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lundi 18 janvier 2021
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« Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois »

« Emrhod Consulting » a rendu public un sondage d’opinion réalisé entre le 23 et le 25 novembre, dont les résultats portent évaluation par les Tunisiens du rendement des trois présidents, Kais Saïed chef de l’Etat, Hichem Mechichi chef du gouvernement et l’islamiste Rached Ghannouchi au perchoir de l’ARP.

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Tous les trois ont perdu de leur superbe aux yeux des Tunisiens. En l’espace d’un mois, entre octobre et novembre 2020, ils  ont perdu des points, et c’est même Kais Saïed qui en a perdu le plus. 49 % des personnes sondées pensaient du bien de son mandat en octobre et en étaient contentes. Un mois après, elles ne sont plus que 36 %, et la popularité de « Al Ikhchidi » comme l’appellent ceux qui n’apprécient pas sa dictée en arabe châtié, dégringole de 13 points.

Force est de rappeler, à ce propos, que pendant la dernière semaine d’octobre et les trois semaines de novembre, le chef de l’Etat tunisien s’était illustré par une absence quasi-totale sur une scène politique marquée par un embrasement social sans précédent suite à la signature par le chef du gouvernement de l’accord d’El Kamour. Le chef de l’Etat tunisien avait essayé de prendre en main ce dossier, en recevant à Carthage le chef des Kamouristes Tarak Haddad en janvier 2020, les élevant ainsi au rang de négociateurs face à tout l’Etat sans pour autant réussir à obtenir la réouverture de  la vanne. Il finira par, en quelque sorte, s’en laver les mains et laisser Fakhfakh et Mechichi se débattre seuls. Un chef d’Etat, aussi, resté silencieux face à la vague de mouvements de contestation, du Kef à Gafsa.

  • Saïed, l’homme que 68 % des gens du Sud aimeraient réélire

Des mouvements purement sociaux, où les syndicats étaient bizarrement absents, le chef de l’Exécutif tout autant,  alors qu’il pouvait constitutionnellement intervenir en présidant, par exemple, un Conseil des ministres sur le sujet. Un silence, par ailleurs, politiquement interprété comme une nonchalance présidentielle envers les difficultés sociales de la population. Un chef d’Etat, tout aussi absent de la polémique sur le financement du budget par la BCT, dont le gouverneur est justement proposé par la présidence de la République. Saïed a beau recevoir El Abassi le 30 octobre et souligné alors  « l’importance de trouver de vraies solutions aux problèmes actuels, et non des solutions circonstancielles qui peuvent représenter une solution à court terme mais dont les effets à moyen et long terme seront désastreux ». Ce n’était manifestement pas ce qu’attendait un peuple qui voulait de l’argent à tout prix. Silence aussi de la part de Saïed sur tout ce qui se dit depuis quelques jours à propos de la proposition de l’UGTT, son interprétation par Ennahdha, et qui pourrait changer toute la donne, tout comme son silence sur sa visite à un pays, le Qatar, diabolisé par tous, et dont les résultats n’ont pas été à hauteur des attentes financières d’un peuple aux abois en matière de liquidités. Le chef de l’Etat et ses conseillers oubliaient manifestement qu’il dirige un Etat, pour le peuple duquel le rôle de président de la République reste prépondérant et même décisif, et sa popularité s’en ressent, comme le montre ce sondage d’opinion.

Et ce sont  certainement, et tout aussi paradoxalement, tous ces silences qui lui valent de rester au top du classement du meilleur rendement. Un proverbe disait que « il n’y a que ceux qui font rien qui ne trompent pas » !

Petite note sur les amateurs du chef de l’Etat tunisien. A 68 %, ils sont de la région du Sud, à 67 % du Centre, à 41 % des régions du Sahel. Il est moins aimé au Nord où seulement 38% l’ont plébiscité et encore moins (31 % des sondés) du Grand-Tunis.

  • Mechichi, le mal-aimé du Centre et du Grand-Tunis

Mieux que celle du président du parlement déjà empêtré dans des conflits internes à son propre parti, l’image du chef du gouvernement et sa popularité sont à moins de la moitié de celle de Kais Saïed. Contrairement à lui, Hichem Mechichi remonte, mais d’un seul point d’un mois à l’autre. Seules 21 % des personnes sondées semblent être encore contentes de son rendement. Au rebours de Saïed, Mechichi est certes dans l’action. Il gère, mais mal, et il décide tout aussi mal, et en définitive, il galère. Et lorsqu’il décide de parler, il communique mal. Ceci explique les 80 % de mécontents de son rendement. Comme l’ont remarqué, à plusieurs reprises, plusieurs professionnels de la Com, les conseillers de Hichem Mechichi l’enferment  toujours dans le style de communication par communiqués et des sorties TV préfabriquées. Le chef du gouvernement ne donne pas d’interview directes. Il ne parle pas en direct et ne trouve pas encore le courage, sécuritaire et politique, de s’adresser directement et en face-to-face à ses administrés. Il fait beaucoup de réunions et reçoit presque tout le monde. Mais il n’en parle que par voie de  communiqués, tout aussi préfabriqués, et qui ne convainquent personne. Seul face à la colère populaire, il préfère envoyer des ministres, parfois des « sinistres » en parler, et même décider en son nom. Lui, il ne fait que signer, et il signe tout, moins pour le meilleur des moyens de l’Etat qu’il dirige que pour le pire des attentes de ses administrés qui ne sont pourtant jamais contents.

En filigrane de ce petit taux de satisfaction, comme le démontre le sondeur d’opinions Emrhod, on pourrait facilement deviner la gestion de l’affaire d’El Kamour. Une gestion, où on reproche au chef du gouvernement le fait d’avoir accepté de négocier sous la menace. Une gestion, dont l’issue a fini par remonter contre lui plusieurs autres régions, dont chacune a fini par trouver la « vanne » à actionner pour faire chantage à l’Etat. Mais on pourrait aussi trouver les premières traces de la polémique autour du budget à crédit qu’il présente à l’ARP.

Petite note sur les amateurs du chef du gouvernement tunisien. Ils sont à 24 % au Nord, et à 23 % dans les régions du Sahel. Et paradoxalement, c’est au Nord aussi qu’on retrouve le plus haut taux d’insatisfaits de la performance de son gouvernement (52,6 % des sondés), suivi du Grand-Tunis où 46,1 % des sondés se sont déclarés pas satisfaits du tout de sa performance chez Emrhod Consulting. Au Centre,  c’est un taux de mécontents d’un peu plus de 40 %

En résumé, c’est du « العمشاء في دار العميان تظهر كحلة لهداب »

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