Grandes surfaces et franchisés de la bouffe, nouveaux hauts-lieux de la consommation

Grandes surfaces et franchisés de la bouffe, nouveaux hauts-lieux de la consommation

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En décembre 2018, l’Institut national de la consommation a organisé un atelier de réflexion sur «l’évolution des grandes et moyennes surfaces en Tunisie», une occasion pour faire la lumière sur les approches économiques et sociales qui permettent de comprendre l’activité de ces chaînes de grande distribution.

Essayant d’expliquer les raisons selon lesquelles ces grandes surfaces ont pu s’imposer dans la culture et les modes de consommation des Tunisiens, le sociologue Adel Ayadi a affirmé que s’approvisionner dans une grande surface n’émane plus d’un besoin réel mais s’avère être un comportement parfois ostentatoire pour pouvoir s’approprier de nouveaux statuts sociaux. «Les consommateurs n’achètent pas des produits, mais plutôt des statuts sociaux, car le fait d’aller s’approvisionner dans une grande surface n’est plus simplement une réponse à un besoin réel mais serait motivé par d’autres besoins correspondant essentiellement à des intentions d’ascension sociale», a-t-il expliqué.

Le sociologue, qui s’appuie sur un point de vue critique envers les nouvelles formes de consommation, a «accusé» notamment les stratégies publicitaires qui visent à créer de nouveaux besoins fictifs et non réels dans un seul objectif purement économique. «Le Tunisien ne consomme plus en fonction de ses revenus, ce qui explique le taux d’endettement très élevé des ménages tunisiens. Les grandes surfaces ont pu renforcer cette culture de consommation irrationnelle, qui a rendu les consommateurs éternellement insatisfaits, toujours en quête d’un nouveau statut social», a-t-il encore expliqué.

  • Défendre le consommateur

Mettant l’accent sur les dépassements commis par ces espaces de grande distribution, le président de l’Organisation pour la défense du consommateur (ODC), Slim Saâdallah, a précisé à cet égard que «le rôle de son organisation consiste à soulever les dépassements enregistrés dans les grandes surfaces qui concernent essentiellement le non-affichage des prix, l’absence d’agents pour prodiguer des conseils aux consommateurs». Et d’ajouter que «l’ODC n’adhère pas aux appels au boycott des grandes surfaces lancés par certaines parties. De tels appels peuvent menacer 13.500 emplois».

Saâdallah a, en outre, plaidé pour «une ouverture du marché à d’autres enseignes de distribution pour favoriser la concurrence loyale entre les opérateurs du marché, ce qui permettra une meilleure maîtrise des prix».

L’ancien directeur général de l’Institut national de la consommation (INC), Tarek Ben Jazia, a précisé, pour sa part, que «la part de la grande distribution dans le commerce en Tunisie est passée de 15% en 2006 à 25% en 2017. Cette part devrait atteindre 40% durant la prochaine décennie». Le chiffre d’affaires global des grandes surfaces est passé de 800 MDT en 2006 à 3 milliards DT en 2017. La Tunisie compte 450 points de vente, dont 2 hypermarchés en enseignes étrangères. Ces points de vente, de grande distribution, sont détenus par 5 groupes tunisiens (Groupe Bayahi : 92 points de vente MG et Batam. Groupe Mabrouk : 88 points de vente Monoprix et Mini. Groupe Chaïbi : 86 points de vente, dont un hyper. Groupe Ghassan Slama : 175 points de vente «Aziza» et Groupe Poulina : 9 points de vente Mazraa) qui font travailler quelque 13.500 personnes.

  • Qui sont les franchisés de la bouffe ?

A ces nouveaux temples de la consommation que sont les grandes surfaces dont le nombre a explosé après la révolution en Tunisie, s’ajoute aussi une nouvelle race de consommateurs. Ceux qui veulent consommer in, dans les marques étrangères. Une nouvelle race qui ne veut plus des sandwichs traditionnels tunisiens, comme le «casse-croûte au thon», «plat tunisien», «Keftaji» et qui trouve plus in d’aller voir ailleurs.

La réponse leur a été trouvée par les nouveaux franchisés de la bouffe. Ils sont pour l’instant au nombre de 15, tous montés par des investisseurs tunisiens, en contrepartie de « fees » ou de commission. Un genre commercial assez controversé en Tunisie, notamment en tant que source de sortie de devises. Mais un genre commercial dont on ne peut indéfiniment repousser l’implantation dans une société de consommation comme la Tunisie.

AM & INC

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