Douar Hicher et Ettadhamen sous la loupe de « International Alert »...

Douar Hicher et Ettadhamen sous la loupe de « International Alert » : Une jeunesse à bout de patience

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Une étude statistique éditée par International Alert avec le soutien du Foreign & Commonwealth Office (FCO), donne par les chiffres un nouveau regard sur ces jeunes des quartiers populaires de Douar Hicher et d’Ettadhamen, à travers une enquête quantitative et qualitative inédite.

Ces deux quartiers, situés à la périphérie de la capitale ont la plus forte densité de population de tout le pays.

Entassées les unes sur les autres, les constructions anarchiques se multiplient, échappant à toute logique urbanistique, formant ainsi des cités, des plus pauvres de la périphérie de Tunis où on y trouve de tout. Exactement comme ce qui se passe dans les ghettos.

Les salafistes sont là. Ils font juste profil bas, mais ils continuent d’avoir la mosquée. Des maisons transformées en débits de boissons clandestins. Un niveau d’éducation très bas, des revenus qui permettent juste de survivre.

80 000 habitants à Douar Hicher vivant d’expédients : les femmes font des ménages, les filles ne sont plus scolarisées. Les chanceuses parmi elles, sont devenues ouvrières dans les usines voisines. Quelque 150 000 habitants à Ettadhamen qui sont à bout de patience.

81.1% des mères de ces familles ne travaillent pas, les pères sont donc les seules sources de revenu. Les jeunes entre 16 et 20 ans dealent à certains carrefours en dépit du déploiement policier intensif.

Si leur vie sociale se présentent ainsi, dans toute sa complexité, la réalité est beaucoup plus complexe, si l’on se fiait aux résultats de l’enquête réalisée par « International Alert » sous la direction de Olfa Lamloum et Mohamed Ali Ben Zina.

Selon les enquêteurs, la plupart des questionnés font partie d’une catégorie au revenu limité, caractérisée par une fragilité sociale et économique.

Longtemps restés dans l’exclusion et la paupérisation, aujourd’hui, pour les jeunes de ces deux quartiers populaires, à bout de patience, cette enquête leur a offert une occasion de se présenter par eux-mêmes.

Une équipe de 6 chercheurs et de 20 enquêteurs ont mené une enquête quantitative et qualitative auprès de 740 jeunes (filles et garçons) âgés entre 18 et 34 ans qui ont dû répondre à un questionnaire d’une vingtaine de pages.

Un faible pourcentage des questionnés est complètement illettré (2%), la plus grande partie a arrêté les études au lycée (51.7%) et seulement 27.9% de la totalité a suivi des études supérieures.

Les jeunes abandonnent l’école, ne croyant plus que cette institution leur permette de gravir les échelons, craignant le chômage qui est assimilé à un monstre qui les guette quasiment tous.

83,3% disent qu’ils vont à l’école rien que pour satisfaire leurs parents et 60% rebute l’enseignement à cause des châtiments corporels subis par leurs professeurs. Les écoles enregistrent un taux moyen d’absentéisme de 60%.5

Paradoxalement, les jeunes de Douar Hicher et d’Ettadhamen sont parfaitement conscients, que cette répulsion qu’ils éprouvent pour l’école est pour eux un obstacle dans leur recherche d’un travail décent, à la hauteur de leurs aspirations.

Autres point importants relevé lors de cette étude : 98.8% des jeunes de ces quartiers pensent que les politiciens travaillent pour leur propre intérêt et ne sont donc pas actifs au sein des partis. vlcsnap-00028

« Rien n’a changé pour eux après la révolution », selon certains d’entre eux, alors que pour 46% d’entre eux la situation s’est même détériorée : la corruption, l’absence de responsables, le fait d’être écartés de la prise de décision, sont des facteurs qui n’ont pas évolué après la révolution nous dit l’enquête.

Par ailleurs, l’analyse a fait ressortir un phénomène des plus inattendus, concernant leur classification des hiérarchies des valeurs :1

Ils privilégient le travail d’abord, ensuite ils placent la religion en 2ème position. Le 3ème rang est donné aux loisirs qui devance le mariage. L’école vient en 5ème et dernière position.

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