La politique d’augmentation des salaires et des retraites engagée dans le cadre du budget 2026, et qui aura par ailleurs un effet rétroactif à partir de janvier 2026, répond à une exigence sociale indéniable. Dans un contexte de pression sur le pouvoir d’achat, l’intervention de l’État apparaît légitime. Mais au-delà de cette nécessité immédiate et de l’attente populaire d’une augmentation, décidée et déjà décrétée par la plus haute autorité du pays, une simple lecture un tant soit peu critique, révèle une série de fragilités économiques et institutionnelles, qui plus est interrogent la soutenabilité et la cohérence de cette stratégie.
– L’idée est politiquement bonne, mais le timing est budgétairement mauvais !
D’abord, une contradiction centrale se dessine : augmenter durablement les rémunérations tout en cherchant à stabiliser la masse salariale relève d’un équilibre difficilement tenable. L’État engage ainsi des dépenses permanentes sans visibilité claire sur les ressources correspondantes, dans un contexte où les marges budgétaires sont déjà fortement contraintes. Le risque est alors double : aggravation du déficit ou recours accru à l’endettement.
Cette tension se prolonge au niveau des caisses sociales. La revalorisation des pensions, sans réforme structurelle du financement, pourrait accélérer le déséquilibre déjà préoccupant des régimes de retraite. À terme, cela risque de transférer une pression supplémentaire vers le budget de l’État.
Par ailleurs, une partie du coût est indirectement déplacée vers le secteur privé. Les entreprises, notamment les plus fragiles, se retrouvent contraintes d’absorber ces hausses salariales, au risque de voir leurs marges se réduire, leurs recrutements ralentir, voire de favoriser le développement de l’informel. Dans ce contexte, la mesure peut produire des effets inverses à ceux recherchés.
Sur le plan macroéconomique, l’impact reste incertain. L’injection de pouvoir d’achat, non accompagnée d’un gain de productivité, peut générer des tensions inflationnistes, neutralisant en partie les bénéfices attendus pour les ménages. De plus, ces augmentations apparaissent largement déconnectées de la performance économique réelle, ce qui peut peser sur la compétitivité globale.
À cela s’ajoute une limite plus structurelle : cette politique demeure essentiellement distributive. Elle ne s’attaque pas aux causes profondes des déséquilibres économiques, qu’il s’agisse de la faiblesse de la croissance, des inefficacités du secteur public ou des fragilités du système fiscal. Sans réformes de fond, ces mesures risquent de n’avoir qu’un effet temporaire.
– Une politisation des salaires, qui introduit des incertitudes
Un autre élément mérite une attention particulière : l’évolution du mode de décision. Traditionnellement, en effet, les revalorisations salariales en Tunisie s’inscrivent dans un cadre de négociation avec l’UGTT. Or, le recours croissant à des décisions unilatérales traduit un glissement vers une centralisation politique des choix salariaux. Cette transformation affaiblit le rôle des partenaires sociaux et peut fragiliser les mécanismes de régulation existants.
En marginalisant le dialogue social, le risque est de transformer les tensions négociées en conflits différés. Par ailleurs, la perte de crédibilité du cadre contractuel introduit une incertitude pour les entreprises et les investisseurs, qui peuvent percevoir un environnement moins prévisible. La politisation des salaires renforce cette perception, en exposant les décisions économiques à des logiques conjoncturelles.
– Entre urgence sociale et contraintes budgétaires
Enfin, cette dynamique peut enclencher un effet cumulatif : hausse des dépenses, creusement du déficit, augmentation de la dette, et réduction progressive des marges de manœuvre de l’État. À moyen terme, le système pourrait ainsi devenir plus rigide et plus vulnérable.
En définitive, cette politique apparaît comme un compromis entre urgence sociale et contraintes économiques. Si elle peut produire des effets positifs à court terme, elle reste économiquement fragile et institutionnellement risquée. Sans accompagnement par des réformes structurelles et un cadre de dialogue social renouvelé, elle pourrait, à terme, générer plus d’instabilité que de solutions durables.
– L’avis d’un ex-Pdg, ex-ministre aussi
Intervenant récemment sur les ondes d’une radio privée tunisienne, un ancien Pdg et ancien ministre a déclaré que « les répercussions de la crise devraient également toucher les salaires et les pensions. L’article 15 de la loi de finances 2026 prévoit des augmentations dans le secteur public et privé pour 2026, 2027 et 2028, incluant les pensions des retraités » a dit Hafedh Laamouri, ancien PDG de la Caisse nationale de sécurité sociale et ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle dans le gouvernement Jomaa.
L’ex ministre estime aussi que « ces augmentations (…) pourraient être inférieures aux prévisions initiales, tant dans le public que dans le privé », évoquant même « la possibilité de reporter certains recrutements par concours, concernant environ 24 000 postes », certainement, il ne l’a pas dit, pour nuancer l’effet des augmentations prévues. L’ancien PDG de la CNSS a aussi chiffré l’impact de l’augmentation, assurant que « une augmentation de 7 % pourrait coûter environ 500 MDT supplémentaires par an à la Caisse nationale de sécurité sociale pour les pensions, avec des effets plus limités sur les autres fonds de retraite et de protection sociale ».









pourquoi ne pas geler les augmentations salariales pendant une année, des efforts citoyens pour assurer l’équilibre. Serrer la ceinture est un acte patriotique.
Pourquoi ne pas exiger des arnaqueurs nahdha de remettre tous les énormes sommes qu’ils ont obtenu sans raison ?