L’ancien directeur du FMI, l’économiste français de renom Dominique Strauss-Kahn a critiqué l’action de cette Institution financière internationale ainsi que les approches politiques européennes et occidentales pour surmonter les difficultés de la conjoncture économique mondiale marquée par la spirale de l’inflation et un marasme économique généralisé parallèlement à l’affaiblissement de l’esprit multilatéral.
Dans une communication très remarquée faite dernièrement devant les participants à une conférence économique internationale à Marrakech, Dominique Strauss-Kahn qui a été pour beaucoup dans la réactivation, il y a deux ans, de l’allocation des droits de tirage spéciaux du FMI, a critiqué le conservatisme caractérisant les politiques économiques actuelles dans le monde face à des situations absolument nouvelles réclamant des solutions nouvelles.
« Je pense que le FMI doit revenir à son métier principal et renouveler le processus de prêt. Les droits de tirage spéciaux ont été lancés il y a deux ans avec la promesse de les donner aux pays émergents et en voie de développement. Mais très peu a été fait. Nous devons assurer une sécurité à ces pays et c’est une partie de la solution mondiale aux crises que nous vivons, a-t-il notamment dit.
En effet, quelques 13 ans après la crise économique mondiale de 2008, le conseil d’administration du FMI avait approuvé en août 2021 une nouvelle allocation généralisée des droits de tirage spéciaux équivalente à 650 milliards dollar (456 milliards de DTS) en vue d’accroître les liquidités dans le monde, suite au ralentissement économique provoqué par la pandémie de coronavirus.
Recettes inefficaces
Cependant, comme le prouve le cas de la Tunisie en ce moment, les considérations politiques et géostratégiques sont toujours à l’œuvre. D’autant que les marchés financiers, de l’avis des experts, ont pénalisé les économies des pays émergents par des primes de risque élevés qui menacent d’accroître encore leur vulnérabilité en matière d’endettement et les pousser au bord du précipice de l’insolvabilité.
On leur demande une discipline budgétaire dont on exempte les pays nantis et développés.
Même au niveau des droits de tirage spéciaux qui sont des avoirs de réserve pouvant être échangés entre pays en contrepartie de liquidités ou d’espèces, ils sont distribués, depuis leur création, au prorata de la contribution des pays membres du FMI à son capital et à leur puissance économique. Les pays riches reçoivent plus tandis que les pays pauvres reçoivent moins
Aussi, l’économiste français a-t-il, avec raison, mis en garde contre « la révolte des pauvres dans les pays émergents et en voie de développement, qui vivent actuellement une situation dure à accepter, en payant les frais de décisions faites à leurs dépens. »
L’aggravation de la migration irrégulière du Sud vers le Nord est perçue comme l’un des nombreux signes annonciateurs de ce soulèvement mondial, alors que les mouvements de protestation sociaux contre l’explosion des prix des produits de consommation et l’augmentation de l’inflation se sont étendues aux pays hautement industrialisés.
Dominique Strauss-Kahn a déploré à cet égard la tendance des gouvernements en Europe et en Occident à recourir, les yeux fermés, à la recette inefficace du relèvement du taux directeur, pour juguler l’inflation, tout simplement parce que c’est recommandé par les manuels d’économie, sans penser aux conséquences d’un tel relèvement sur le resserrement de la demande et par voie de conséquence sur le ralentissement de la croissance, a-t-il déclaré.
Il a souligné que les politiques monétaires ne peuvent pas résoudre seules le problème de l’inflation, car elles sapent la demande qui est une des principales locomotives de l’économie, défendant l’adoption de solutions basées sur des politiques budgétaires plutôt expansionnistes, nonobstant les considérations liées à l’équilibre, et au déficit.
Dynamique budgétaire
En effet, dans le budget de l’Etat, soutiennent les spécialistes, si les dépenses l’emportent sur les recettes, le budget tend à gonfler la demande, donc à stimuler l’activité économique. Dans le cas inverse, les recettes l’emportent sur les dépenses, il exerce un effet de frein.
Cet effet peut d’ailleurs résulter simplement d’une modification dans l’ampleur du déficit ou de l’excédent : si l’excédent augmente, le freinage s’accentue ; si l’excédent diminue, le freinage s’allège. L’efficacité de cette politique est cependant contestée par les traditionnalistes.
Or, notent les mêmes spécialistes, la politique budgétaire agit par l’intermédiaire du solde des dépenses et des recettes. Une même politique budgétaire par exemple expansionniste peut résulter soit d’une réduction des recettes (allégement d’impôts), soit d’une augmentation des dépenses : on devine que les bénéficiaires de la stimulation ne seront pas les mêmes dans les deux cas. Et c’est pourquoi une même politique budgétaire peut être mise en œuvre dans le cadre de politiques sociales fort différentes.








