AccueilLa UNEEnnahdha se dépeuple. Ses jeunes ne s’y reconnaissent plus !

Ennahdha se dépeuple. Ses jeunes ne s’y reconnaissent plus !

Le mouvement Ennahdha n’est plus ce qu’il était. D’un aloi de plus en plus décati, il perd des voix et des sièges à mesure que son état-major et sa direction historique ont de moins en moins de force pour résister aux assauts des jeunes militants et à ce vent de contestation qui déferle sur un parti politique qui peine à rompre avec ses ressorts idéologiques fondateurs.

Sans faire eau de toutes parts, le mouvement de Rached Ghannouchi se dépeuple par endroits, mais hardiment. Hajer Barcous, responsable locale du parti à Nice, en France, a annoncé le 15 janvier qu’elle rendait son tablier faisant valoir que « les décisions, les discours et les activités d’Ennahdha ne la représentaient plus ». Au reste, elle a exigé de sérieuses réformes structurelles internes préalablement à toute reprise de son activité partisane avec le mouvement. Un jour plus tôt, un autre membre du parti, Zied Boumakhla, avait acté sa démission dans un message sur son compte Facebook, sans en préciser les raisons. Il avait été actif dans les rangs du parti pendant plus de 10 ans. Le même jour, le dirigeant actif d’Ennahdha, Hichem Laarayedh, qui est également le fils du numéro 2 du mouvement et ancien chef du gouvernement Ali Laarayedh, lui a emboîté le pas. Il a annoncé sa démission dans un message sur Facebook. Il était un membre actif d’Ennahdha depuis une décennie. Il n’a pas non plus révélé dans son post les raisons de sa démission.

Ces démissions ne sont pas nouvelles pour Ennahdha. Zoubair Chehoudi, qui était le directeur du bureau de Rached Ghannouchi, avait démissionné le 17 septembre 2019. Il a exhorté Ghannouchi à se retirer de la vie politique. Zied Laadhari, député et ancien ministre du Développement, de l’investissement et de la coopération internationale, avait renoncé, le 28 novembre 2019, à tous les postes de direction du mouvement. Il a démissionné de son poste de secrétaire général par intérim du parti et de membre de son bureau exécutif. Il a fait part de son mécontentement quant à la ligne politique du mouvement, sa nomination de Habib Jemli à la tête du gouvernement.

Ghannouchi veut être « indéboulonnable » !

Ces démissions, qui coïncident avec le 11ème Congrès national d’Ennahdha qui se tiendra à une date à déterminer, découlent de positions divergentes sur les options politiques, explique le site Al-Monitor, indiquant que le mouvement a dû faire face à des divergences internes, notamment en ce qui concerne la modification controversée de son règlement d’organisation interne afin de permettre à Ghannouchi de rester à la tête du parti. Une grande partie de la population d’Ennahdha s’est opposée à cet amendement.

Un analyste politique, cité par la même source, a souligné que ces démissions sont plutôt une rébellion au sein du mouvement, qui a perdu des sièges parlementaires – passant de 89 en 2014 à 54 aux élections législatives de 2019. Il a estimé que le parti islamiste a commencé à perdre son emprise sur la scène politique, surtout après son échec à former un gouvernement le 11 janvier, en raison des mauvais choix politiques et du monopole de décision de Ghannouchi.

« Il y a un affrontement entre deux mouvements à Ennahdha. Le camp de jeunes [au sein du mouvement] appelle à un changement de direction et d’administration au sein du parti. Le second est le groupe qui a une légitimité politique et qui a gagné le 10ème congrès du mouvement en mai 2016. Il est représenté par la direction du mouvement, son bureau exécutif et les institutions officielles », a-t-il dit.

De nouvelles dissidences en perspective

Un professeur de sciences politiques au Centre de recherche économique et sociale en Tunisie a expliqué les fréquentes démissions à Ennahdha par «  la situation politique instable du pays en général et les politiques désorganisées du mouvement compte tenu des différences de points de vue ». Ces démissions au sein des mouvements sont en cours depuis 2011. Selon lui, elles sont le résultat de deux facteurs : les différences de positions politiques et les affrontements sur la répartition des portefeuilles ministériels. Ces derniers ont conduit à la démission de Zied Laadhari.

Ennahdha est le parti au pouvoir depuis neuf ans, et les différences internes ont commencé à faire surface à travers ces démissions et les critiques sévères du public, ce qui reflète un problème organisationnel profond qui pourrait conduire à de nouvelles dissidences et divisions au sein du mouvement.

Autre opinion d’expert , celle d’un chercheur en sociologie, qui trouve « normales » les démissions des jeunes membres d’Ennahdha, étant donné la nature de la jeune génération à se rebeller contre ce qui est la tradition, surtout quand il s’agit d’organisation partisane. Il a expliqué que depuis la Révolution du Jasmin, les jeunes Tunisiens ont abandonné tout héritage socioculturel et se sont installés de manière indépendante dans la sphère politique générale.

Surtout, certaines des démissions sont dues à une perte de confiance dans les dirigeants du mouvement, et les jeunes Tunisiens réclament de plus en plus une alternative aux partis politiques traditionnels.

Traduction &synthèse : AM

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