Les problèmes quant aux produits laitiers ne finissent pas, certains pointent le manque dans les étals, d’autres la qualité amoindrie depuis un bout de temps… Mais un autre problème vient de faire surface ces jours-ci…Il se pourrait que des industriels rajoutent de l’eau au lait. C’est du moins ce qu’a affirmé un responsable de l’UTAP, Imam Bargougui, chargé de la production animale, dans une déclaration à African Manager ce lundi 13 novembre 2023.
Il a démenti les propos du vice-président de la Chambre syndicale des industriels du lait, Ali Kleïbi, qui a affirmé que les producteurs laitiers ajoutent de l’eau dans le lait, et a noté qu’en ce qui les concerne, ils sont responsables de la production du lait uniquement, de sorte que les producteurs n’ajoutent pas l’eau au lait, prédisant qu’en raison de la sécheresse et des crises continues en l’absence de perspectives de solutions, un recul de la production est à prévoir dans l’étape à venir.
Bargougui a estimé que les agriculteurs font face à de grandes difficultés à cause de la hausse des coûts de production, notant que « le coût de production d’un litre de lait, entre 1 dinar 800 et 2 dinars, dépasse son prix de vente, et réclame à cet effet, que des mesures soient entreprises afin d’augmenter le prix du lait, de 300 à 500 millimes.
L’agriculteur, maillon faible ?
C’est une véritable sonnette d’alarme que tirent les responsables du secteur laitier, mettant en garde contre l’effondrement de l’ensemble de la filière en Tunisie. La cause principale demeure l’augmentation significative des charges et ce, à tous les niveaux.
Dans une déclaration à African Manager, la présidente de l’association à but non lucratif Dairy Club Tunisia, Hajer Chabbah, a indiqué que l’élevage en Tunisie a des capacités suffisantes pour produire du lait qui puisse répondre aux besoins à l’échelle nationale, soulignant qu’environ 850 millions de litres sont collectés quotidiennement en Tunisie. Toutefois, ce pourcentage reste insuffisant , en particulier, au niveau des maillons de la filière, à savoir les producteurs, les collecteurs, les centres de collecte, et les industriels, si nous assurons les réformes nécessaires.
La filière laitière en Tunisie est dominée par l’intervention de cinq ministères, qui doivent prendre toutes les mesures et signer les accords conjointement. Sauf qu’il arrive, par moments, que ces cinq ministères, à savoir, l’agriculture, la santé, le commerce, l’industrie, et la finance, ne puissent pas débattre de tous les problèmes du secteur, qui, au final, fonctionne au compte-gouttes.
Selon ses propos, le problème est antérieur à la guerre russo-ukrainienne, et est le résultat d’un manque d’organisation. Les coûts des matières premières sont élevés, notamment, pour les petits éleveurs qui n’arrivent pas à se faire entendre, car la politique des prix n’existe pas en Tunisie.
« Le lait est un produit stratégique en Tunisie, les prix de ventes sont administrés par l’Etat, mais ce dernier n’arrivant pas à assumer la différence entre le coût de production, le coût de revient, et le gain, le secteur laitier se retrouve fissuré et les agriculteurs en particulier en sont réduits au de bouc émissaire, avec des pertes accumulées, de nature à obérer leurs charges, accroître leur endettement, et mettre en péril la pérennité de leurs activités », a-t-elle souligné, indiquant que l’agriculteur perd 700 millimes/litre car le coût de production à lui seul coûte 2 dinars.
L’association, selon sa responsable, a pour objectif de proposer des solutions dans l’immédiat et sur le long terme, afin de sensibiliser les responsables du secteur, et les pouvoirs publics en particulier.
Une alimentation pour bétail contre-nature
Selon Hajer Chabbah, sous l’effet de l’inflation, tous les coûts ont augmenté de façon considérable. Le prix d’une vache laitière était de 4000 dinars il y a quelques années, et a atteint 12 mille dinars en 2023, les intrants vétérinaires également ayant doublé.
« La vache se nourrit principalement d’herbe fraîche, d’ensilage, de foin, et d’aliments composés de mais et de soja, et de matières minérales. Mais l’Etat encourage la production des céréales, au détriment du fourrage, se trouvant contraint d’importer les aliments composés afin de répondre aux besoins du cheptel », a-t-elle indiqué, soulignant que l’alimentation du cheptel ruminant est, en effet, contre-nature.
Il est temps de libéraliser les prix
Selon la responsable, les maillons de la chaîne laitière dépendent de l’Etat, avec une prime de collecte, transformation, et de stockage, sur chaque litre de lait consommé. L’autorité politique est la seule responsable de la pérennité du secteur, car elle ne voit que des défaillances dans le système, mais ne prend aucune mesure pour y faire face.
« Des analyses sont procédées pour vérifier la qualité du lait, par les responsables, mais ces dernières ne sont guère appliquées pour les paiements des prix du lait tunisien. Il convient de noter également qu’actuellement, et depuis janvier dernier, la Tunisie a recours au lait en poudre -auparavant interdit pour protéger la production nationale- la preuve est que le beurre manque depuis un certain temps, contrairement au lait »,a-t-elle fait remarquer.
Une situation déplorable qui peut priver le citoyen de bénéficier d’un produit. Selon Hajer Chabbah, Il faut une relance et une mise à niveau de toute la filière laitière.








