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Bayahi: «Pour maintenir le tissu économique du pays, il faut d’abord sauver les entreprises familiales»

Le président de l’Institut arabe des chefs d’entreprise, Taieb Bayahi, a, dans une interview à Africanmanager, en marge de la 36ème édition des Journées de l’Entreprise, organisées à Sousse, souligné, notamment,  la nécessité de mettre en place  un climat d’investissement approprié pour la pérennité des entreprises, et partant, pour atteindre la souveraineté économique. Entretien :

Le thème de cette année est « Liberté et Souveraineté », comment ce choix s’est-il imposé ?

L’entreprise est, à la base, constituée sous le thème  de la « liberté » et la « souveraineté ». Si l’entreprise est prospère, l’économie l’est tout autant,  l’Etat  à l’avenant, et on arrive à cette souveraineté. Cette année, nous avons essayé de définir ce qu’est la souveraineté, qui, dans les années 1970, était aboutie quand un pays arrivait à produire à peu près tous ses besoins primaires. Ce qui n’était plus le cas dans les années quatre-vingt, sauf peut-être pour le cas de la Chine et les Etats-Unis, qui arrivent encore à mettre en œuvre leur propre politique sans intervention extérieure. Au vu donc de la situation du pays, le choix du thème s’est naturellement imposé, dans un monde en pleine effervescence, alors que notre pays est toujours à la recherche d’équilibre et de stabilité depuis un certain 14 janvier 2011.

Etant donné la situation économique critique du pays, pensez-vous que l’entreprise pourrait résister, faire face, et survivre ?

Cette situation de crise que le monde vit actuellement est la plus grave que nous connaissons depuis plusieurs décennies. Elle remet en question les fondements mêmes de l’ordre économique international dans lequel nous sommes installés, ainsi que plusieurs de nos plus solides convictions. Cela exige enfin de nous que nous réfléchissions à instaurer un nouveau modèle économique ou, à pour le moins, sérieusement le transformer car seul en mesure d’assurer notre stabilité économique et sociale, ainsi que notre souveraineté et sécurité, et qui est le facteur primordial de pérennité de L’entreprise et la continuité de l’Etat.

D’autre part, cette situation inédite fait resurgir des notions et pratiques économiques telles que le productivisme, le contrôle des prix, la restriction de fonctionnement des marchés, et même l’appel au protectionnisme.

Cet interventionnisme de l’Etat, même s’il est compréhensible pour maintenir le pouvoir d’achat du citoyen, en est quand même arrivé à ne plus laisser le marché se réguler. L’Etat s’immisce beaucoup trop dans l’économie et perturbe son fonctionnement, ce qui peut porter préjudice au tissu économique, en particulier le tissu économique tunisien, qui est, avant tout familial, étant donné que les grandes entreprises tunisiennes sont avant tout familiales.

Justement, ces entreprises n’ont pas encore atteint cette souveraineté, pensez-vous que l’emprunt octroyé par le FMI pourrait maintenir les entreprises en place ?

Nous sommes encore loin de la souveraineté, nous avons besoin de bailleurs de fonds, tel que le FMI, car nous ne sommes pas encore indépendants. Même si ces entreprises familiales ont une certaine capacité de résilience car elles créent de la richesse et des emplois, elles risquent tout de même de se fragiliser, d’où l’appel au FMI.

Reste à savoir si l’objectif de ce crédit est d’investir dans l’éducation, la santé, dans l’économie, et l’infrastructure, qui créera encore plus de la richesse. Par contre, si le crédit est, tel que certains de l’administration le prétendent, sera utilisé à l’importation du blé, cela est dangereux et risque de continuer de nous mettre dans une mauvaise position.

La ministre de l’Industrie a assuré, dans son intervention au panel, que le gouvernement a entrepris des réformes immédiates pour la sécurité des entreprises, tandis que ces dernières, avec leur résilience, sont en train de subir cette crise. Ne trouvez-vous pas qu’il y a  quelque  « ambivalence » dans les discours  des uns et des autres?

Nous aimerions, en tant que chefs d’entreprise, avoir une idée sur ces réformes dont parle le gouvernement, il y a bon nombre de décisions qui avaient été prises auparavant, en matière d’investissement, dont les énergies renouvelables, qui sont un facteur déterminant dans notre indépendance énergétique. Le secteur privé n’attend que cela, car il veut faire des investissements, mais malheureusement, avec les blocages qu’il y a dans l’administration, nous n’arrivons pas à le faire. Le problème n’est pas tant de prendre la bonne décision que de faire appliquer cette bonne décision.

La situation politique est compliquée entre les différentes parties prenantes, pensez-vous que l’Etat a pris des décisions à l’encontre des entreprises ?

Evidemment, l’Etat a, par exemple, pris la décision de rembourser les arriérés les entreprises, la moindre des choses aurait été d’appliquer cette décision, cela met en difficulté la pérennité de ces entreprises, car certaines n’ont pas vocation à financer l’Etat ; bien au contraire, elles attendent plus une aide de l’Etat, et non une contribution supplémentaire aux finances de l’Etat.

Concernant les subventions, les entreprises atteindront-elles la souveraineté si l’Etat les rembourse ?

Aujourd’hui, il y a des chefs d’entreprise, par exemple dans le domaine de l’agroalimentaire, et des fabricants qui attendent les subventions, tels que les grands producteurs de lait ; c’est le cas aussi de la Société tunisienne des industries de raffinage(STIR), qui ont des difficultés dans leur trésorerie. Alors oui, la condition de l’Etat est difficile, qu’on peut certes comprendre, mais ces conditions difficiles vont rattraper le secteur privé, et ce ne sera pas une bonne chose. Et il est certain que cela contribuera au bon fonctionnement des entreprises, si elles se font rembourser.

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