Ahmed Rejiba, PDG de la Banque de l’Habitat a accordé à Africanmanager une interview exclusive dans laquelle il a abordé la situation financière de la banque durant les années 2013, 2014 et 2015 ainsi que les grands chantiers de la banque pour les prochaines années.
Ahmed Rejiba a parlé, également, de la recapitalisation de la banque et des résultats de l’audit complet.
Que pensez-vous de la situation financière de la banque en 2014 et comment s’annonce 2015 ?
L’année 2014 a été une année satisfaisante pour la Banque de l’Habitat(BH) et les résultats seront bons par rapport à l’exercice 2013. Année au cours de laquelle, nous avons enregistré un déficit de 220 MD, occasionné par l’application de la nouvelle circulaire de la BCT portant sur les provisions additionnels et par l’aggravation de la classe de risque de certaines relations qui connaissent des difficultés conjoncturelles.
En revanche, en 2014, la banque a connu une relance et a été marquée par une progression de l’encours des crédits (+589.9 MD ou +14,1%) et par un effort plus important dans la mobilisation des dépôts de la clientèle (+551 MD ou +13,5%). L’exercice a également affiché la meilleure évolution du PNB du marché à savoir +17,8%. La jonction de ces chiffres va donner certainement un résultat bénéficiaire entre 40 et 60 Millions de dinars. Cette performance est le résultat d’un effort conjugué de toutes les équipes de la Banque de l’Habitat.
Et pour l’année 2015 ?
Pour l’année 2015, la Banque de l’Habitat a continué dans cet élan de croissance et a enregistré pour les deux premiers mois de l’année 2015, un résultat de l’ordre de 14 MD contre 3 MD pour la même période de l’année 2013. Nous projetons de capitaliser sur les efforts de 2014 et atteindre un taux de croissance annuel de l’ordre de 10 à 15%, ramenant le résultat net de l’exercice en 2015 à 65 MD et 85 MD à l’horizon 2016.
La banque passe aujourd’hui par une étape de recapitalisation, Pouvez vous nous en parler ?
Le processus de la recapitalisation de la BH a été entamé, depuis le 18 février 2015, date à laquelle s’est tenue l’Assemblée générale extraordinaire.
Les besoins de la banque en recapitalisation sont estimés à 200MD. Actuellement, nous sommes en attente de l’approbation du CMF pour l’augmentation de capital qui va être de 50 MD en numéraire avec une prime d’émission de 60MD. Nous allons également procéder à une augmentation de capital par incorporation de réserves avec la distribution des actions gratuites de 30MD et recourir à un emprunt obligataire subordonné de 90MD. Cette augmentation ainsi que cet emprunt vont permettre à la banque de retrouver sa santé financière et de respecter les ratios prudentiels avec un ratio de solvabilité de 10%.
Et pour les résultats de l’audit ?
Les résultats de l’audit sont disponibles et la banque a commencé à mettre en place un plan de restructuration globale validé par le conseil d’administration, le ministère des Finances et la Banque Centrale de Tunisie (BCT).
Sur le plan du système d’information, nous sommes dans une logique d’acquisition de Best of Breed, qui englobe le volet Etranger, Crédit, recouvrement, contentieux, garanties… . Avec ces applications, nous estimons que nous serons plus performants. Ainsi, nous serons en mesure de répondre aux standards internationaux.
Pour le volet mode de gouvernance, une séparation des pouvoirs entre le Président du Conseil d’Administration et le Directeur Général a été entamée, et ce afin d’instaurer les règles d’une bonne gouvernance en adoptant un modèle selon lequel le Président du Conseil est chargé de mettre en place la stratégie de la banque et de veiller à son application, tandis que le Directeur Général sera en charge de l’application de cette stratégie.
Côté performance, une mission d’organisation a été confiée à un cabinet à l’effet d’établir et mettre en place une organisation globale et un nouvel organigramme au sein de la banque.
Sur le plan Ressources Humaines, nous allons procéder à un recrutement ciblé pour accompagner l’évolution de la banque et projetons de recruter 300 cadres d’ici trois ans.
Quels sont les autres chantiers de la banque ?
La banque est en cours de développement de son appareil commercial. Elle vise en effet, à intensifier les ouvertures avec une moyenne de 15 nouveaux points de vente par an, tout en ciblant de nouveaux emplacements tels que la Soukra, El Manar, le lac et el Manazeh.
Nous comptons en outre élaborer une réorganisation interne des agences avec la création de Centres d’affaires, le renforcement de l’approche conseil et la dotation d’outils d’aide à la décision et à la vente.
Notons également l’enrichissement et la valorisation du portefeuille produit par segment cible tel que les produits de bancassurances, le e-banking, m-banking et les moyens de paiement.
Nous avons aussi mis en place une nouvelle politique de crédits orientée davantage vers les nouveaux créneaux porteurs.
Vous venez de parler d’une nouvelle politique de crédit, pouvez vous nous donnez plus de détails sur cette politique ?
La BH est leader sur le marché des particuliers et elle compte y rester voire le développer davantage. Nous comptons aussi diversifier le portefeuille crédits et l’élargir en s’orientant vers le financement des secteurs industriels et de services, notamment dans les secteurs porteurs et à forte valeur ajoutée tels que les Tics, le pharmaceutique et la santé.
Les projections de la banque en chiffres ?
Nous avons adopté un business plan qui va avec notre plan de restructuration. Pour les quatre prochaines années, nous prévoyons une croissance des dépôts à vue de 23%, ceux de l’épargne de 8% et des dépôts à échéance de 7%.
Pour les crédits, nous tablons sur une croissance annuelle de 12 à 13%.
A titre indicatif, nous venons de lancer un nouveau produit « BH capital plus », dont les résultats s’annoncent très encourageants. Ce qui a permis de collecter en l’espace de 15 jours de commercialisation 1,8 MD d’épargne. Cette épargne permettra aux ménages, sur une période de 6 mois, d’avoir un crédit pouvant couvrir tous les besoins urgents tels que les soins médicaux, le mariage, l’équipement de maison.
Les résultats projetés pour les trois prochaines années, annoncent une croissance annuelle de 10% à 15% de notre résultat net.
Standards and Poor’s a dégradé dans son dernier rapport la note du secteur bancaire tunisien, qu’en pensez vous ?
Avec un climat politique plus assaini et la reprise de l’activité économique, nous espérons de meilleures performances pour tout le secteur. Pour le cas de la BH, l’agence Standards and Poors, n’a pas dégradé la note, mais l’a plus tôt améliorée en la rapportant à BB + avec perspectives stables. C’est une notation notable que nous souhaiterions améliorer pour l’année 2015 avec la recapitalisation et la reprise de l’activité de la banque.
Khadija Taboubi








