Le tunisien est un grand consommateur de pain : en moyenne 70 Kg/personne/an (en France 58 kg/personne/an, en Algérie 62 Kg/personne/an). Il dépense en moyenne 200 dinars/ménage/an dans la rubrique « pain ». Durant le mois de Ramadan la consommation de la baguette augmente en moyenne de 135% contre une baisse de 38% de la consommation du gros pain.
C’est dans ce contexte que, Marouane Zayen, député au Conseil national des régions et des districts, a estimé que le mois de Ramadan se caractérise par une forte augmentation de la consommation de pain, engendrant ainsi un gaspillage. Lors son intervention sur les ondes d’Express fm, le député a expliqué qu’en Tunisie, environ 900 000 pains sont jetés chaque jour, soit près de 320 millions par an. Cela représente une perte directe d’environ 100 millions de dinars par an en subventions. Il a qualifié cette situation d’un véritable mauvais fléau économique pour les générations futures.
Le député a ajouté que le prix d’une baguette est d’environ 430 millièmes, alors qu’elle est vendue aux consommateurs à 190 millièmes, ce qui signifie que la différence de prix est prise en charge par l’État dans le cadre du système de subventions. Par ailleurs, selon lui, la rareté de certains formats de pain en circulation fait que les citoyens achètent en réalité du pain à 200 ou 250 millièmes, ce qui aggrave les problèmes de prix.
- Baguettes et Pains de mie : Proposition d’une nouvelle loi
Sur un autre volet, Zayen a annoncé une proposition de loi visant à supprimer la distinction actuelle entre baguettes et pains de mie, et à les remplacer par un pain standardisé d’environ 300 grammes, vendu à 250 millièmes. Ce pain, selon le député, serait fabriqué à partir de farine complète à haut taux d’extraction (environ 80 %), avec une teneur en fibres plus élevée, une meilleure qualité nutritionnelle et une durée de conservation plus longue, réduisant ainsi le gaspillage et améliorant ses qualités nutritionnelles.
Et de souligner que ce système contribuerait à réduire le gaspillage quotidien de pain, à alléger le budget des subventions, à diminuer les importations de blé tendre, à améliorer la qualité nutritionnelle du pain et à garantir un meilleur équilibre des coûts de production pour les boulangeries.
Il a également proposé la création d’un Fonds de souveraineté alimentaire. Ce fonds serait alimenté par les recettes générées par une légère augmentation du prix du pain et une réduction du gaspillage alimentaire. Et de considérer que la meilleure façon de faire adopter cette proposition serait de la soumettre à un référendum public direct, organisé en même temps que les prochaines élections municipales.
Cela garantirait une décision participative et populaire, et non une décision imposée d’en haut. Il estime que cette option permettrait d’apaiser les tensions sociales, de conférer au projet une forte légitimité démocratique, d’éviter d’imposer des charges financières supplémentaires à l’État et de renforcer la participation aux élections municipales.
Le député a conclu son intervention en soulignant que la question du pain et le système de subventions en général nécessitent un large dialogue national impliquant toutes les parties concernées, notamment les ministères compétents, les experts, la société civile et les médias, afin de formuler une solution équilibrée qui combine les dimensions économiques, sociales et sanitaires, et garantisse le droit du citoyen à un pain de meilleure qualité tout en préservant les fonds publics (…).
- Gaspillage alimentaire en Tunisie : 172 kg par personne et par an
La Tunisie arrive en tête des pays du Maghreb en matière de gaspillage alimentaire avec une moyenne de 172 kg par personne et par an, soit un total national estimé à deux millions de tonnes, ce qui la place ainsi au deuxième rang arabe après l’Égypte, selon le récent Indice du gaspillage alimentaire 2024 » du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).
Les aliments les plus fréquemment jetés dans le pays sont le pain, les produits céréaliers et les légumes, une situation qui représente, d’après le Fonds mondial pour la nature (WWF) , un défi majeur pour la sécurité alimentaire nationale.
À l’échelle mondiale, le gaspillage alimentaire est responsable de 10 % des émissions de gaz à effet de serre, alerte le WWF pour l’Afrique du Nord. Chaque aliment jeté représente bien plus qu’une perte économique.
C’est un gaspillage en cascade des ressources naturelles : eau, énergie et terres agricoles sont consommées en vain tout au long de la chaîne de production. Face à ce constat, l’ONG estime que la réduction du gaspillage alimentaire est « une étape fondamentale pour la protection du climat ».
Pour y parvenir, elle préconise une série de mesures simples comme une meilleure planification des repas, des achats plus raisonnés, la valorisation des surplus alimentaires et le soutien aux initiatives de recyclage des déchets organiques.
Ces recommandations revêtent une importance particulière pour la Tunisie, qui pourrait transformer ce défi environnemental en opportunité de renforcement de sa résilience alimentaire et de sa contribution aux engagements climatiques internationaux.








