AccueilLa UNEInflation en Tunisie : Avril 2026 marque un retour en force

Inflation en Tunisie : Avril 2026 marque un retour en force

L’indice des prix à la consommation (IPC) tunisien a progressé de 1,1 % en avril 2026 par rapport à mars, portant le glissement annuel à 5,5 %. C’est la hausse mensuelle la plus forte enregistrée depuis le début de l’année, et elle traduit une réaccélération nette après trois mois de relative accalmie.

Pour mémoire, le glissement annuel avait plafonné à 4,8 % en janvier, puis à 5,0 % en février et en mars, avant ce sursaut d’avril. Le cumul sur les quatre premiers mois de 2026 s’établit à 5,1 %, contre 5,8 % sur la même période en 2025, ce qui confirme que la désinflation engagée l’an passé reste globalement à l’œuvre, même si elle n’est pas linéaire.

–          L’habillement dérègle les chiffres de surface

Le poste qui retient d’abord l’attention est celui des articles d’habillement et chaussures, avec une variation mensuelle de 5,9 %. Ce chiffre est spectaculaire, mais il appelle une lecture prudente. Il correspond en grande partie à un effet saisonnier bien connu : le renouvellement des collections de printemps provoque chaque année, autour de mars-avril, un saut de prix dans ce segment. Avec un poids de 7,4 % dans le panier de référence, ce poste contribue mécaniquement à gonfler l’indice général sans refléter une tension structurelle généralisée. Son glissement annuel de 9,3 % reste néanmoins élevé et confirme que les pressions sur ce secteur ne sont pas uniquement saisonnières.

–          L’alimentation reste le moteur profond

Le poste alimentaire (produits alimentaires et boissons non alcoolisées) pèse 26,2 % du panier, soit de loin le poste le plus lourd. Sa variation mensuelle de 1,4 % en avril et son glissement annuel de 8,2 % en font le principal contributeur structurel à l’inflation tunisienne. Sur les quatre premiers mois de 2026, la progression cumulée atteint 6,9 %, un niveau qui érode significativement le pouvoir d’achat des ménages à revenus modestes, pour lesquels la part de l’alimentation dans les dépenses réelles est bien supérieure à ce que la pondération nationale suggère.

La restauration et l’hôtellerie confirment également la tendance, avec 1,8 % de hausse depuis décembre et 6,2 % en glissement annuel. Ces chiffres reflètent à la fois la transmission des coûts alimentaires vers les professionnels de la restauration et la dynamique du secteur touristique.

–          Des signaux modérateurs à ne pas négliger

Tous les postes ne poussent pas dans le même sens. Les transports affichent une légère variation négative en avril, à -0,1 % sur le mois, ce qui suggère une certaine stabilisation des prix de l’énergie ou une modération des tarifs de transport. Les communications enregistrent elles aussi -0,1 % en avril. Ces deux postes, qui représentent ensemble 17,3 % du panier, exercent un effet compensateur non négligeable sur l’inflation globale. Sans eux, l’indice d’ensemble eût été plus élevé.

Le logement, l’eau, le gaz et l’électricité progressent modérément sur le mois, à 0,3 %, avec un glissement annuel de 4,1 %. C’est une relative bonne nouvelle dans un contexte où les coûts énergétiques constituent souvent le principal vecteur d’emballement inflationniste dans les économies en développement.

–          Inflation sous-jacente : la prudence s’impose

L’indice hors énergie et hors alimentaire, qui mesure l’inflation dite sous-jacente (c’est-à-dire corrigée des éléments les plus volatils), progresse de 1,0 % sur le mois et de 4,8 % en glissement annuel. Ce chiffre est inférieur à l’indice général, mais reste à un niveau élevé. Il signale que les pressions inflationnistes ne sont pas cantonnées aux seuls secteurs volatils, mais qu’elles sont diffusées dans l’ensemble de l’économie, notamment dans les services, la santé et l’enseignement.

–          En perspective

Comparé à avril 2025, le glissement annuel de 5,5 % reste légèrement inférieur au 5,6 % enregistré un an plus tôt, et nettement en dessous des 7,2 % d’avril 2024. La trajectoire reste donc orientée à la baisse sur une longue période. Mais le rebond mensuel d’avril, le plus fort de 2026, doit être surveillé. Si mai confirme cette dynamique, la question d’un durcissement ou d’un maintien prolongé du biais restrictif de politique monétaire de la Banque centrale de Tunisie (BCT) reviendra inévitablement au centre du débat.

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