Il a juste enlevé les SE. Fakhfakh a diminué, mais aucunement innové

Il a juste enlevé les SE. Fakhfakh a diminué, mais aucunement innové

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Elyes Fakhfakh, se rêvant chef de gouvernement. Son entrée au «Hamam de La Kasbah», ne sera pas aussi facile que sa sortie des présidentielles

On ne connaît pas encore sa composition, mais juste son nombre. D’après un document, publié sur sa page des réseaux sociaux [ar], le prochain gouvernement Fakhfakh sera en effet de 28 membres, au cas où il ne nommerait pas d’autres Conseillers. Il en avait pourtant toujours promis 25. Il n’y a certes pas de comparaison avec les 42 ministres de Habib Jemli. Mais c’est aussi, en nombre, celui de Jemli moins les secrétaires d’Etat (SE). Sinon, c’est presque la même structure que celle de son prédécesseur et même celui d’avant.

Il aurait pourtant pu mettre dans le même panier les finances et l’investissement et la coopération internationale, surtout que le pays dispose déjà d’une Instance nationale de l’investissement, et de deux autres agences pour l’investissement, local et étranger. Sinon Finances et coopération internationale versent les deux dans le domaine de la recherche des ressources, qui manquent pour un Etat appelé à plus d’investissement. Il aurait pu aussi fusionner le tourisme, l’artisanat et le transport, des secteurs étroitement dépendants l’un de l’autre. Il aurait pu aussi éviter «l’insulte» aux femmes de leur dédier un ministère, alors que même la Constitution appelle à consacrer l’égalité entre les genres.

Auquel cas, il lui manquerait un ministère de l’homme au masculin. Dans tous les cas, Elyes Fakhfakh a promptement décidé de ne pas regrouper les départements de son prochain gouvernement sous forme de pôles, économique, financier, et social, ce qui n’amènera point la célérité dans la décision dans des dossiers dont le sort restera horizontal et du ressort de plusieurs ministères qui continueront encore de se refiler les patates chaudes, jusqu’à l’arbitrage du chef du gouvernement. Mais c’est, peut-être, ce que veut Fakhfakh. Un regroupement par pôles, qui aurait pu lui éviter le recours à ce qu’il a appelé des Task forces interministériels (TFI), qui n’aboutiront qu’à disperser les efforts des ministres, les détourner quelque part de leurs «main business», ce qui les amènera à se faire simplement représenter dans ces TFI, et à ralentir les prises de décision à propos des dossiers brûlants.

On saluera tout de même les deux projets de ministère, l’un pour la transition numérique et l’autre pour la transition énergétique. Et on aurait aimé un ministère pour les retraités, tant leur nombre va grandissant, tant la pyramide des âges se renverse chaque année encore plus et tant cette tranche d’âge nécessite une médecine spécialisée et devient un important corps électoral à dorloter pour les vrais politiciens.

On ne s’étalera pas sur ce que Fakhfakh a appelé «programme» et qui n’est en fait qu’une simple dissertation et assortiment d’idées et de concepts généraux, avec des phrases sonnantes et non trébuchantes, car sans contenu sonnant et trébuchant pour désigner le contenu matériel. Un «programme», fait de promesses creuses, car difficiles à concrétiser.

  • Les très difficiles urgences de Fakhfakh, à commencer par le démantèlement des barbelés

Pour l’urgent, il voudrait «lutter contre le crime et restaurer l’ordre et la tranquillité». Il est vrai que le ministère de l’Intérieur dit que «tout va bien Madame La Marquise» et que ce que rapportent les médias est gonflé. Et alors que les braquages augmentent, le même ministère nous dit n’avoir aucun chiffre à ce propos. Il devrait, pourtant, commencer par démanteler les barbelés qui entourent La Kasbah, les ministères, dont celui de l’Intérieur, pour dissiper l’impression que ceux qui sont censés faire régner la loi ont eux-mêmes peur pour leur sécurité.

Il voudrait «améliorer le pouvoir d’achat, maîtriser les prix et les circuits de distribution, et lutter contre la contrebande et le monopole». La liste des grandes familles de contrebande a déjà été publiée dans un rapport de la Banque Mondiale, et il n’a qu’à y aller. Ceux qui monopolisent le transport du phosphate sont aussi connus. Quant aux grandes surfaces, Fakhfakh oublie manifestement que la très grande partie des prix sont libres et non pas encadrés.

Pour la «concrétisation de la stratégie de lutte contre la corruption», il devrait commencer par certains corps constitués, et la petite corruption dans une administration qui est directement sous son contrôle. La grande pourra alors partir d’elle-même. De plus, il y a tellement d’organismes qui s’occupent de ce sujet qu’il en deviendrait presque une banalité. Pour la crise du phosphate, Fakhfakh voudrait une «solution politique», et il s’emmêlerait ainsi les pinceaux et voudrait politiser l’économie. Reste l’urgence de «mobilier les ressources financières de l’Etat pour 2020». Il s’y prend déjà mal en oubliant les engagements pris envers le FMI et ses followers. Et pour vouloir les rediscuter, il faudrait d’abord avoir les moyens de sa politique, aller les chercher en priorité chez les professions libérales, les dizaines de milliers de forfaitaires du secteur des services, et autres activités.

  • Un Fakhfakh encore dans le déni des bailleurs de fonds et du secteur privé

Les grands projets, à la façon d’une Allemagne d’un autre temps, supposerait des employés prêts à travailler et à trimer, alors que les chômeurs ne cherchent que la fonction publique, et non le travail manuel. Le plan d’investissent stratégique ne pourra être fait que par de l’investissement étranger. On se rappelle, à ce propos, le sort du fameux «2020», ses grandes promesses, et son peu de réalisation.

Et dans le chapitre des grands projets, qui sont au nombre de 5 pour Fakhfakh, on ne retrouve point celui de la réforme d’une fonction publique qui bouffe à elle seule presque 20 milliards DT en salaires. Ni celui des caisses sociales, qui plombent pourtant le système de santé que Fakhfakh voudrait réformer, et du système des retraites, ni d’ailleurs celui des entreprises publiques, dont les énormes pertes plombent lestent tout le budget.

Manifestement, Fakhfakh reste dans le déni des engagements pris avec les bailleurs de fonds de la Tunisie. Des engagements, qui conditionnent et conditionneront l’octroi de ressources pour financer le volet social de son «programme». Manifestement aussi, le probable chef de gouvernement, semble aussi être dans un déni total du secteur privé, pour lequel il ne prévoit rien dans le volet de ses priorités de moyen terme et qui est pourtant l’unique pourvoyeur d’emplois et gros dispensateur de ressources fiscales. Au mieux, pour le secteur privé, on retrouve cette promesse d’une «redynamisation de l’économie par des mesures urgentes [Ndlr : Lesquelles ?], qui concerneront les métiers, les PME et les grandes entreprises.

Pour le reste, le chef de gouvernement en devenir n’a fait que parodier la chanson de Dalida, «paroles, paroles, paroles» ! Et pour être réellement un «gouvernement de transparence et de retour de confiance» comme il le dit, il faudrait qu’il dise TOUT au peuple, ne plus esquiver lors des conférences de presse, change de politique de communication, ouvre les dossiers des assassinats politiques, et toute la vérité sur des dossiers comme l’argent des partis politiques et celui de l’envoi des Tunisiens aux foyers de tension. Autant de sujets qu’on ne retrouve pas dans son programme !

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