Tandis que certains pays ont opté pour les techniques modernes de pluie artificielle, dans leur lutte contre la sécheresse, à l’instar du Niger ou l’Etat des Emirats Arabes Unis, la Tunisie a choisi de puiser des solutions dans ses coutumes ancestrales, en décidant d’encourager à grande échelle la construction de réservoirs d’eau appelés communément « majels » en arabe, pour collecter directement les eaux pluviales.
La loi de finances pour l’exercice de 2023 a alloué, en vertu de son article 28, une enveloppe de deux millions de dinars sur le ressources du Fonds National d’Amélioration de l’Habitat, pour l’octroi de crédits sans intérêts (ne dépassant pas 20 mille dinars par crédit), devant servir à la construction de “majels”, bassins traditionnels de collecte et de stockage des eaux de pluies.
Le remboursement de ces crédits se fera sur une période maximale de sept ans. Les conditions et les procédures pour bénéficier de ces crédits seront fixées par un accord qui sera conclu entre le ministère des Finances, le ministère de l’Equipement et de l’Habitat et la Banque de l’Habitat.
La mesure est présentée comme étant une action tendant à soutenir les efforts de l’Etat visant à lutter contre la pénurie de l’eau en Tunisie et à mobiliser toutes les ressources hydrauliques disponibles face aux menaces de sècheresse liées aux changements climatiques.
Au mois d’août dernier 2022, le Niger avait choisi, pour sa part, de recourir à la technique moderne de la pluie artificielle pour affronter la sècheresse, dite technique d’ensemencement des nuages. C’est un procédé qui permet d’augmenter les précipitations dans les régions touchées.
Ces pluies provoquées consistent, avec l’aide d’un avion, à introduire dans les nuages des produits chimiques, comme l’iodure d’argent, mais l’ensemencement des nuages est une technique délicate qui ne fonctionne qu’avec un certain type de nuages et elle peut avoir, de surcroit, un impact négatif sur l’environnement.
L’Etat des Emirats Arabes Unis, qui est un pays extrêmement aride mais riche grâce à ses gisements de pétrole, a opté pour un système d’électrification des nuages, encore à l’essai.
Nouvelles ressources
Justement, pour la cinquième année consécutive, la Tunisie demeure fortement exposée à un stress hydrique, a déclaré Abdallah Rebhi, expert en ressources hydrauliques et ex-secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Agriculture, des ressources hydrauliques et de la pêche, lors d’une réunion consacrée, dernièrement, à l’examen de la situation du secteur de l’eau dans le pays.
Face à cette situation, l’expert a appelé à la nécessité de réfléchir à de nouvelles ressources dans les plus brefs délais, faisant remarquer que le taux de pluviométrie a atteint seulement 20% dans le centre et le Sud-ouest jusqu’à fin décembre 2022 tandis que ce taux s’élève à 75% dans le Nord-ouest.
Selon lui, il est devenu impératif aujourd’hui d’améliorer la gouvernance dans le secteur, de maîtriser la gestion des réserves en eaux, de réviser le code des eaux et de parachever les projets en instance.
De son côté, le directeur chargé du suivi de la gestion du système hydraulique au ministère de l’Agriculture, Abderahmane Ouesli, a signalé un déficit pluviométrique de l’ordre de 36% depuis 2021 et une baisse de 43% des réserves en eaux dans les barrages.
Le taux de remplissage des barrages avoisine actuellement 30%, tandis que l’agriculture continue d’accaparer la grande part des réserves en eaux, suivie du tourisme.
La mauvaise gestion des ressources en eaux serait aggravée par les effets néfastes de la corruption minant le domaine, d’après des analystes et il existe effectivement un groupe de travail qui se penche sur ces questions avec l’assistance de partenaires internationaux.
Actions tous azimuts
A cet égard, Abderrahmane Ouesli a mis l’accent sur l’impératif de maîtriser la demande, et de recourir aux ressources non conventionnelles comme les eaux usées et le dessalement de l’eau de mer.
De son côté, le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Mohamed Elyes Hamza, a indiqué que les besoins nationaux en eau potable et d’irrigation sont en hausse, ce qui a poussé le ministère à mettre en place des stratégies afin de mobiliser les ressources hydrauliques nécessaires.
Parmi les mesures convenues figure la création d’une Agence chargée de la gestion des eaux dans les régions du Nord, à la place des groupements collectifs d’utilité publique (syndics d’eau) qui en ont actuellement la charge.
Le ministre a fait savoir, à cet égard, que son département ambitionne d’instaurer une nouvelle politique de gouvernance des ressources hydrauliques et de promouvoir les activités de recherche scientifique, en la matière parallèlement à la multiplication des campagnes de sensibilisation à destination des citoyens pour la rationalisation de la consommation de l’eau.
S.B.H








