Les relations, déjà tumultueuses, entre gouvernement et UGTT, viennent de connaître une nouvelle crise larvée, en cette fin de mandat pour Mehdi Jomaa. Déjà échaudée par l’annonce du porte-parole du gouvernement, Nidhal Ouerfelli, à la fin du mois de septembre, du refus de toute augmentation, puis, courant octobre, sur le relèvement de l’âge de la retraite, la centrale syndicale ouvrière tunisienne, l’UGTT, vient de recevoir une lettre signée de la main du chef du gouvernement confirmant sa position ferme contre toute augmentation salariale pour l’exercice 2014.
Interrogé par Africanmanager sur le contenu de cette lettre, le porte-parole de l’UGTT Sami Tahri a indiqué qu’il s’agit d’une «description de la situation économique du pays dont il déduit l’impossibilité d’entamer des négociations sociales et une décision de renvoi de ces négociations au prochain gouvernement, tout en détaillant les grandes réalisations du gouvernement, comme l’augmentation du Smig et la mise en application de quelques accords convenus avec le gouvernement ».
– Un ultimatum de 13 jours dans une lettre remise mardi à Jomaa.
Selon S. Tahri, Mehdi Jomaa aurait aussi fait part, dans sa lettre à l’UGTT, de son intention de ne rien faire, avant d’en informer les partis qui ont remporté les législatives d’octobre 2014 et de prendre leur avis à ce propos. «Il aurait ainsi manifesté sa crainte, en cas de décision d’une nouvelle augmentation salariale pour 2014, d’être accusé d’avoir légué un lourd héritage au prochain gouvernement et nous avons senti que, ce faisant, il agit en fonction de données politiques et aussi personnelles », a-t-il dit, mine de rien, dans sa communication téléphonique avec Africanmanager.
Dans une déclaration à la radio privée tunisienne Shems FM, Sami Tahri avait auparavant indiqué que «nous sommes obligés de prendre plusieurs décisions et de présenter quelques éclaircissements aux Tunisiens pour qu’ils sachent les raisons qui poussent le gouvernement à reporter les négociations sociales ». Interrogé à ce propos par Africanmanager, Tahri a précisé que «nous avons déjà préparé notre réponse à cette lettre que le chef du gouvernement recevra mardi de main en main». Dans cette réponse, nous dira-t-il, il est fait état d’un ultimatum de 15 jours, c’est-à-dire qu’il aura jusqu’à fin novembre 2014 pour annoncer qu’il reviendra aux négociations salariales. Passé ce délai, un comité administratif de l’UGTT se réunira et prendra les mesures qu’il jugera opportunes. Questionné si la réponse de l’UGTT pourrait aller jusqu’à la décision d’une grève générale, Sami Tahri a indiqué, sans aller jusqu’à écarter cette hypothèse, que «il y en qui font plus mal que la grève générale, comme les grèves sectorielles à répétition»
– Le gouvernement Jomaa accusé par l’UGTT de cacher les véritables chiffres !
En attendant la réponse ou la réaction du gouvernement de Mehdi Jomaa, peut-être encore une fois par le biais de son porte-parole, L’UGTT qui demande des augmentations salariale pour l’exercice 2014 et semble être sûre que l’actuel gouvernement restera en place «au moins jusqu’à février prochain », selon le porte-parole de l’UGTT, accuse aussi l’actuel gouvernement tunisien de cacher les vrais chiffres de la situation économique du pays. «Nous pensons que le gouvernement n’est pas en train de donner les vrais chiffres et nous en voulons pour preuve, si besoin est, les chiffres donnés sur l’augmentation de la masse salariale alors que les augmentations n’ont pas eu lieu et même celles empochées par les secteurs spécifiques ne devaient être effectives qu’à partir de 2015 et même 2018 pour certains secteurs», nous dit ainsi S. Tahri. Et le porte-parole de l’UGTT d’ajouter, comme pour justifier cette accusation, que «nous avions déjà demandé un audit du budget de l’Etat qui n’a pas été fait et le gouvernement s’en était tenu à un simple diagnostic de ce que l’ancien gouvernement a laissé dans les caisses de l’Etat. Or, selon les données en notre possession, le gouvernement dispose des réserves financières nécessaires à cette augmentation, sans pour autant que cela porte atteinte aux équilibres globaux », dit le porte-parole de l’UGTT. Et Sami Tahri de nous citer, «un gain de presque trois mois sur les prix du pétrole qui ont été surévalués dans le budget de l’Etat et la différence dépasse les 25 USD». Il cite aussi des versements de l’Union Européennes «qui n’ont pas encore été dépensés, la minoration du budget de développement pour 2014 et dont les sommes n’ont pas été encore allouées sans oublier les mesures fiscales prises en 2013 et qui ont généré d’énormes rentrées d’argent et qui, si ces mesures avaient été plus courageuses, auraient pu rapporter plus de 2 milliards DT», détaille-t-il.
– L’UGTT voudrait, au moins, une reconduction des augmentations de 2012.
Pour Sami Tahri, l’effet de l’augmentation salariale dans le secteur public, demandée avec insistance par l’UGTT qui la considère comme un simple colmatage du pouvoir d’achat, ne devrait pas dépasser les 500 MDT sur la base d’une simple reconduction des 6 % d’augmentation conclus en 2012 «et l’Etat dispose déjà de plus que cela » dans les caisses. Tahri ne semble pas en outre s’inquiéter outre mesure des capacités du prochain gouvernement à améliorer ses ressources «dès le premier trimestre 2015, par les mesures fiscales contenues dans la loi des finances 2015, comme celle concernant l’impôt forfaitaire». En revanche, l’UGTT ne semble pas disposée à dire oui à la trêve sociale, [une expression que nous détestons, nous dit-il] de 2 années demandée par certains candidats aux présidentielles, mais juste «ne pas commencer 2015 par des remous sociaux et en attendant de lancer de nouvelles négociations sociales au prochain gouvernement », comme il le dit en substance. Vaste programme et bon courage pour le gouvernement de Nidaa Tounes !
Khaled Boumiza








