AccueilLa UNEEnnahdha-Nidaâ : Quand la cohabitation vire à l’alliance…. contre Chahed

Ennahdha-Nidaâ : Quand la cohabitation vire à l’alliance…. contre Chahed

Rached Ghannouchi faisait-il cavalier seul lorsqu’il a jeté un pavé dans la mare en demandant à Youssef Chahed de s’occuper uniquement des affaires de son gouvernement et de ne pas postuler aux élections présidentielles de 2019 ? En tout cas, à en croire la porte-parole officielle de la présidence de la République, Saida Garrache, Béji Caïd Essebsi ignorait tout du contenu des déclarations que le chef du mouvement Ennahdha avait faites sur Nessma tv. Elle a catégoriquement nié jeudi sur Shems fm que le président de la République se soit inscrit dans ces « positions partisanes qui ne l’engagent en rien», car, explique-t-elle, le président de la République est le garant du droit de chacun de se porter candidat aux élections présidentielles, et il est de ses prérogatives de veiller à l’application de la Constitution.

Des propos qui seraient clairs comme de l’eau de roche si la porte-parole officielle de la présidence de la République n’y a pas mis un bémol en prenant  soin de rafraîchir les mémoires en indiquant que « le chef du gouvernement avait proclamé qu’il ne se présentera pas aux élections présidentielles ». Un rappel qui interroge même si Garrach a tenu à souligner que « parler de 2019 est prématuré ». Un jour plus tôt, Borhane Bssaies le chargé des affaires politiques de Nidaâ Tounès dont le directeur exécutif est Hafedh Caïd Essebsi, avait déclaré que «  des transfuges, des personnalités qui ont quitté Nidaâ s’emploient actuellement à s’octroyer un rôle politique en cherchant à amener Youssef Chahed à se construire une structure politique indépendante ». «  Et si Chahed le décidait, il serait dans son droit de le faire », s’est-il empressé d’affirmer tout en annonçant que l’instance dirigeante de Nidaâ Tounès va se réunir pour discuter des déclarations de Rached Ghannouchi.

Une campagne électorale avant la lettre !

Nombreux ceux qui voient dans ce remue-ménage les prémisses d’une campagne électorale avant la lettre qu’il s’agisse des Municipales, mais aussi et surtout des échéances électorales de 2019 dont les acteurs principaux ont tout lieu d’être Ennahdha et Nidaâ , deux partis qui ont signé l’accord de Carthage en 2014 et dont le rapprochement fait craindre un « jeu antidémocratique » et crée aussi une crise de confiance chez l’électorat, souligne le site « Middle East Eye » (MEE). Il reprend les propos d’un membre du parti Ennahdha selon lesquels « ce qui était à la base une cohabitation est en train de devenir progressivement une alliance ». Surtout depuis le mois de juin, lorsque leurs deux groupes parlementaires se sont alliés pendant la campagne anti-corruption.

Pour certains experts, le renforcement de cette alliance, déjà axée sur le gouvernement, servirait à s’imposer face à un chef du gouvernement qui a décidé de s’attaquer aux barons de la corruption. Pour d’autres, il s’agit seulement d’une stratégie électorale de plus, où le nouveau Nidaa Tounes recomposé autour de Hafedh Caïd Essebsi, le fils du président de la République, trouve son compte tout comme le parti Ennahdha, renforcé par les luttes internes de son rival.

« Le parti Ennahdha est en partie motivé par la peur de l’exclusion, nourrie par le scénario égyptien où les islamistes ont accepté de quitter le pouvoir sous la pression du contexte international et des bailleurs de fonds. C’est un parti qui veut rester dans la vie politique coûte que coûte et qui préserve ses arrières », estime le politologue Hatem M’rad, cité par MEE. Abdelkarim Harouni, président du Conseil de la Choura d’Ennahdha, confirme à sa manière : « Nous aurions pu voter en faveur de lois comme celle visant à exclure les anciens du parti de Ben Ali, le RCD d’un retour dans la vie politique, mais nous ne l’avons pas fait. Le but de la démocratie, c’est de n’exclure personne. »

