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Balance commerciale tunisienne des 3 mois : là où le déséquilibre est le plus criant

Le déficit commercial tunisien s’est creusé à 5 233 MDT sur les trois premiers mois de 2026, contre 5 050 MDT un an plus tôt. Une aggravation de 183 MDT qui masque des situations très différentes selon les secteurs : certains pôles d’excédent solides, et plusieurs chapitres où la dépendance aux importations atteint des niveaux structurellement préoccupants.

–          Les cinq déficits les plus lourds

Le chapitre « hydrocarbures » domine le classement des déséquilibres avec un déficit de 3 103 MDT sur trois mois, stable par rapport à 2025 mais écrasant. La Tunisie exporte bien du pétrole raffiné, mais ses exportations dans ce chapitre (643 MDT) couvrent à peine 17 % de ses importations. Tant que le pays restera dépendant des énergies fossiles importées et que sa production locale déclinera, ce déficit constituera le premier facteur structurel de déséquilibre.

Le chapitre « véhicules » creuse son déficit à 1 115 MDT, contre 1 000 MDT un an plus tôt. La Tunisie n’assemble pas de véhicules : elle importe tout et n’exporte que marginalement. Le taux de couverture de 35 % traduit le poids d’une consommation automobile non compensée par une production locale.

Le chapitre « céréales » affiche un déficit quasi-total de 1 023 MDT, les exportations étant quasi nulles (0,2 MDT). La Tunisie est structurellement importatrice de blé et d’orge, avec une dépendance alimentaire qui n’a pas diminué malgré les années.

Le chapitre « machines et engins mécaniques » enregistre un déficit de 967 MDT, légèrement amélioré par rapport à 2025 (-7 MDT). Le taux de couverture de 40 % reflète une industrie qui consomme des équipements étrangers pour produire des biens qu’elle exporte en partie ; une dépendance justifiée mais coûteuse. Une industrie simplement transformatrice qui ne peut trop espérer battre la concurrence. L’exemple des quelques tentatives de montage de véhicule qui ont fini par jeter l’éponge devant les constructeurs chinois, est plus que révélateur.

Le chapitre 39 « matières plastiques » affiche un déficit de 582 MDT, en amélioration notable par rapport à 2025 (-717 MDT). La baisse des importations et la progression des exportations de plastiques transformés expliquent ce rééquilibrage partiel. Il faut ici rappeler que les industries polluantes ont depuis lontemps été désertées par les étrangers.

–          Les nouveaux déséquilibres à surveiller

Deux chapitres méritent une attention particulière en raison de leur aggravation rapide. Le chapitre « sucres » passe d’un déficit de 51 MDT en 2025 à 311 MDT en 2026 : une multiplication par six en un an, directement liée à l’envolée des importations décrite plus haut. Le chapitre 73 « ouvrages en acier » double presque son déficit, passant de 78 à 161 MDT.

Le sucre :  un choc d’importation pur

La Tunisie ne produit pas de canne à sucre ni de betterave sucrière en quantité significative. Elle importe la quasi-totalité du sucre qu’elle consomme. Le bond de 72 MDT à 326 MDT d’importations en un trimestre n’est donc pas une surprise structurelle ,  c’est une anomalie conjoncturelle. Deux explications probables : soit des achats massifs anticipés face à une tension sur les marchés mondiaux du sucre (les cours ont fortement fluctué en 2025-2026), soit un rattrapage après une période de sous-approvisionnement ou de pénurie partielle. Les exportations de sucre tunisien sont quasi nulles (14 MDT sur le trimestre), donc le déficit suit mécaniquement l’évolution des imports.

Les ouvrages en acier :  une dépendance industrielle

C’est un cas différent. La Tunisie exporte effectivement des ouvrages en acier — 237 MDT sur le trimestre — ce qui témoigne d’une industrie de transformation locale active. Mais elle en importe bien davantage (398 MDT), notamment des produits semi-finis, des structures métalliques, des tuyauteries et des pièces industrielles que son tissu manufacturier ne produit pas encore. L’aggravation du déficit — de 78 à 161 MDT — reflète probablement une reprise des chantiers de construction ou des commandes industrielles qui absorbent davantage d’acier transformé importé. C’est une dépendance aux intrants, pas à la consommation finale.

–          Les excédents structurels : l’autre face du tableau

En miroir, des excédents solides sur ses secteurs exportateurs historiques. Le chapitre « machines électriques » dégage le deuxième excédent du pays avec +1 709 MDT grâce aux câblistes et électroniciens. Le chapitre « huiles », notamment l’huile d’olive, affiche un excédent record de +1 887 MDT, dopé par une bonne récolte et des cours mondiaux élevés. Le « prêt-à-porter » continue de son côté de dégager des excédents respectifs de +332 MDT et +1 145 MDT. L’aéronautique aussi progresse à +349 MDT, les chaussures à +250 MDT, et le mobilier à +232 MDT.

–          Une structure duale stable qui changera dès avril

Le commerce extérieur tunisien présente en 2026 une structure duale stable dans ses grands équilibres : une Tunisie qui assemble, coud, câble et produit de l’huile d’olive pour l’export, face à une Tunisie qui importe son énergie, ses céréales, ses véhicules et ses machines.

Ni les excédents ni les déficits ne sont nouveaux. Ce qui change, c’est leur amplitude : le sucre qui s’envole, les véhicules qui progressent avant même le coup de frein de la BCT, et une facture énergétique qui reste le premier levier d’action si la Tunisie entend un jour réduire structurellement son déséquilibre extérieur.

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