Il a reçu, jusqu’à épuiser son stock de thé à offrir aux invités, toutes catégories confondues. Il a négocié, dans son bureau de Dar Dhiafa et ailleurs, presqu’avec tous les partis politiques, jusqu’à ne plus savoir que dire et ne savoir qu’offrir pour que le puzzle de partis de l’ARP s’imbrique et s’implique pour lui servir de bouclier, celui-là même dont il a besoin pour gouverner. Ennahdha, mentor du chef du gouvernement missionné, joue au chat et à la souris, tantôt dénigrant ses anciens ennemis des présidentielles Qalb Tounes, et tantôt flirtant avec lui, marchandant avec Mohamed Abbou le sort de deux ministères de souveraineté que Jemli jurait vouloir indépendants et non partisans. Seul lui était resté fidèle dans le silence, le parti Al-karama et dont elle [ Ennahdha] ne peut plus désormais se hasarder à inclure son président Seif Makhlouf au gouvernement, ce dernier étant devenu un reprise justice. La plupart du temps absent de son poste de «Rais Kheriji» au perchoir de l’ARP, Ghannouchi continue de jouer au sorcier d’opérette, manipulant la scène politique tunisienne.

Avec Ridha Saïdi, le chef de gouvernement missionné, Habib Jemli a passé, ils ont passé, on suppose, des jours et des nuits à éplucher des CV. Parfois à en attendre d’autres qui ne sont jamais venus.
Peu de grosses pointures tunisiennes de l’économie, comme Habib Karaouli, Nouri Jouini, ont accepté ses propositions. Le 1er a décliné l’invitation à candidater à un poste de ministre, sans aller à Dar Dhiafa. Le second y est allé, sans CV car il n’en a pas besoin, et était sorti tout aussi silencieux qu’il était entré. D’autres, comme le député d’Ennahdha Fayçal Derbel, a envoyé son CV, tout en déclinant l’offre.
Noureddine Taboubi lui avait dit que ce qu’il faisait, notamment les réceptions au thé, était inutile et qu’il fallait passer directement à la formation du gouvernement. Jemli répondra que «les consultations n’étaient pas une perte de temps, mais nécessaires pour mettre au point les procédures, les outils et les orientations de gestion du travail gouvernemental, ce qui sera de nature à assurer la réussite». Une réponse qui en disait long sur le degré de préparation de l’homme à supporter les charges de ce nouveau statut d’homme d’Etat, avec une expérience de ses rouages, de ses impératifs et les «ikrahet» de sa gestion. Force est aussi de constater, au bout de ce 1er mois de tentatives infructueuses pour la formation du énième gouvernement d’une transition politique qui s’éternise et éternue, et d’une transition économique qui n’est même engagée, que Jemli n’a pas le carnet d’adresses qu’il faut. Et même aidé par l’ancien ministre Ridha Saïdi, il n’arrive toujours pas à faire son choix, si choix il avait, car ce n’est pas sûr, au vu de ses échecs à trouver les personnes qu’il faut, pour les fauteuils qu’il propose.
Et ce n’est que deux jours avant la fin réglementaire de la 1ère mi-temps de son match, que Jemli, sans pour autant s’avouer définitivement vaincu, se rend aux vestiaires pour rencontrer l’arbitre Kais Saïed. «J’ai besoin d’une période supplémentaire», a-t-il fini par dire, jeudi dernier, au chef de l’Etat. Constitutionnellement, Jemli a droit à une prolongation d’un mois, ce qui ferait que l’annonce du prochain gouvernement pourrait être pour le 15 janvier 2020. Des sources parlementaires proches d’Ennahdha affirment cependant que cela pourrait intervenir la semaine prochaine, au pire avant la fin de la seconde période d’un jeu à la «Bubble Shooter», le jeu flash très populaire dont le but est de faire des Combo avec les balles colorées lancées par la souris.
Est-ce pour autant un aveu d’échec ? Il semble que ce ne soit pas le cas. Jemli ne s’y résout en tout cas pas encore. Il attendrait encore la prochaine réunion des bureaux d’Attayar et du Mouvement Populaire, qui pourraient revenir à de meilleurs sentiments par rapport au gouvernement. A moins que Qalb Tounes ne se décide à rejoindre «Dar Joued» à Montplaisir !








