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Pour évaluer la capacité d’un gouvernement à prévenir, et surtout à gérer, une crise financière, il suffit souvent d’observer son fonctionnement en période normale. Une administration qui peine à gérer les affaires courantes aura bien du mal à faire face à une situation d’urgence.
Depuis des mois, nos responsables ne cessent de nous répéter que « l’économie tunisienne est résiliente ». À force de le répéter, ils semblent avoir fini par s’en convaincre eux-mêmes.
La gestion des avoirs en devises à l’occasion du remboursement de l’euro-obligation de 700 millions d’euros en est une illustration parfaite.
Pendant des semaines, les emprunts auprès d’Afreximbank et du Fonds monétaire arabe nous ont été présentés comme une preuve de la confiance des bailleurs de fonds internationaux. En réalité, leur objectif était beaucoup plus modeste : compenser la baisse des réserves en devises provoquée par le remboursement de l’eurobond et maintenir celles-ci autour de 100 jours d’importation.
Le résultat est pourtant sans appel : les deux financements ont bien été négociés, l’eurobond a été remboursé, mais les réserves de change sont passées de 101 à 91 jours d’importation.
Pourquoi ?
Arjaa Khoudhoua.
L’explication est pourtant d’une banalité désarmante. L’accord avec Afreximbank a été signé par le gouverneur de la Banque centrale le 26 juin. Dès ce moment, le gouvernement savait parfaitement que le prêt devait être approuvé par l’Assemblée des représentants du peuple avant tout décaissement.
Et pourtant, le dossier n’a été transmis au bureau d’ordre de l’ARP que le 10 juillet.
Deux semaines pour préparer… une page d’exposé des motifs.
Résultat : le remboursement de l’eurobond a eu lieu, mais le financement destiné à reconstituer les réserves est resté bloqué dans les circuits administratifs.
On nous parle de résilience. Les faits, eux, parlent surtout de lenteur bureaucratique, d’absence d’anticipation et d’une incapacité inquiétante à coordonner des opérations pourtant prévues depuis des mois.
Si c’est ainsi que l’on gère une opération parfaitement connue à l’avance, comment réagirait-on face à une véritable crise financière, où les décisions doivent être prises en quelques heures plutôt qu’en quelques semaines ?
Vive la « résilience ». Ou, plus exactement, vive la résilience administrative à toute forme d’urgence. Voir moins
*Sadol Rouai. Ancien haut cadre à la BCT et ancien conseiller auprès du FMI









