La Présidentielle, un scrutin dans un mouchoir de poche !

La Présidentielle, un scrutin dans un mouchoir de poche !

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C’est peu dire que l’élection présidentielle va se tenir dans un mouchoir de poche. Il s’y engouffre une dose d’impondérable si sibylline que bien des candidats ne seraient pas dans leur tort         de se voir déjà au palais de Carthage, en fait, une escouade de six ou sept postulants qui sillonnent le pays à la pêche des voix, soutenus par des machines inégalement puissantes et rodées. Un aréopage qui se recrute, à titre principal, de l’establishment en place, comme le chef du gouvernement, Youssef Chahed, ou le ministre de la Défense, Abdelkrim Zbidi. Auxquels viennent s’ajouter un ex président de la République, malheureux candidat au scrutin de 2014, Moncef Marzouki, et deux anciens chefs de gouvernement, Hamadi Jebali et Mehdi Jomaâ.

Surtout, au rang des vingt-six candidats, deux font l’objet de poursuites pénales, relève le site Atlantic Council qui s’attend à une Présidentielle constitutive de tournant politique. Slim Riahi, un homme d’affaires autodidacte et Nabil Karoui, un propriétaire de chaîne de télévision populaire. Alors que le premier a déposé sa candidature de l’étranger pour éviter un mandat d’arrêt en Tunisie, le second a été arrêté la semaine dernière en pleine polémique sur l’exécution d’un mandat de dépôt après avoir été accusé de blanchiment d’argent et de fraude fiscale début juillet. Il doit poursuivre sa campagne pour l’élection présidentielle depuis sa cellule, affirme Atlantic Council.

L’impossible quête d’un fédérateur

Dans la tourmente, fait remarquer le site, le parti islamiste Ennhadha a désigné son vice-président Abdelfatteh Mourou, un avocat qui officie actuellement comme président par intérim du Parlement, pour être son candidat à la présidence. L’intention première du parti islamique était de chercher un candidat à l’extérieur du parti, mais les options étaient limitées et les négociations de dernière minute avec le chef du gouvernement Youssef Chahed se sont ensablées.

Une fois de plus, les partis laïcistes et sociaux-démocrates sont restés fragmentés et ne sont pas parvenus à un consensus sur un candidat convenu. Cela fera perdre de l’énergie et des ressources pour tant de prétendants à la présidence. Les appels de la société civile et de l’élite intellectuelle aux candidats démocratiques à l’élection présidentielle pour leur retrait “au profit du candidat fédérateur le mieux placé” restent sans réponse.

Mais il y a aussi une deuxième ligne de candidats. Elle est composée dans une large mesure de populaires démocrates qui contestent l’ancien système. Ce pluralisme apparent est anormal car il est assimilé à l’absence de leadership dans le paysage politique, à l’absence de politiques clairement définies au sein des groupes politiques et à la faiblesse des institutions représentatives. Elle n’implique pas l’engagement de respecter pleinement les valeurs de la démocratie sans tenter d’imposer une hégémonie politique et économique, souligne Atlantic Council.

Paranoïa politique

Le décès subit         de feu le président Béji Caïd Essebssi a clairement perturbé les calculs et les plans des partis. Le nouveau calendrier électoral laisse très peu de temps et d’espace aux candidats pour développer leur programme et même leur stratégie de communication. Certains d’entre eux n’en ont pas moins rapidement réussi à concocter une approche électorale en essayant de faire comprendre à un électorat très hésitant qu’ils pourraient changer leur vie. Mais alors, comment les électeurs vont-ils comparer et juger tous ces candidats ? Il est difficile de passer de l’image des candidats à la substance de la campagne.

En fait, le choix des électeurs va être influencé par deux autres éléments opposés : la volonté de revendiquer l’héritage de la présidence de BCE sur des questions spécifiques, y compris les droits des femmes contre la capacité à remettre en cause les craintes et les attentes des citoyens.

Mais il y a deux points à retenir, selon Atlantic Council. Aucun des candidats sérieux n’est prêt à changer le mode de scrutin s’il ne se tourne pas vers ses électeurs au lieu de faire des précampagnes pour le soutien des médias et des syndicats. Les résultats de la prochaine élection présidentielle pourraient également modifier l’éventail politique pour les élections législatives à venir. Au cours des huit dernières années, la paranoïa politique a été la règle, conduisant l’opinion publique à discréditer les politiciens et les partis politiques. Il y a des raisons de croire que la prochaine élection présidentielle apportera une nouvelle génération d’électeurs, en particulier parmi les jeunes, qui sont impatients face à la corruption et à une politique inefficace, conclut Atlantic Council.

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