Elmed : Le soleil brille pour tout le monde

Elmed : Le soleil brille pour tout le monde

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C’est assurément l’un des projets, rares et majeurs, que l’on escompte pour donner un réel envol à la coopération entre la Tunisie et l’Italie, et partant l’Afrique du Nord et l’Europe laquelle rêve depuis longtemps de renforcer son approvisionnement en énergie renouvelable grâce au solaire en provenance des ses voisins du Sud bien pourvus en. Il s’agit d’Emed, cette interconnexion électrique entre les deux continents dont la Tunisie et l’Italie viennent de poser le premier jalon avec la signature de l’accord de mise en place d’un câble électrique sous-marin entre Partanna (Sicile) et El Haouaria (Tunisie), visant à intégrer le réseau électrique de l’UE à celui d’Afrique du Nord.

L’importance de cet accord réside dans le fait qu’il a rang de condition nécessaire pour l’obtention d’un financement de l’Union européenne, sachant que le coût du projet est estimé à 600 millions d’euros dont 50 % devraient être financés par l’UE et le reste sera partagé entre Terna, gestionnaire italien du réseau de transport et la STEG.

Elmed figure actuellement sur la troisième liste des projets d’intérêt commun (PIC) de l’UE, qui comprend des projets d’infrastructure clés pouvant bénéficier d’une planification accélérée et de l’octroi de permis, indique le site Deutsche Welle (DW), citant un porte-parole de la Commission européenne qui “suit avec intérêt le développement du projet Elmed, dans la mesure où il permettrait l’intégration des marchés électriques entre l’Afrique du Nord et l’Europe”.

Selon la Banque mondiale, qui organise le financement de la préparation du projet et soutient les efforts de la Tunisie pour évaluer la viabilité de l’interconnexion, l’objectif financier actuel est 2022, la construction devrait commencer en 2023 et le projet serait opérationnel en 2027.

Les investisseurs font la queue

Outre la Banque mondiale et la Commission européenne, les prêteurs européens sont potentiellement intéressés. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a investi 408 millions d’euros dans des projets d’énergies renouvelables dans la région Méditerranée-Afrique du Nord (MENA) à partir de 2015. La Banque européenne d’investissement (BEI) a investi 385 millions d’euros supplémentaires au cours de la même période.

“La BEI est en contact permanent avec la plupart des promoteurs de projets d’envergure dans le domaine des énergies renouvelables et envisagerait des possibilités de financement à mesure que les deux projets se développent “, a déclaré à DW une source de la BEI, faisant référence au projet Elmed autant qu’au projet TuNur – un projet d’énergie solaire présenté en 2017, qui vise à exporter 4,5 gigawatts (GW) d’énergie renouvelable par câbles sous-marins à Malte, en Italie et en France.

C’est tout bénéfice pour la Tunisie

Bien qu’il soit plus avancé, le projet Elmed de 200 kilomètres (124 milles) mérite beaucoup d’attention pour plusieurs raisons. Tout d’abord, Elmed permettrait une intégration plus profonde des marchés de l’électricité dans la région méditerranéenne, améliorant considérablement les connexions entre les pays d’Afrique du Nord et l’Europe.

“Il fermerait la boucle du réseau Europe-Maghreb qui relie le Maroc, l’Espagne, la France, l’Italie, la Tunisie et l’Algérie “, a déclaré la Banque mondiale à DW dans un courriel.

Elmed non seulement diversifierait les sources et les voies d’approvisionnement pour les Européens, mais augmenterait également la sécurité énergétique de la Tunisie, a déclaré la banque. En effet, le projet, conçu à l’origine en 2003 pour exporter vers l’Italie l’énergie solaire produite au Sahara, est désormais conçu pour être bidirectionnel.

La Banque mondiale estime qu’Elmed serait en mesure de fournir jusqu’à 16 % des besoins énergétiques actuels de la Tunisie et de contribuer à remédier à sa pénurie croissante d’énergie en important de l’électricité italienne. Un rapport publié en 2016 par l’Oxford Institute for Energy Studies partage l’opinion selon laquelle les projets précédents sont au point mort parce qu'”ils ont été conçus autour d’un modèle économique unidimensionnel”, ne permettant que les exportations d’énergies renouvelables d’Afrique du Nord en Europe.

Une deuxième raison de soutenir Elmed est qu’il s’inscrit dans la stratégie de l’Union européenne pour l’Afrique. Outre les liens déjà établis avec le Maroc, tels que les interconnexions électriques entre l’Espagne et le Maroc, les institutions européennes se concentrent désormais sur la zone du Sahel et la Tunisie.

Un autre aspect important d’Elmed est que la liaison électrique soutiendrait les efforts de l’UE pour respecter les obligations découlant de l’accord de Paris sur le climat visant à réduire les gaz à effet de serre. Et cela pourrait favoriser la croissance économique dans le sud de l’Italie en crise économique, notamment en Sicile, où de nouveaux parcs solaires pourraient être reliés à ceux de la Tunisie. L’objectif ultime pourrait être un marché intégré, l’électricité circulant de l’Afrique du Nord vers la Scandinavie.

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