Une alliance « contre nature »

« Le rapprochement Ennahdha-Nidaa était difficile pour les deux partis, ennemis jurés juste avant 2014. Pour nous, l’intérêt national a primé. Mais c’est vrai que ce rapprochement n’a pas été bien vu », admet Nourredine Arbaoui, président du bureau politique d’Ennahda. Cependant, cette alliance apparemment « contre-nature » comme l’avait qualifié Yassine Brahim, le leader du parti Afek Tounes (qui fait aussi partie du gouvernement) tient au gré d’arrangements qui fonctionnent mieux depuis la prise de pouvoir d’Hafedh Caïd Essebsi.

Si les membres d’Ennahda sollicités par MEE restent prudents sur les affaires internes de leur allié- « la cuisine interne du parti ne nous regarde pas » déclarent-t-ils-, il n’en demeure pas moins que la lutte de leadership chez Nidaa Tounes et sa progressive recomposition autour de Hafedh Caïd Essebsi est un enjeu précieux dans cette alliance. « Il [Hafedh Caïd Essebsi] est tout à fait partisan d’une alliance avec les islamistes », confirme un ex-dirigeant de Nidaâ. « Ennahdha n’a pas intérêt à trop s’exposer au premier plan et l’alliance avec Nidaa lui permet de rester présent dans les décisions politiques sans trop s’attirer les inconvénients des responsabilités », ajoute, pour sa part Hamadi Redissi, islamologue et politologue tunisien.

Le paramètre Chahed !

« Finalement, avec la nouvelle popularité conquise par Youssef Chahed et sa lutte anti-corruption, il est très difficile de prédire l’issue des élections municipales du 17 décembre. Il a été acclamé dans le Sud lors d’une visite à Zarzis, par exemple, plutôt un fief des islamistes », note l’analyste Hatem M’rad. « Si jamais il avait des velléités de créer son parti politique, cela pourrait être déstabilisant pour les deux grands partis ».

« Le taux d’abstention aux municipales le dira, mais qu’on le veuille ou non, avec cette alliance, il y a eu une trahison du vote populaire. Nidaa Tounès a perdu son identité, ce n’est plus un parti d’initiative, mais un parti de gestion qui n’a plus forcément le poids qu’il avait en 2014 », ajoute Hamadi Redissi.

À l’heure où la bipolarisation qui caractérisait la Tunisie de 2011-2014 a laissé place à une alliance unie et une flopée de nouveaux partis, l’enjeu pour Ennahdha et Nidaa Tounes est bien celui des municipales. Ils doivent réunir près de 8 000 candidats qui doivent se présenter en vue de couvrir les 357 municipalités et reconquérir ainsi leurs bases. Mais l’alliance va désormais encore plus loin puisque les élections présidentielles de 2019 semblent être une nouvelle priorité, comme le suggère l’interview de Rached Ghannouchi à la chaîne Nessma. Il a déclaré que le chef du gouvernement ne devrait pas se présenter aux prochaines élections, confirmant ainsi la crainte des deux partis suscitée par les velléités politiques de Youssef Chahed, conclut MEE.

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1 COMMENTAIRE

  1. Le couple BCE/Ghannouchi synchronisent ensembles leurs discours et leurs declarations……Ils soutiendront leurs 2 poulains Youssef Chahed et Hafedh Caied Essebsi jusqu a l ultime victoire electorale de 2019.Wait and see….La tactique de BCE/Ghannouchi est claire….Booster la popularite de Youssef Chahed par des actions bien reflechies tel la « guerre contre la corruption » et pousser Ghannouchi a critiquer davantage Chahed pour gagner les sympathies des citoyens et les allergiques des partis Nidaa/ Nahdha. BCE/Ghannouchi sont de fin manipulateurs de l opinion publique,ils sont a la base des malheurs qui ont frappe le pays et dont les consequences sont desastreuses .

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