Le déficit de la balance courante de la Tunisie s’est établi à 1,8 milliard de dinars tunisiens (Md TND) au premier trimestre 2026. Ce ratio de 1% est calculé par rapport au PIB annuel de référence, ce qui signifie que si ce rythme trimestriel se maintenait sur les quatre trimestres, le déficit annuel cumulé atteindrait environ 4% du PIB, contre 1,3% enregistré au même trimestre de 2025 sur la même base de calcul. Cette amélioration d’un trimestre à l’autre est réelle, mais elle appelle une lecture prudente. Le signal positif du T1 2026 ne doit pas être lu comme un acquis structurel, mais comme une amélioration conjoncturelle dont la solidité reste à confirmer sur les trimestres suivants.
– La balance des revenus, moteur principal du redressement
L’explication de cette amélioration ne réside pas dans le commerce extérieur des biens, mais dans la balance des revenus, dont l’excédent a progressé de 37,5% pour atteindre 1,8 Md TND. Ce poste, souvent sous-estimé dans l’analyse de la balance des paiements, agrège deux flux de sens contraire, les recettes de revenus, d’un côté, et les charges liées aux investissements étrangers, de l’autre.
Les revenus du travail, qui correspondent pour l’essentiel aux transferts des Tunisiens résidant à l’étranger, ont progressé de 10,4% pour atteindre 2,7 Mds TND. Cette dynamique traduit la robustesse de la diaspora tunisienne, principalement implantée en France, en Italie et dans les pays du Golfe, dont les envois de fonds vers le pays d’origine restent structurellement élevés et relativement peu sensibles aux cycles conjoncturels locaux.
Simultanément, les dépenses au titre des revenus d’investissement se sont contractées de 17,3% pour revenir à 1,4 Md TND, du fait d’un repli des paiements d’intérêts sur la dette extérieure à long terme. Cette réduction de la charge en intérêts allège mécaniquement le solde courant, mais son caractère durable reste incertain, car elle dépend du profil de remboursement de la dette et non d’une amélioration structurelle de la compétitivité tunisienne.
– Un compte financier qui finance l’essentiel du déficit résiduel
Le solde déficitaire est financé par des entrées nettes de capitaux au titre du compte financier. Les Investissements Directs Étrangers (IDE) ont progressé de 11,4% pour atteindre 772 M TND, portés par les flux entrants dans les secteurs de l’énergie et des industries manufacturières. Les investissements de portefeuille représentent un montant modeste de 12 M TND, reflétant les limites de l’attractivité du marché financier tunisien pour les capitaux étrangers à court terme. Les autres investissements, tirages et remboursements du principal de la dette externe compris, affichent des entrées nettes de 335 M TND, en recul de 24,2% par rapport à la même période de 2025, signe d’un moindre recours aux financements extérieurs sous forme de prêts.
– Des réserves qui s’effritent
Les avoirs de réserve de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) se sont contractés de 358 M TND sur le seul trimestre pour s’établir à 24,6 Mds TND à fin mars 2026, soit 102 jours d’importations. Ce niveau dépasse le seuil minimal de 90 jours généralement retenu comme plancher de sécurité, mais la marge reste étroite. L’érosion de 358 M TND en un seul trimestre mérite d’être suivie avec attention. Si ce rythme se maintenait, les réserves pourraient descendre sous le seuil critique d’ici la fin de l’année.
– Un T2 et un T3 exposés à une double pression
La dynamique favorable du T1 2026 ne devrait pas, selon la BCT elle-même, se prolonger mécaniquement. Le risque est double pour les prochains trimestres. Le conflit au Moyen-Orient pourrait faire remonter les prix de l’énergie, précisément au moment où la Tunisie en a le plus besoin. Contrairement à ce que l’on pourrait intuitivement supposer, le pic de consommation énergétique tunisienne est estival et non hivernal, porté par la climatisation, l’activité touristique et les besoins accrus des centrales de production de la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG) pour faire face à une demande qui atteint des sommets en juillet et en août, parfois au point de provoquer des délestages. Toute hausse des prix du gaz et du pétrole sur cette période pèserait directement sur la facture énergétique importée et creuserait le déficit commercial.
Les recettes touristiques du T2 et du T3, habituellement présentées comme un facteur d’amélioration du compte courant en été, pourraient ne pas suffire à elles seules à compenser ce surcoût énergétique si les cours mondiaux de l’énergie s’emballent. Le solde net de ces deux forces contraires sera donc déterminant pour l’évolution du déficit courant sur l’ensemble de l’exercice 2026. Un déficit annuel compris entre 3,5% et 5% du PIB constitue à ce stade la fourchette la plus vraisemblable, avec un biais orienté vers le haut de la fourchette si la tension géopolitique régionale s’intensifie.








