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Carthage Cement est capable d’absorber une grande partie des difficultés économiques de la Tunisie, dixit Brahim Sanaa

Nommé en tant que nouveau Directeur Général de la société Carthage Cement pour une durée de trois ans, Brahim Sanaa était jusque-là Directeur Général de la société « Ciments de Bizerte », poste qu’il occupait depuis 2009. Dans une interview accordée à Africanmanager, il a passé en revue sa nouvelle mission, l’état financier de la société Carthage Cement, ses perspectives, le secteur du ciment en Tunisie et ses problèmes. Interview :

Vous avez été récemment nommé en tant que PDG de la société Carthage Cement, comment vous avez trouvé la société et que pensez-vous de sa situation financière ?

J’ai été nommé à Carthage Cement après Bizerte, c’est une nouvelle expérience qui a commencé à partir du juillet 2014, c’est une autre expérience par rapport à Bizerte, la différence est que Bizerte était en fonctionnement, on a continué à travailler, à acheter les produits servant à la production pour fonctionner. On n’a pas arrêté le travail et on a basculé sur de nouveaux projets. Mais Carthage Cement est une entreprise qui est entrée pratiquement en production en 2014, réellement et exactement en commercialisation du ciment à partir d’avril 2014. C’est donc un autre enjeu et nous sommes appelés à nous imposer dans un secteur devenu excédentaire par excellence. C’est un secteur concurrentiel.

La capacité de ce secteur trois ans auparavant était de l’ordre d’environ un million de tonnes de ciment. Aujourd’hui, il y a entre trois et 4 millions de tonnes de ciment en excédent et le démarrage de Carthage Cement se fait dans ces conditions, donc il faut s’imposer dans un secteur qui est pratiquement excédentaire par excellence.

Aujourd’hui, on est entré pratiquement en activité, nous sommes en pleine activité, on arrive petit à petit à trouver notre place dans le secteur. Déjà, pour le premier semestre, on a réalisé à peu près six cent mille tonnes de vente, ce qui est n’est pas peu. On a pris notre part de marché local à hauteur de 11%, ce qui est très important pour quelques mois d’activité.

Au niveau de l’exportation, nous sommes les premiers, on a fait à peu près cent soixante trois mille de tonnes d’exportation ; donc c’est le chiffre le plus important dans tous les secteurs d’exportation qui sont destinés vers l’Algérie et vers la Libye.

À préciser que Carthage Cement est connu surtout par le ciment, alors qu’il est plus que cela, c’est-à-dire que le groupe comporte trois activités : la production du ciment qui est de l’ordre de 6500 à 7500 tonnes de ciment par jour. Il y a aussi le béton prêt à l’emploi qui est une activité pas très connue mais qui commence à s’imposer petit à petit surtout dans le Grand-Tunis, elle a une capacité de production de 2600 mètres cubes par jour. Il y a également l’activité agrégats qui est à l’origine de la constitution du groupe Carthage Cement et qui réalise une production de 12 mille tonnes d’agrégats, une des plus grandes sociétés de commercialisation d’agrégats.

Quelle est la différence entre le ciment en sac et le ciment en vrac ?

Le ciment en sac est destiné à la consommation de la construction, c’est-à-dire à la construction immobilière surtout les petits projets.

Pour le vrac, il concerne les grands projets et est généralement utilisé par les entreprises qui vendent de béton prêt à l’emploi ou par les gros entrepreneurs qui ont des unités de béton.

Le secteur du ciment souffre de nombreux problèmes, quels en sont les principaux ?

Actuellement, il y a un problème d’excédent, de commercialisation, parce qu’on s’est accordé avec les pouvoirs publics, et c’était début 2014 qu’on a conclu un accord portant sur trois points : la libération du prix de l’énergie, la libération des prix sur deux étapes et la libération de l’export.

La libération du prix de l’énergie, c’est déjà consommé de même que celle du prix du ciment local. Mais l’Etat n’a pas encore libéré les prix à l’export, ce qui pose problème. Donc, on a un excédent très important et nous sommes en train de négocier avec le ministère du Commerce et la chambre de production du ciment. Nous avons reçu des promesses pour la libération de l’export dans les jours à venir. la libération de l’export va soulager le secteur et ceci va éviter la guerre des prix, on a tout fait pour la libération du prix et on a pratiquement gardé les prix au même niveau, mais si la production va être supérieure à la capacité de la consommation du pays, cela pourra porter atteinte à un secteur qui emploie plus de dix mille agents.

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4. Comment se présente le secteur du ciment en Tunisie avant et après la Révolution ?

Avant la Révolution, on produisait entre 7 ,7 et 8 millions de tonnes et on exportait 1 million de tonnes, donc la consommation était de l’ordre de 7 millions de tonnes. La consommation a augmenté essentiellement en 2011/ 2012, et ce suite à la prolifération du phénomène de la construction anarchique, la demande était forte, on a eu à déplorer alors une pénurie, beaucoup de spéculations, une hémorragie de commerce parallèle et de l’exportation anarchique, il y avait un export illégal… Avant la révolution, il y avait six cimenteries, aujourd’hui, il y en a huit avec une augmentation de la capacité de production.

5. Quelles sont les perspectives de la société Carthage Cement ?

On espère vraiment et vraiment que la Libye se stabilisera parce que l’Algérie n’est pas capable d’absorber tout notre excédent qui va se situer entre 3 et 4 millions de tonnes. Nous sommes concurrencées par les Turcs ; donc, il faudra trouver des solutions adéquates.On a tenu , la semaine dernière, une réunion avec le ministère du Transport pour étudier la possibilité de développer l’infrastructure parce qu’aujourd’hui, on n’exporte qu’à travers le port de Bizerte et le port de Gabes…On attend également que les pouvoirs publics prennent en charge les problèmes dans l’espoir que la situation se stabilisera un peu parce qu’il y a vraiment un problème réel pour le secteur. On a un excédent qui dépasse les 3 millions de tonnes, il faut l’écouler. En prévision de cette situation d’excédent , on va, à partir du mois d’octobre, commencer à produire le ciment HRS (haute résistance en sulfates) , c’est très important car, dans notre nouvelle stratégie, il faut diversifier le produit , donc on a déjà commencé à produire le HRS depuis le mois de septembre et on attend la certification fin octobre pour cause de délais.

Nous comptons beaucoup sur l’écoulement d’une grande quantité de HRS, parce qu’il y a une forte demande sur ce produit aussi bien sur le marché local que sur le marché de l’export, notamment sur l’Algérie. On a déjà mis en place un réseau commercial qui commence petit à petit à trouver son chemin, on a une stratégie commerciale et on ne précipite pas les choses, mais on avance petit à petit, et ce depuis avril. Avec la diversification du produit, on a investi énormément dans le service… On espère que le contexte économique nous aidera à avancer encore et encore, nous sommes très fiers, car nous avons accompli, en l’espace de presque 4 mois, d’importantes réalisations.

La Tunisie vit dans un climat économique jugé plus au moins sensible, comment peut-on relancer l’économie tunisienne et êtes-vous optimiste sur l’avenir du pays après les prochaines élections ?

Moi, je suis de nature optimiste, les grands projets comme Carthage Cement sont capables d’absorber une grande partie des difficultés économiques en Tunisie. La sécurité, le développement, la création de gros projets sont des vecteurs vitaux pour redynamiser l’économie tunisienne. On estime que l’année 2015 sera très bonne sur tous les plans et nous sommes toujours optimistes pour l’avenir du pays…

Nadia Ben Tamansourt

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