La migration des ingénieurs affecte à maints égards la stabilité de la Tunisie, son niveau de croissance, la pérennité du développement économique et social et réduit sa capacité à assurer sa transition numérique, énergétique et environnementale.
C’est dans ce contexte que Mohsen Gharsi nouveau doyen des ingénieurs, a précisé, au micro d’Expresso, mardi 3 juin 2025, que 40 mille ingénieurs ont quitté le pays au cours des dix dernières années, notant que la majorité des ingénieurs formés en informatique partent à l’étranger, ne laissant que 5 % d’entre eux en Tunisie.
« Plus de 95 % des ingénieurs en informatique quittent la Tunisie, souvent avec un contrat de travail dès leurs études », a-t-il déclaré. Il a également mentionné que trois étudiants ingénieurs, âgés de 24 ans, ont récemment remporté des prix en robotique aux Pays-Bas, et qu’eux aussi envisagent d’émigrer.
Le doyen a relevé les plaintes des ingénieurs quant à leur « situation financière difficile », due notamment à l’absence de mise à jour des professions d’ingénierie, alors que de nouvelles spécialités apparaissent chaque année.
Il a précisé que les salaires varient entre le secteur public et le privé, avec parfois de hauts revenus dans certains domaines, tout en notant les avancées réalisées à l’étranger grâce aux compétences tunisiennes.
Il a révélé que certains ingénieurs partent à la retraite avec une pension inférieure à 1 700 dinars, les salaires des jeunes ingénieurs étant encore plus faibles. Actuellement, 18 mille ingénieurs travaillent dans la fonction publique ou le secteur public, occupant souvent des postes sensibles.
Une précarité aux répercussions psychologiques !
Cette précarité aurait des répercussions psychologiques, a-t-il averti, appelant la cheffe du gouvernement à prendre en considération la situation des ingénieurs, à revenir sur l’accord de février 2021 et à approuver les conventions existantes.
Il a souligné l’importance de mettre en place un statut de l’ingénieur définissant clairement les droits et devoirs de chacun.
Il a également déploré le fait que certains ingénieurs se retrouvent en prison suite à des erreurs techniques complexes, rappelant l’existence d’un conseil de discipline au sein de l’Ordre, considéré comme une instance judiciaire de premier degré.
Il a insisté sur le fait que les affaires devraient passer d’abord par les structures de l’Ordre avant d’atteindre la justice ordinaire, tout en respectant l’indépendance de celle-ci.
Gharsi a également évoqué la détérioration continue des conditions des ingénieurs, soulignant que « le départ de 40 000 ingénieurs est une lourde perte pour l’État, équivalente à des prêts que la Tunisie offre à d’autres pays ».
8 500 ingénieurs inscrits à l’Ordre par an
Chaque année, 8 500 ingénieurs sont inscrits à l’Ordre. Pour exercer, il est obligatoire d’avoir un diplôme reconnu et une inscription officielle, faute de quoi cela constitue une usurpation de titre.
Il a aussi mentionné un projet de loi organique en attente dans les tiroirs du gouvernement. Si rien ne bouge, un groupe parlementaire sera formé pour soumettre la loi à l’Assemblée des Représentants du Peuple.
Concernant la formation, il a plaidé pour une harmonisation entre les systèmes français et anglais, rappelant que la formation des ingénieurs obéit à des standards internationaux. De nombreuses écoles d’ingénieurs privées existent aux côtés des écoles nationales.
Selon lui, les étudiants devraient pouvoir choisir entre le secteur privé et le public dans des conditions équitables. Il a signalé un sérieux problème d’accès aux écoles d’ingénieurs et revendiqué une égalité des droits et devoirs pour tous les étudiants.
Enfin, il a indiqué qu’un bureau national permanent a été créé pour traiter les questions liées à l’intelligence artificielle, avec un focus particulier confié à la délégation régionale de Tataouine.
Le mandat du doyen s’étend sur trois ans, renouvelable une seule fois, pour une durée maximale de six ans.
A noter que le départ des ingénieurs à l’étranger a provoqué des difficultés à pourvoir les postes d’enseignants et de chercheurs, entravé les initiatives de recherches, accentué la dépendance technologique et réduit la capacité de la Tunisie à attirer les investissements étrangers (…).







