatif, n’a pas manqué de réunir le maximum de partis pour appuyer ses thèses sur d’autres sujets. Le parti islamiste n’a-t-il pas créé en septembre 2013 , une alliance de toutes pièces , composée de 12 partis , qu’il a même dotée d’un Conseil central et cherché à l’associer, comme entité indépendante, au dialogue national.
De même que Nidaa Tounès a toujours œuvré à élargir ses alliances, au moment des luttes ouvertes,comme cela a été le cas en juillet et août 2013, ou lors des négociations dans le cadre du dialogue national. Il y a eu à plusieurs reprises des divergences et même des malentendus, mais le cap a été maintenu jusqu’à dernièrement, où on a vu le parti de Béji Caid Essebsi (BCE) faire cavalier seul tout comme Ennahdha , d’ailleurs.
Cette attitude identique de la part des deux partis que tout oppose, peut s’expliquer par le souci de chacun d’eux de rassembler le maximum de voix et d’avoir le maximum de sièges pour être le premier parti du pays.
En fait, dans un système politique qui s’apparente au régime parlementaire, c’est au premier parti que va être confiée la mission de former le gouvernement , et de mener le jeu politique jusqu’aux présidentielles . Et il est presque indéniable que le résultat des législatives influencera les présidentielles et permettra au premier parti de placer son favori à Carthage. Donc, l’enjeu d’être classé premier au scrutin législatif est un enjeu important pour n’importe quel parti, et ce classement aura de grandes conséquences sur l’avenir du pays et sur le système politique à instituer.
D’ailleurs, tous les partis qui partent favoris pour les scrutins et estiment qu’ils ont des chances réelles de les emporter, choisissent de les mener en solo pour ensuite chercher des alliances qu’ils jugent nécessaires, après l’annonce des résultats, pour compléter la marche. Et on a vu le Parti Démocratique Progressiste (PDP) d’Ahmed Néjib Chebbi agir de la sorte lors du scrutin d’octobre 2011, mais il n’a pas réussi comme il s’y attendait.
Pour maintenir l’esprit de coopération et la confiance entre les composantes de la famille démocratique, les observateurs jugent que l’essentiel est de comprendre les contraintes de chaque formation et de miser sur le maximum de sièges, et après les résultats la recomposition politique peut avoir lieu.
Aboussaoud Hmidi








