AccueilLa UNELa Tunisie n'est pas un «pays sûr» pour le débarquement!

La Tunisie n’est pas un «pays sûr» pour le débarquement!

Au cours des deux dernières années, le nombre de personnes quittant la Tunisie par bateau pour rejoindre l’Italie a enregistré une remarquable augmentation. Malgré les preuves que le pays d’Afrique du Nord n’est pas un pays sûr, l’Union européenne a tendance à prétendre le contraire afin de justifier l’externalisation de ses politiques migratoires, selon un rapport publié le mois dernier par  le Centre de coordination du sauvetage maritime (Civil MRCC).

 » La Tunisie ne peut être considérée comme un lieu sûr pour le débarquement, quelles que soient les circonstances  » , telle est la conclusion du rapport publié le mois dernier par Civil MRCC, un réseau de différents acteurs non gouvernementaux et de personnes ayant une expérience de recherche et de sauvetage (SAR) en Méditerranée.

Selon ce document cité par Ansamed, au cours des deux dernières années, le nombre de personnes quittant la Tunisie par bateau pour rejoindre l’Italie a augmenté, tout comme le nombre de naufrages et de disparitions près des côtes tunisiennes de bateaux transportant des personnes se dirigeant vers l’Italie.

Selon les chiffres du FTDES (Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux), entre le début de l’année 2022 et la fin du mois de novembre 2022, plus de 575 personnes sont mortes lors de cette traversée. A ce chiffre, il faut également ajouter les naufrages « invisibles », ces innombrables bateaux qui disparaissent sans laisser de traces.

La route maritime tunisienne a changé

Ces dernières années, la population qui navigue sur la route maritime tunisienne a changé, avec une nette augmentation des personnes d’Afrique de l’Ouest et du Centre qui empruntent cette route depuis 2020, souligne le CRCM civil.

Longtemps considérée comme un pays d’origine, la Tunisie est en effet également un pays de destination pour de nombreux migrants, mais aussi de plus en plus un pays de transit, note le rapport.

En particulier depuis 2018 et le renforcement de la coopération entre l’UE et les garde-côtes libyens, la Tunisie est devenue un pays de transit à la fois pour une population de migrants fuyant la Libye, mais aussi pour une population arrivant en Tunisie directement depuis son pays d’origine, indique Civil MRCC.

Si certains migrants viendraient en Tunisie avec l’ambition de tenter la traversée maritime vers l’Italie, de plus en plus de personnes quittent la Tunisie par bateau après y avoir vécu plusieurs années, fuyant une situation économique dégradée et diverses formes d’insécurité.

C’est notamment le cas dans la région de Sfax, où l’on trouve une importante population de migrants originaires d’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Le rôle de l’Italie et de l’UE

L’Italie a un rôle et une responsabilité de premier plan dans le soutien à l’appareil de contrôle des migrations en Tunisie, note le CRCM civil. Depuis 2017, le pays a investi environ 75 millions d’euros dans des projets de gestion des migrations.

Parmi ceux-ci, neuf projets concerneraient le soutien au contrôle des frontières par la formation de la police, la fourniture d’équipements pour la collecte et la gestion des données, le soutien technique, l’équipement et l’entretien de navires pour les patrouilles côtières et d’autres outils pour le suivi et la surveillance des mouvements.

Pour ces activités, l’Italie a alloué 58 des 75 millions d’euros susmentionnés.

Le MRCC civil indique que ces dernières années, l’Union européenne et l’Italie ont concentré une partie importante de leur soutien à la Tunisie dans le domaine de la surveillance maritime. La capacité d’interception accrue des garde-côtes tunisiens est directement proportionnelle au soutien italien et européen, affirme l’organisation.

Selon les informations recueillies par le FTDES, plus de 29 000 interceptions en mer ont été réalisées depuis le début de l’année 2022. Dans le même temps, le nombre d’attaques sur les bateaux de migrants a augmenté de façon spectaculaire, indique l’organisation.

Les garde-côtes tunisiens sont directement formés, équipés et financés par l’Union européenne.

Dans le récent plan d’action pour la Méditerranée centrale, publié par la Commission européenne en novembre dernier, celle-ci fait référence à la Tunisie à la fois pour renforcer les capacités du pays en matière de surveillance et de gestion de ses frontières maritimes, mais aussi pour renforcer la présence des agences de l’ONU et un système d’accueil des migrants et des réfugiés dans le pays.

De la « sécurité » à une externalisation accrue des frontières

Malgré toutes les preuves que la Tunisie n’est pas un pays sûr, l’Union européenne a tendance à prétendre le contraire afin de justifier l’externalisation de ses politiques migratoires, selon les analyses.

Le concept de pays tiers sûr, déjà introduit dans la « Directive sur les procédures d’asile », est au cœur des stratégies d’externalisation des frontières de l’Union européenne, affirme le Civil MRCC ; son application permet le retour des demandeurs d’asile vers un pays tiers considéré comme sûr, sans évaluation réelle du bien-fondé de leur demande d’asile.

En promouvant ce concept, le MRCC civil affirme que l’UE cherche à délocaliser progressivement vers la Tunisie les demandes d’asile des personnes en déplacement qui atteignent les côtes européennes.

« Le MRCC civil dénonce cette politique dangereuse, illégale et inhumaine. Tout en promouvant la liberté de mouvement pour tous, nous continuerons à documenter toutes les raisons pour lesquelles la Tunisie ne peut être considérée comme un lieu sûr pour le débarquement, quelles que soient les circonstances », a-t-il ajouté.

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