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Déficitaire, Tav doit 100 MDT à l’Etat. Et pourtant, l’Etat reste aux petits soins !

Il y a des concessions qui en deviendraient presque de véritables boulets, financier et économique, pour l’Etat. Tav Tunisie, filiale de Tav Holding qui est à 46 % entre les mains de l’opérateur français ADP (Aéroport de Paris) qui en est actionnaire, en est un «bel» exemple. L’entreprise turque est en situation de difficultés économiques et a même des dettes envers l’Etat tunisien. Cette dette se monte, selon le DG de l’aviation civile Habib Mekki, à quelque 100 MDT à fin 2018. L’opérateur privé turc est incapable de s’acquitter de cette dette, et pourtant, ce dernier se retrouve obligé de l’aider.

«Le projet Tav de l’aéroport d’Enfidha avait connu d’énormes difficultés depuis 2010 et la baisse du trafic après 2011 avait été aussi d’un impact négatif sur le Business Plan de départ qui devait lui permettre de redécoller et est remis en cause depuis cette date. L’endettement de l’entreprise a ainsi beaucoup augmenté et ses difficultés financières aussi », explique Mekki à Africanmanager.

Et le DG de l’aviation civile d’ajouter que «à fin 2018, les dettes en redevances de concessions étaient autour de 100 MDT couvertes par des garanties de Tav et ses bailleurs de fonds, dont une partie concernant Monastir payables à l’Etat et une partie concernant Enfidha, payables à l’OACA».

L’Etat ne peut, cependant, ni se faire payer sa dette en faisant appel aux garanties, ni résilier cette concession qui ne lui procure que l’emploi et qui met à mal des fois l’autre aéroport de Monastir. L’Etat se retrouve, au contraire, obligé d’aider Tav Tunisie et de lui donner le moyen d’augmenter ses recettes, sur le dos du voyageur.

  • Tav le boulet, «Tav mon amour»

«Le contrat de concession en lui-même oblige l’Etat tunisien à aider le concessionnaire, à partir du moment où la situation de Tav en Tunisie est née d’une force majeure qui n’est pas de sa responsabilité [Ndlr : Crise du tourisme née de la révolution et des attentats terroristes qui l’ont suivie]», explique Habib Mekki à Africanmanager. Et le DG de l’aviation d’expliquer que «depuis 2015, avec Tav et ses bailleurs de fonds, l’Etat tunisien a arrêté un programme de restructuration de la concession. Les bailleurs de fonds y contribueront à hauteur de 60 MUSD d’intérêts et pénalités de retard, qui sont abandonnés au profit de Tav. La contribution de la Tunisie sera un report de la dette des 100 MDT. L’aide concrète à la concession Tav se fera par l’augmentation de la redevance-passager ». Celle-ci augmentera ainsi, prochainement, de 5 € par passager. L’opérateur turc avait en effet demandé d’augmenter cette redevance pour qu’elle passe de 9 € à 14 €. «L’accord faisait partie du programme de restructuration, qui avait été déjà adopté par le gouvernement depuis le 6 février 2019. Cette augmentation ne sera applicable que dans les seuls aéroports tunisiens gérés par Tav. Le reste des aéroports, qui sont gérés par l’OACA, ne seront pas concernés par cette hausse», explique encore le responsable tunisien.

L’augmentation de la redevance-passager devait être appliquée à partir du 1er août 2019. Le ministère du Transport a cependant reçu des plaintes de TO et de voyagistes qui trouvent le délai trop court pour l’application, alors que leurs billets sont déjà vendus aux clients. Et c’est suite à ces plaintes que les ministres du Transport et du Tourisme ont décidé de reporter l’application de la hausse à 13 € au mois de novembre 2019, au lieu du mois de mai de la même année.

Selon le DG de l’aviation civile, Habib Mekki, «cette mesure fait que les aéroports de l’OACA, comme Tunis-Carthage et Djerba notamment, deviennent compétitifs, puisque la redevance-passager y restera à 9 € seulement ». Il n’empêche que cela priverait l’OCA de rentrées financières supplémentaires par rapport à Tav et que c’est l’Etat qui le permet pour le privé et l’empêche pour sa propre entreprise qu’est l’OACA. Mekki se défend en révélant que «Tav avait proposé que l’augmentation de cette redevance soit généralisée, et que le gouvernement avait refusé, n’envisageant qu’une possible hausse de la redevance sûreté qui est actuellement de 1,6 €, ce qui ne couvre pas les investissements qu’exige le souci de la sécurité dans la conjoncture actuelle ». Mekki révèle à Africanmanager qu’un décret a déjà été élaboré pour l’augmentation de la redevance sécurité, et déjà envoyé au ministère de l’Intérieur pour consultation. Et c’est le passager qui va supporter cette hausse de 2,4 €, laquelle portera prochainement la redevance-sécurité à 4 € par passager, incluse dans le billet.

  • Ce n’est pas demain que Tav construira la 2ème piste à Enfidha !

Pour Tav, qui était déficitaire en 2018, Habib Mekki explique que ces rentrées d’argent supplémentaires ne seront en totalité considérées comme bénéfices, mais destinées à l’investissement. Il évoque ainsi l’entretien de la chaussée aéronautique qui coûterait des millions de dinars par an.

Nous lui rappelons alors que l’opérateur turc n’a encore rien investi pour la construction de la deuxième piste promise dans le projet initial, cela sans compter les défaillances remarquées à chaque pluie, dans la structure même de l’aéroport d’Enfidha. Mekki indique alors qu’il n’y a pas d’échéancier contractuel. «La 2ème piste n’a pas été fixée par un délai bien déterminé, mais liée à l’augmentation de la capacité à résorber le trafic. Tav aura l’obligation de la construire, à partir des 15 millions de passagers par an, alors qu’il ne dépasserait pas encore les 2 millions à Enfidha. Pour 2019, on table sur 1,8 million de passagers seulement, pour l’aéroport d’Enfidha. Ce n’est aussi qu’après les 7 millions de passagers par an, qu’il aura l’obligation de construire le 2ème terminal».

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