Après moult circonvolutions, le président de la République sortant, Moncef Marzouki , se résout enfin à remettre les clés du palais de Carthage au président élu, Béji Caïd Essebsi. En soi, cet événement doit être regardé cependant comme un tournant capital dans l’histoire de l’accession au pouvoir en Tunisie. Plus besoin de coup d’Etat médical ni de révolution ni même de choix partisan pour devenir président. La 2ème République est sentencieusement sortie des urnes, par voie de suffrage universel en respectant les formes tout autant que la volonté du peuple.
A bien des égards, cet épilogue a de quoi constituer un motif de fierté pour les Tunisiens habitués à être les témoins impuissants du défilé de ceux qui sont appelés à les gouverner sans avoir bien entendu voix au chapitre, faisant d’eux des sujets plutôt que des citoyens qui décident de la chose publique et de ceux qui ont la charge de l’administrer. Et ceci n’est pas allé sans déboires, soubresauts et autres dérives qui ont fortement et durablement hypothéqué toute l’ordonnance politique du pays, et tous ses effets induits, économique, social, culturel et de développement.
En faisant leur deuil de la 1ère République, les Tunisiens ne doivent en aucun cas oublier qu’ils lui doivent beaucoup de choses que leur envient d’autres nations , tels que l’éducation, l’accès à la santé, l’égalité entre l’homme et la femme, une diplomatie souvent citée en référence, des acquis qui sont dus pour une grande part au fondateur de la Tunisie moderne, Habib Bourguiba , même si le premier Président du pays ne peut pas être indemne de reproches d’ordre essentiellement politique, faut-il le préciser. Une carence qu’il est devenu important et surtout possible de combler au sortir de trois années de post révolution dont le principal et sans doute unique acquis se nomme la liberté d’expression.
Les temps sont rigoureusement venus d’y ajouter ce qui devrait permettre à la Tunisie de faire son envol vers le bien-être, la croissance économique, la sécurité sous toutes ses formes, le développement pour tous et d’abord pour les régions de l’intérieur. Autant de chantiers auxquels sont requis de s’atteler séance tenante les nouveaux gouvernants qu’il s’agisse de ceux du Parlement, du gouvernement ou de la présidence de la République. Cela doit vouloir dire que les uns et les autres doivent résolument s’excepter de tout ce qui a entaché le passage au pouvoir de cette troïka qui a pulvérisé toutes les chances qui lui étaient offertes de mettre le pays sur les rails en s’enfonçant dans ses propres contradictions et dérives , laissant de côté l’essentiel, à savoir mettre le pouvoir au service des gouvernés et s’investir sincèrement et avec compétence dans les missions d’intérêt public.
Le nouvel attelage désormais au pouvoir sera-t-il en état de sortir le pays de l’ornière, comme le répète à satiété son chef, Béji Caïd Essebsi ? Le préjugé favorable existe qui puisse lui permettre de mener le pays à bon port ou au moins à proximité. Les intentions proclamées et les actes et gestes liminaires s’y attachant donnent généralement à penser que « la partie est jouable » même si les impondérables peuvent fausser les calculs et grever la mise en œuvre des programmes affichés pendant les campagnes électorales et avant. Le fait est que le pays est en butte à des problèmes qui n’ont pas l’heur d’être réglés en peu de temps. Et ceci requiert beaucoup d’imagination, de sens de l’Etat, de persévérance et de patience aussi, tant les attentes des Tunisiens sont grandes et leurs revendications d’aller vite irrépressibles.
C’est évidemment à l’aune de sa gestion de ces défis que la nouvelle équipe au pouvoir sera jugée. Ce ne sera pas chose aisée, mais il est impératif que la Nation en son entier en soit consciente, car le « tout et tout de suite » est une devise à bannir dès l’abord, pour que l’architecture de la bonne gouvernance et du développement puisse se mettre en place diligemment, mais surtout sans précipitation.
Mohamed Lahmar








