Le «borgne au pays des aveugles», le LPR anti-Français, et le plus...

Le «borgne au pays des aveugles», le LPR anti-Français, et le plus illustre des chômeurs

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Ses ennemis comme ses amis s’étaient pour une fois accordés à dire que Youssef Chahed s’en était bien sorti au dernier Grand Débat télévisé du lundi soir. Or, s’il était le meilleur de la bande, c’était tout simplement parce qu’il ne pouvait pas faire pis qu’eux.

Le candidat de Tahya Tounes officiait en effet devant un aréopage, à l’exception peut-être du poli et fils de bonne famille Saïd Aïdi, de la femme d’affaires trop clean pour la politique et du robot Saied, venu plus pour en découdre avec le concurrent Chahed et régler leurs comptes que pour présenter une alternative, politique et économique, claire et viable.

Le duel aura finalement été inégal. L’ancien chef de gouvernement avait pour lui l’expérience, et eux, n’avaient que la vanité. Les mauvaises langues diront qu’il était comme un redoublant dans une classe de débutants, qu’il savait tout, mais n’en aurait fait que peu.

Ses concurrents avaient peut-être la fougue, mais une fougue entachée par la prétention et le manque de maturité politique. Le débat était presque déséquilibré. Un seul avait l’expérience, les autres la prétention et beaucoup étaient venus juste pour déverser leur fiel politicien et parfois plus.

Dès le démarrage, tous caressent dans le sens du poil tout le corps sécuritaire, et mettre l’accent sur son peu de moyens, comme pour lui signifier leur complet soutien. L’armée, c’est sacré et la police on en a besoin au quotidien.

  • Salma Elloumi. Trop sage pour la politique politicienne

La 1ère à prendre la parole, elle connaissait ben les prérogatives du poste de président de la République et en connaissait les limites et les contours, pour avoir été directeur de cabinet de BCE. Elle plaçait donc, à juste titre d’ailleurs, tout dans le panier de la sécurité nationale au sens global. Renseignement, sécurisation de la société, paix sociale et les bonnes relations avec organisations nationales.

Intelligente, elle ne tombe pas dans le panneau lorsque l’animateur lui demande si la transition politique était exportable ou une simple clé de voûte et choisit de faire simplement l’apologie du choix démocratique. Dans l’axe de la diplomatie, elle prêche, convaincue, la diplomatie économique et propose d’outiller les ambassades pour ce nouveau choix et de regrouper les structures pour mettre la coopération internationale sous la houlette du ministère des Affaires étrangères.

Malgré sa petite prestation, elle se révèlera être une femme de dialogue et de compromis, notamment lorsqu’elle fait le choix de ne pas recourir au référendum pour résoudre certains problèmes. Pour ses premiers futurs 90 jours à Carthage, elle promet de faciliter l’investissement, l’accès aux crédits à des coûts plus avantageux, de mieux s’occuper des retraités, et d’accorder aux enfants de moins de 12 ans d‘âge le transport gratuit. Bonnes idées, sauf qu’on n’en sait peut-être pas l’impact sur le budget de l’Etat.

  • Le pas clair Safi Said, qui n’avait pas préparé les bonnes leçons

Trahi par ses relents d’accent oriental et cloisonné dans les questions imposées, il est apparu un peu insipide et presque inintéressant devant un public plutôt habitué aux frasques d’un Safi plutôt braillard. Il excellerait presque en parlant des causes arabes communes et se lance volontiers dans une véritable plaidoirie en faveur du retour de la Syrie. Pas humble pour un sou, il se dit fort d’être un théoricien de la sécurité globale. Persifleur, faute d’aborder les questions auxquelles il s’attendait, il s’adresse à l’animatrice par un «vos questions sont bonnes et faciles » et s’impatiente lorsque ses thèmes de prédilection ne viennent pas, avec un «c’est toujours la même question. Moi je voudrais parler d’immigration des jeunes et du cas de la BFT (Banque franco-tunisienne). Il se lâche ensuite contre le tissu associatif tunisien et en traite certains composantes, sans les nommer, d’associations d’espions et de renseignement en lien avec l’étranger. En guise de promesse, il propose la mi-temps pour le travail des femmes, le transport gratuit pour les pauvres et le rééchelonnement des dettes chinoises et la création d’un fonds souverain.

  • Seifeddine Makhlouf, le «LPRiste» qui ne s’assume pas

On redécouvre avec lui un «révolutionnaire» dépité et qui voudrait terminer ce que les LPR n’avaient pu faire. Pour lui, l’état d’urgence est un gros mensonge et voudrait l’annuler, pour libérer la Tunisie qui serait, selon lui, « en proie aux étrangers qui pillent le pétrole tunisien».

C’est, ensuite, une charge en règle contre la France, dont «l’ambassadeur se balade en toute liberté». Les mauvaises langues feront remarquer qu’il aurait été débouté par l’organisme français chargé des visas en Tunisie. Plus clair sur ce sujet, il lance «ou le partenariat, ou le visa». On comprend cette menace, lorsqu’il propose de «revoir les conventions», avec la France ; cela s’entend comme une sommation à demander pardon, tout en accusant la France de tout faire pour rester le seul et unique partenaire de la Tunisie. L’ambassadeur de France avait suivi tout le débat à la TV, il en tirera certainement les conclusions et les enseignements.

