Les revendications salariales dans la fonction publique demeure un casse-tête pour le gouvernement qui ne sait plus où donner de la tête, notamment dans cette période de crise et de déséquilibre budgétaire. Que devra faire l’Etat aujourd’hui ? Augmenter les salaires et supporter la charge comme ce qui s’est passé déjà hier ou refuser et en subir les conséquences ! Lundi, une séance de travail a eu lieu à la Kasbah, où un accord a été signé en présence de représentants du gouvernement et de l’UGTT. Un accord considéré par la présidence du gouvernement comme l’un des plus importants signés avec la centrale syndicale et qui porte sur plus de 140 mille agents publics et dont les incidences financières dépassent 217 millions de dinars. Un accord qui concerne les agents et les ouvriers qui n’avaient pas bénéficié de l’augmentation spécifique, et ce, pour les besoins d’un surcroît de justice sociale, en attendant les autres augmentations salariales auxquelles pourraient aboutir les négociations en cours entre l’UGTT et la présidence du gouvernement. A vrai dire, bien qu’il s’agisse d’un droit, des augmentations salariales dans le contexte économique actuel ne pourraient qu’alourdir la charge sur l’Etat notamment avec la détérioration du rendement de l’administration tunisienne et de la compétitivité de l’économie en général.
Dans une déclaration à Africanmanager, l’ancien ministre des Finances, Houcine Dimasi a estimé que l’accord qui vient d’être signé au profit des salariés est inutile et non convaincant au motif qu’il va aggraver encore le déficit budgétaire, les dépenses et les déséquilibres financiers.
Cet accord risque, également, selon lui, d’ouvrir la porte à d’autres augmentations que ce soit sous forme de primes ou de salaires, espérant que le prochain gouvernement précisera d’une manière nette et claire sa position par rapport au volet « augmentations salariales ».
Il est impossible, selon ses dires, de pratiquer une augmentation salariale secteur par secteur : « Il faut une politique d’ensemble claire en cette matière sinon la catastrophe sur l’économie nationale sera double notamment avec la détérioration du rendement de la fonction publique », a-t-il dit.
Houcine Dimassi a, à ce propos, expliqué que, depuis la Révolution, le rendement de la fonction publique n’a cessé de se dégrader et la compétitivité de l’économie nationale a été pénalisée, ce qui pose, selon lui, un problème énorme, évoquant la détérioration des exportations tunisiennes principalement celles des mines, des phosphates et dérivés. Dans le secteur du textile, le coût devient aussi non compétitif, selon ses dires.
De son côté, Mohamed Salah Ayari, universitaire et expert fiscal nous a précisé que le gouvernement a décidé d’augmenter les primes en attendant les négociations en cours avec l’UGTT et qui devraient être transférées au prochain gouvernement.
Il a, en revanche, indiqué qu’étant donné que la situation économique est difficile, il serait impossible de lier la moindre augmentation de salaire, de prime ou d’ indemnité à la compétitivité afin d’éviter d’impacter davantage l’économie du pays sachant que les recrutements au sein de l’administration tunisienne ont été massifs et énormes durant l’année 2012, ce qui a eu des répercussions négatives sur le rendement des fonctionnaires.
« Le nombre total des salariés s’élève à 2 millions 100 mille salariés dont 700 mille dans le secteur privé et 1 million 400 mille dans le secteur public », a indiqué Ayari, qualifiant ces chiffres d’énormes.
Cette situation a aggravé, selon lui, le niveau des rémunérations et des salaires par rapport à l’ensemble des recettes budgétaires sachant que la masse salariale s’est élevée dans le cadre de la loi des finances 2014 à 10, 555 MD sur un budget de l’ordre de 28, 025MD, soit une masse salariale de 35,6% du budget.
Par rapport au budget complémentaire de l’année 2014, la masse salariale représente 38,1% des recettes budgétaires contre 38,7% dans le cadre de la loi des finances 2015. Un chiffre susceptible de grimper encore avec les augmentations salariales envisagées.
Med Salah Ayari a indiqué, dans ce contexte, que si jamais, il y a des augmentations au titre de l’année 2015, le déficit va s’aggraver encore, la masse salariale pourrait atteindre 40% du budget et l’Etat sera contraint de négliger l’Investissement pour rembourser les salaires.
Du coup, les ressources budgétaires allouées à l’investissement vont diminuer et l’Etat va emprunter pour satisfaire les augmentations salariales », a-t-il ajouté.
Khadija Taboubi








