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France-Reconduction de migrants: La Tunisie moins mauvaise élève que l’Algérie et le Maroc!

La migration irrégulière et son épiphénomène ambiant, l’octroi plus que parcimonieux des visas, voilà un sujet qui fâche en France, s’agissant surtout des Maghrébins. Emmanuel Macron évite d’en parler en public, mais il en a été question lors de son récent entretien téléphonique avec le président de la République, Kais Saied.

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Si la question a été laconiquement évoquée pour ne pas dire survolée dans le communiqué de l’Elysée, elle a fourni au chef de l’Etat tunisien l’opportunité de s’y attarder , d’abord en regrettant  la décision de Paris de baisser le nombre de visas délivrés aux Tunisiens, puis  en reprenant la promesse de Macron que  cette mesure est susceptible d’être révisée. Surtout, Saied a exposé ses vues en la matière, affirmant que le dossier de la  migration irrégulière « ne peut être traité que sur la base d’une nouvelle approche », assurant que Tunis se penchera dessus après la formation du gouvernement.

Pour la France et alors que l’échéance de l’élection présidentielle approche, c’est la question migratoire qui est en passe de devoir départager les candidats dont Emmanuel Macron,  lequel s’échine à damer le pion à  sa très probable adversaire Marine Le Pen. Dans cette perspective, les restrictions de l’admission des migrants et l’augmentation des flux de reconduction  s’imposent comme un enjeu crucial avec la fameuse OQTF (obligation de quitter le territoire français) .

Selon les chiffres du ministère français de l’Intérieur,  l’Algérie a délivré 31 laissez-passer consulaires entre janvier et juillet 2021 pour 7 731 obligations de quitter la France prononcées, et 22 expulsions réalisées, soit un taux d’exécution de 0,2 %. Ce taux est de 2,4 % pour les OQTF concernant les ressortissants marocains, et de 4 % pour les Tunisiens.

Relier la quantité de visas délivrés par la France au nombre de laissez-passer consulaires émis par les pays du Maghreb – nécessaires à la réadmission de leurs ressortissants – est «  une mesure tout à fait classique, qui se fait depuis des décennies », décrypte une source diplomatique proche du dossier, citée par le journal « La Voix du Nord ».  «  C’est très mal accueilli » de l’autre côté de la Méditerranée, reconnaît la source diplomatique, «  mais ça crée un rapport de force ». «  On sait que ça fonctionne, sinon on ne le ferait pas. »

« Progression significative »

D’après le ministère de l’Intérieur français, des pressions similaires, qui n’avaient pas été rendues publiques, ont été mises en œuvre dès 2018. Elles s’étaient traduites par « une nette augmentation du nombre de laissez-passer consulaires délivrés ».

Les expulsions avaient alors connu une «  progression significative » : +65 % à destination de l’Algérie en 2019 par rapport à 2017, +57 % vers le Maroc et +61 % vers la Tunisie sur la même période, observe-t-on au ministère.

L’arme des visas a donc été « efficace avant la pandémie », et elle montre déjà des résultats avec la Tunisie, avec qui «  la coopération s’améliore » dernièrement, selon cette source.

Paris a ainsi confirmé une baisse à venir de 50 % du nombre de visas délivrés pour les Marocains et Algériens et de 33 % seulement pour les Tunisiens, leur gouvernement ayant «  manifesté plus de gestes de bonne volonté », estime la source sécuritaire.

Alger, dont les relations avec Paris sont tumultueuses, a déploré une décision intervenue «  sans consultation préalable », qui «  comporte l’anomalie rédhibitoire d’avoir fait l’objet d’un tapage médiatique », avant de convoquer l’ambassadeur de France en Algérie.

Pas d’OQTF pendant la pandémie

Le ministre des Affaires étrangères marocain Nasser Bourita a, lui, qualifié la décision de Paris d’«  injustifiée », le Maroc gérant la question migratoire avec « une logique de responsabilité et d’équilibre entre la facilitation des déplacements des personnes (…) et la lutte contre la migration clandestine ».

L’approche de la France est « biaisée » du fait de la pandémie du nouveau coronavirus, estime Matthieu Tardis, chercheur à l’Institut français des relations internationales.

« On a continué à délivrer des OQTF alors qu’on savait qu’elles ne seraient pas exécutées à cause du Covid-19 », observe-t-il, « l’Algérie ayant rouvert ses frontières très récemment », cet été.

« Sans-papiers »

« On punit une partie de la population qui n’est pas concernée par les migrations », regrette aussi Matthieu Tardis, souvent, les étudiants, commerçants ou touristes, dans des proportions démesurées par rapport au nombre d’expulsés.

Entre janvier et juillet 2021, la France a accédé à 8 726 des 11 815 dépôts de visas venant d’Algérie (18 579 sur 24 191 pour le Maroc, 9 140 sur 12. 921 pour la Tunisie), un chiffre très en-deçà des requêtes pré-Covid. En 2019, Paris recensait plus d’un million de demandes de visas depuis ces trois pays.

Cette même année, Algérie, Tunisie et Maroc avaient instruit moins de 4 300 demandes de laissez-passer consulaires, pour 32 000 mesures d’éloignement prononcées par la France.

Les personnes concernées sont des « islamistes radicaux », « des délinquants » ou des personnes qui « doivent partir tout simplement du territoire national », a affirmé mercredi le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

« Ce sont plutôt des sans-papiers », nuance Catherine Wihtol de Wenden, chercheuse au CNRS, pour qui la solution à ce problème est « d’avoir moins d’OQTF ».

Car les reconductions « coûtent très cher »(entre « 3 et 5 000 euros » par individu, qui doit être accompagné de deux policiers), énumère-t-elle. « Il faudrait qu’on prononce moins d’OQTF, mais qu’on les applique vraiment pour ceux représentant un danger public », note cette spécialiste du phénomène migratoire. « Vouloir expulser des personnes qui travaillent, qui ont créé des familles, n’a aucun sens ».

La limitation du nombre de visas a été annoncée durant la pré-campagne électorale française, qui a déjà vu l’immigration devenir un thème phare. « La reconduction, c’est la théâtralisation de la politique », tranche-t-elle, citée par la Voix du Nord.

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