Fan de Rabaa et dans une attitude de défiance, il se recueille sur la mémoire de Mohamed Morsi, l’égyptien, et propose de concrétiser la marche révolutionnaire du monde arabe. Pêle-mêle et comme dépité de ne pas trouver tous ces thèmes dans le questionnaire, il évoque le cas de la BFT comme un avocat qui n’avait pas lu tout le dossier, l’échec de l’ITS, la loi sur les start-ups, la diplomatie économique, le dossier du syndicat Ijaba et de tout le gouvernement dans tout ce qu’il a fait ou fera. Dans cette même logique destructrice de tout ce qui n’est pas la révolution mode LPR, il se propose même de demander des comptes à l’UGTT. Taboubi aussi a certainement regardé le grand débat de l’avocat Makhlouf et donnera certainement des consignes pour voter contre celui qui voudrait lui demander des comptes !

  • Petite, mais honorable prestation pour Saïd Aïdi

Le candidat demandera plusieurs fois qu’on n’écorche plus son nom et qu’on l’appelle par son nom sous la forme tria nomina en trois parties. Il zappera la pique de Makhlouf et va directement à la question des animateurs, pour élargir le champ d’intervention de l’armée aux activités environnementales. Ayant été dans une autre vie de ministre, il assure avoir une vision sectorielle de la formation professionnelle, vision bâtie sur dialogue et le lien entre enseignement et formation. Il dit aussi avoir la vision qu’il faut sur le dossier de l’Aleca qui a été beaucoup évoqué, dit vouloir défendre, aussi bien l’intérêt que la souveraineté de la Tunisie. Il promet des emplois pour les régions déshéritées, un gros projet par région, un référendum pour changer la constitution et les pouvoirs du président. Il promet surtout, même s’il fait en cela une surenchère par rapport au candidat Zbidi, de dépénaliser la consommation du cannabis.

  • «Fastoche » pour Chahed, qui voudrait un «Carthage 3»

Numériser pour sécuriser les archives et les données secrètes de l’État, plus de moyens logistiques pour l’armée, améliorer ses conditions de vie, créer le corps de police de proximité. Youssef Chahed énumérait calmement et sans peine l’expérience et son ancienneté de trois ans au pouvoir, les positions et les promesses.

La crise libyenne sera prioritaire, dans une démarche de neutralité positive «avec tous les frères libyens ». L’initiative chinoise de la route de la soie, il connaît et a déjà signé convention pour en faire profiter la Tunisie, et équilibrer la balance commerciale.

Avec l’Europe, il dit vouloir être plus agressif à défendre nos intérêts, et revoir l’accord de libre-échange pour plus de soutien financier, l’Europe ne donnant pas assez.

Les problèmes de la justice, il connaît aussi. Il fait promesse d’un plus grand budget, de plus de soutiens aux pôles judiciaires pour diminuer la pression en nombre de dossiers sur les juges, et cite ce qu’il a déjà fait dans son autre vie de chef de gouvernement. Il reparle de l’égalité des salaires, et précise «comme dans l’agriculture ». Il promet de réunir, une fois président, les partis perdants et gagnants, pour mettre au point une feuille de route. Chahed voudrait dire un «Carthage 3» ? Il s’était pourtant plus que plaint du 1er et du 2ème du nom.

Le candidat Youssef Chahed a demandé un droit de réponse à l’accusation de Hamma Hammadi d’être l’incarnation de la corruption. «Je ne m’abaisserai pas à ça bien que tout le monde semble venir pour m’insulter », finira-t-il par dire.

  • Hamma Hammami

Un peu avachi par l’âge, le plus illustre des chômeurs de Tunisie, Hamma Hammami commence par un salut à tous les martyrs, avant de glisser «nous n’oublierons pas» (مناش مسامحين), il demande rectification, lorsqu’on le présente comme candidat indépendant, et revendique la représentativité de la coalition du Front Populaire.

Surpris par le bip-bip du chronomètre qui passait au rouge alarmant sur la proche fin des 90 secondes, Hamma s’est surtout illustré dans cette finale du Grand Débat par la passe d’arme avec Youssef Chahed sur la corruption. Comme attendu, il promet de tout dévoiler des assassinats politiques , de l’officine secrète d’Ennahdha et tutti quanti.

Pour l’Aleca, il demande d’arrêter carrément les négociations. Avec cette convention, qui est pour lui, non révisable, ce serait «Bou-Bartalla (le Roumi en péjoratif) retournera en Tunisie et mettra la main sur l’agriculture.

  • Kais Saïed, le candidat robot qui passe inaperçu 

Droit comme un balai derrière le pupitre. Droit dans ses bottes pour ses position, pour la peine de mort, d’appliquer la loi pour tout et de la nécessaire révision de toutes les conventions sur les ressources naturelles, le candidat faisait presque monde à part avec son débit robotique, comme un dictaphone automatique dans un amphithéâtre.

L’homme ne s’était pas beaucoup illustré, ni par un dérapage, ni par une pique, ni encore par une proposition qui sort du commun ou une analyse pertinente. C’était comme si les questions à lui posées étaient faites pour cela.

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