Parmi les fonctionnaires tunisiens, seuls 20% accomplissent diligemment leurs missions alors que 80% restants . C’est ce qu’a indiqué Ibrahim Missaoui, président de l’Association tunisienne de lutte contre la corruption, affirmant que le nombre de jours de travail effectif d’un fonctionnaire tunisien ne dépasse pas 105 jours sur les 365 de l’année y compris les jours de repos hebdomadaire, le système de la séance unique durant les deux mois de l’été et du mois de Ramadan ainsi que les jours fériés. De même, le travail net ne dépasse pas 3 minutes par jour.
Pis encore, le taux d’absentéisme dans la fonction publique est estimé à 90%, un taux bien au-delà de celui des employés du secteur privé où il ne dépasse pas les 10% sachant que ce taux est plus élevé chez les femmes.
Ces chiffres ont été dévoilés dans une étude menée par ladite association sur l’administration tunisienne, considérée comme un catalyseur primordial pour l’économie du pays. L’étude en question a pointé du doigt la prolifération exponentielle du phénomène de l’absentéisme plus visible dans certains services publics que dans d’autres.
Absentéisme estimé à 14 mille dans l’éducation
L’absentéisme dans le secteur de l’éducation reste très élevé, a relevé Missaoui en référence à une étude réalisée par le ministère qui, a-t-il souligné, a préféré de ne pas publier les statistiques en raison de leur gravité.
Missaoui a, à ce propos, appelé le ministère à publier les chiffres étant donné que l’absentéisme a atteint 14 mille dans l’ensemble des écoles primaires reparties sur tout le territoire de la République. Au demeurant, 80% sont des absences non justifiées.
Outre l’éducation, le rendement des tribunaux est touché par ce phénomène préoccupant. En effet, la moyenne de résolution des affaires en référé a grimpé de 15 à 21 jours à 6 et 8 mois. De même, la moyenne de résolution dans les autres affaires s’est élevée à 3 années et 7 mois.
Des chiffres qui sont plus que jamais préoccupants pour un pays en transition et qui a perdu deux places, occupant la 79ème position sur 157 pays, selon le dernier rapport de l’organisation anti-corruption « Transparency International ».
Samir Annabi, président de l’Instance Nationale de Lutte contre la Corruption a, dans ce cadre, jugé que « ceci est normal dans un pays qui connaît une crise profonde où les structures de l’Etat s’affaiblissent et où il n’y a pas plus de contrôle ».
Un manque à gagner exorbitant
Qu’en est-il de coût économique ? Le manque à gagner dû à ce phénomène est de plus en plus important non seulement pour l’Etat, mais aussi pour les institutions publiques confrontées déjà à plusieurs lacunes, a assuré Salah Riahi, président de l’association « Transparency First ».
Riahi a souligné à Africanmanager que les causes de l’absentéisme sont multiples et elles sont dues également à la révolution qui a rendu l’environnement de plus en plus turbulent où les mesures de la performance ne sont plus basées sur des critères rationnels et bien définis. « C’est légitime dans ce contexte de transition où le concept de l’Etat a changé pour devenir une source de revenus», a-t-il ajouté.
Il a fait remarquer qu’une grande responsabilité incombe au futur gouvernement qui devrait mettre en place un socle de valeurs basé sur le travail de qualité, l’attractivité et la suspension de l’absentéisme.
D’autres mesures sont aussi importantes, a-t-il souligné, citant la révision du système de rémunération qui passerait également, selon ses dires, par un renforcement de la notion de gestion par objectifs dans les différentes sociétés publiques.
Cette ambition nécessite un travail de longue haleine, mais plus que tout, le pays a besoin de la restauration de l’autorité de l’Etat, d’une administration plus disciplinée. Les instances de contrôle auront un rôle déterminant à jouer dans ce processus pour relever ce défi. « Ces instances sont appelées à intervenir non seulement dans les grandes questions, mais aussi dans les petits détails pour pouvoir mettre fin à ces pratiques et garantir une administration moins corrompue », a noté Salah Riahi avant d’expliquer que « la Tunisie, dans cette phase finale, a besoin de stabilité et surtout de productivité pour sauver son tissu économique ».
Wiem Thebti








