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Tunis-Fermeture des mosquées hors contrôle : Est-ce la bonne décision et est-ce le bon moment?

Courageuse, logique et frappée au coin du bon sens, les qualificatifs abondent pour désigner la décision prise par le chef du gouvernement, Mehdi Jomaâ de fermer les mosquées qui échappent au contrôle du ministère des Affaires religieuses. Cela doit vouloir signifier que désormais, les lieux du culte placés sous la férule des extrémistes et des radicaux devront mettre la clé sous le paillasson.

La décision a été annoncée à l’issue de la réunion de la cellule de crise créée récemment au niveau de la présidence du gouvernement, suite à l’attaque terroriste survenue récemment à Jebel Chaâmbi faisant 15 tués et 23 blessés. Il s’agit, certes, de coups durs et douloureux pour les terroristes et les extrémistes religieux, mais qui ne sont pas exempts de doute et de crainte : Qu’est-ce qui peut se cacher derrière cette décision? Qu’y a-t-il derrière les ordres de Mehdi Jomaâ ? Pourquoi de telles décisions ont été prises en ce moment précis, et pas trois ans ou moins 6 mois plus tôt? Quel effet cela peut-il avoir ? Est-ce la bonne solution ?

Férid Béji, président de l’Association zeitounienne de la genèse du Prophète et représentant du Conseil international du monde islamique a indiqué, dans une déclaration à Africanmanager, que la décision de Mehdi Jomaâ de fermer les mosquées anarchiques est « très indigente » et « témoigne de la faiblesse de l’Etat ».

Il a expliqué qu’après l’annonce de cette décision, les Tunisiens ont exprimé leur sympathie envers les Imams. Il a affirmé que la bonne décision aurait été de jeter ces extrémistes en prison. « Il faut seulement avoir de la volonté politique», a-t-il poursuivi.

Selon lui, les Imams qui tiennent des discours à consonance politique, syndicale ou Wahabite dans les mosquées peuvent être comptés sur les doigts d’une main et pourraient être pourchassés, neutralisés et placés derrière les barreaux dans moins de 7 jours.

Un point de vue partagé par le Cheikh Mohamed El Fadhel Ben Achour, qui nous a précisé que la décision a été prise par un « pouvoir impotent », appelant, en revanche , à la réactivation de la loi relative à l’organisation des mosquées ou à la mise en place de nouvelles lois et procédures garantissant la neutralité des lieux de culte.

Il a indiqué, en outre, qu’une telle décision peut avoir des impacts négatifs et pourrait même menacer la stabilité et la sécurité du pays. Cela pourra également impacter le processus de transition démocratique pour justifier, aux yeux des terroristes, les crimes commis, selon ses dires.

Ben Achour n’a pas exclu, en outre, la possibilité que le gouvernement soit diabolisé suite à cette décision, appelant à l’ouverture d’un dialogue avec les syndicats spécialistes et ayant des connaissances dans le domaine.

De son côté, le député et rapporteur général de la constitution, Habib Khedher, a indiqué sur sa page Facebook, en réaction à la décision de fermeture des mosquées hors de contrôle, que la décision du gouvernement constitue tout de même une violation de la constitution, laquelle est la garante de la liberté de la religion et des pratiques religieuses, ainsi que des droits et libertés, au sens de l’article 49. Il a appelé la présidence du gouvernement à réviser cette décision qui donnera davantage d’ailes au terrorisme. Il serait plus sage, selon lui, de nommer des Imams provisoires au lieu de punir le citoyen pour le retard mis par le gouvernement à créer le cadre religieux nécessaire aux mosquées.

Par ailleurs, selon nombreux experts en la matière, la décision de Mehdi Jomaâ est expliquée par le nombre de tentatives d’attentats manqués ou exécutés contre des établissements publics, des hôtels, des personnalités politiques ou encore des mausolées. Nous apprenons de bonne source que les appareils sécuritaires spécialisés ont averti un nombre important de politiciens, d’hommes de médias, et de syndicalistes d’un projet d’assassinat et les ont conseillés d’être prudents à l’occasion de la fête de République, le 25 juillet prochain. D’autres sources sécuritaires ont évoqué la possibilité d’un troisième assassinat politique à cette occasion. Des projets terroristes qui expliquent, entre autres, la chasse annoncée par Mehdi Jomâa aux mosquées tombées aux mains des radicaux de la mouvance islamiste djihadiste.

Plusieurs autres décisions, non moins courageuses, ont été également prise notamment en ce qui concerne la suspension immédiate des activités des ONG suspectées d’avoir des liens avec les activités terroristes, en attendant d’édicter les mesures judiciaires dans ce sens.

Il a été également décidé de créer au sein de la cellule, d’une commission dédiée au suivi des activités des ONG, et notamment des filières de leurs financements, à la recherche d’éventuels liens avec les groupes terroristes, le renforcement immédiat des forces de l’armée nationale et de la garde nationale en démarrant les démarches en vue de recruter 3250 nouveaux agents pour la première et 500 agents supplémentaires pour la deuxième.

Il s’agit aussi d’engager des poursuites judiciaires contre tous ceux qui auront été inculpés de discours takfiriste ou poussant à la haine et au meurtre.

Khadija Taboubi

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