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Tunis: Le mensonge de Marzouki, un de plus et sans doute pas le dernier!

Les revirements dans les positions du président sortant en Tunisie, Moncef Marzouki, ne sont pas nouveaux et ne se comptent plus sur les doigts d’une seule main. Les plus célèbres, en 2011 déjà, resteront certainement cette affirmation devant Naoufel Ouertani qu’il ne fera jamais pacte avec Ennahdha et cette autre promesse solennelle devant Samir El Ouafi, qu’il démissionnera sitôt il se rendra compte qu’il n’aura pas réalisé ses promesses électorales.

Le dernier revirement et certainement le plus attendu par toute la classe politique qui suit le déroulement du premier scrutin présidentiel de la révolution tunisienne, a été la promesse donnée de retirer les recours déposés contre les résultats du 1er tour des présidentielles de novembre 2014. La promesse avait été donnée à Rached Ghannouchi, appelé à la rescousse par le Quartet du Dialogue National. Le leader d’Ennahdha a raconté, partout sur les radios et télévisions tunisiennes, comment Wided Bouchammaoui lui a téléphoné pour l’appeler au secours, au nom du Quartet qui essayait alors de trouver une issue au premier piège tendu par le second au scrutin qui aura, in fine, peut-être usé de l’argent public pour y arriver. Rached Ghannouchi a surtout raconté la promesse de Marzouki d’étudier la question du retrait de ses recours auprès du Tribunal administratif (TA). Aucune déclaration, ni de la part de Marzouki ni de la part de son équipe, n’est venue démentir les affirmations de Ghannouchi. C’est donc une promesse solennelle. Celle-ci non plus n’a pas été respectée et tenue. Marzouki a donc menti à Ghannouchi et personne n’a dit le contraire.

Sitôt les recours rejetés par le Tribunal Administratif, avec derrière toute la classe politique et les électeurs qui croyaient leur calvaire fini après le premier mensonge du candidat, Moncef Marzouki envoyait son avocat annoncer à une Tunisie qui broyait déjà du noir dans une atmosphère de tension dans les régions surtout, qu’il faisait appel de la décision du TA.

Me Assil Masmoudi, l’avocat de Moncef Marzouki, président sortant et candidat à la présidentielle, a annoncé lors d’un passage sur Express Fm, «qu’en cas d’acceptation par le Tribunal administratif (TA) des recours formés contre Béji Caïd Essebssi, il est fort probable de refaire le premier tour de l’élection présidentielle».

Constater le mensonge, n’est cependant pas un fait intéressant, tant le candidat Marzouki a fait de fausses promesses tout au long de sa campagne et tant sont nombreuses les volte-face politiciennes du président Marzouki. Le plus intéressant nous semble être l’interrogation sur le sens et les objectifs de tous ses mensonges et toutes ses volte-face.

– Hargneux et mauvais perdant ?

Disons d’abord que, juridiquement parlant, le candidat Marzouki ne fait qu’user de son plein droit et même de sa prérogative de faire respecter la loi qui lui en donne pleinement le droit. Il fait pourtant peu de doute que le fait de donner officiellement une promesse tout en sachant qu’on ne la tiendra pas n’est pas dénué de sens. Et lorsqu’on rattache cela à l’échec du premier tour du scrutin, on comprendrait presque que l’entourloupe était presqu’une réaction épidermique et viscérale, juste pour le plaisir de faire le contraire de tout ce que tout le monde attendait et de faire attendre «le premier de la classe», le plus longtemps possible. On aurait même tendance à croire qu’il ferait exprès, tant il aimait peu son concurrent et tant il dépensait d’énergie à démontrer qu’il est lui-même aimé contrairement à ce que disaient tous les sondages, anciens et nouveaux et ses détracteurs aussi. Un vrai mauvais perdant.

– Calculateur ou mauvais calculateur ?

On pourrait penser aussi que toutes les manœuvres de Moncef Marzouki et son équipe ont un autre sens plus politicien ou même politique. En effet, Marzouki comme toute la classe politique, sait très bien que plus il retarde le second tour, plus on sursoit à la constitution du nouveau gouvernement et donc au démarrage de son action pour remettre le pays sur pieds.

Il sait aussi que plus il retarde le second tour, plus il risque de faire tomber le soufflet de l’enthousiasme des supporters de son concurrent. Ces derniers, pense-t-il certainement, seront moins nombreux en fin d’année, une période de vacances, tant en Tunisie qu’à l’étranger.

– Qu’en pense Rached Ghannouchi, trompé par son poulain ?

Il est alors important de savoir ce que pensent Rached Ghannouchi et Ennahdha de cette nouvelle fourberie de celui qu’ils ont porté au pinacle à bout de bras. Toute la scène politique est en effet d’accord que jamais Marzouki ne serait devenu président de la République, n’eût été le soutien actif d’Ennahdha. Tout le monde en Tunisie s’accorde à dire aussi que le candidat Marzouki à sa propre succession, ne serait jamais arrivé en seconde place, sans les voix, en totalité ou en partie, d’Ennahdha.

Que Wided Bouchammaoui ait téléphoné à Rached Ghannouchi et non au SG de l’UGTT ou au patron des avocats, cela n’est pas sans sens. Ghannouchi est le parrain de Marzouki et peu d’autres que lui auraient pu le convaincre de revenir sur la lettre envoyée à BCE l’invitant à désigner au plus vite le chef du gouvernement. Marzouki a menti à son parrain et lui a fait annoncer des choses qui n’ont jamais été dans ses intentions. Marzouki a ainsi infligé un camouflet à Rached Ghannouchi. Qu’en pense ce dernier qui se terre toujours dans une position de «partialité» entre Marzouki et BCE ?

Khaled Boumiza

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