Le “G10 méditerranéen” sur les décombres de l’UpM !

Le “G10 méditerranéen” sur les décombres de l’UpM !

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Pourtant « ventre mou de l’Europe », la Méditerranée et ses riverains du Sud n’ont jamais arraché à leurs voisins du Nord la moindre politique clairement énoncée et rigoureusement appliquée, qui réponde à cet enjeu géostratégique. Même l’Union pour la Méditerranée (UpM), dont la création, annoncée en grande pompe, s’est avérée, en chemin, une coquille vide qui n’a pas donné de résultats notables, si ce n’est quelques réunions ministérielles et forums de dialogue.

En sera-t-il autrement, les 23 et 24 juin 2019, lorsque les chefs d’État ou de gouvernement des pays du sud de l’Europe (France, Italie, Espagne, Malte et Portugal), ainsi que des pays d’Afrique du Nord (Tunisie, Maroc, Algérie, Libye et Mauritanie), se réuniront à Marseille pour un sommet dit 5+5 ? Telle est en tout cas l’ambition du président français Emmanuel Macron qui « veut utiliser le format 5+5 qui existe depuis 1990 aux fins d’une coopération plus approfondie, axée sur la pratique et les projets dans cinq domaines, en lançant une sorte de “G10 méditerranéen” dans le cercle restreint méditerranéen », selon Deutsche Welle.

Jusqu’à présent, les pourparlers 5+5 ont porté principalement sur les questions de sécurité et de migration. À l’avenir, la coopération devra se concentrer sur la politique énergétique, l’économie et la compétitivité, la jeunesse et l’éducation, l’environnement et le développement durable, la culture, le tourisme et les médias.

Pour préparer le sommet, l’Algérie, le Maroc, Malte, l’Italie et la France ont organisé chacun un forum thématique afin d’aborder les domaines susmentionnés et de rédiger des propositions de projets concrets initiaux. Celles-ci ont été présentées à Tunis les 11 et 12 juin 2019 avec un “Appel des Cents” de 100 organisations de la société civile et seront à nouveau présentées au sommet de Marseille.

Un aspect positif de la nouvelle initiative méditerranéenne est – du moins à première vue – son approche multilatérale et inclusive. En ces temps d’influence populiste-nationaliste, où la mer Méditerranée est avant tout perçue comme une frontière et un fossé de la forteresse de l’Europe, sans parler du cimetière où des dizaines de milliers de réfugiés ont péri, il est bon de voir que l’idée que la Méditerranée est une région d’échanges interculturels, avec une histoire commune et des défis à relever, reste vivante.

Le Maghreb, un futur partenaire sur un pied d’égalité

L’initiative cherche à contrer leur rhétorique isolationniste de droite par un concept alternatif favorable à la réconciliation qui ne présente pas le Maghreb comme un danger et une menace pour l’Europe, mais comme un futur partenaire égal et un pont vers le continent africain. Un autre aspect positif est la tentative d’insuffler un nouveau dynamisme à la coopération méditerranéenne stagnante par le biais de l’UpM, qui n’a guère de résultats concrets à montrer.

La question de savoir dans quelle mesure ces 100 représentants peuvent répondre aux préoccupations, aux problèmes et aux espoirs des sociétés civiles d’Afrique du Nord reste ouverte. L’accent mis sur les pays de la Méditerranée occidentale rend un “G10 méditerranéen” plus capable d’agir, mais ignore le fait que les défis centraux de la région, tels que la pollution, les migrations et le terrorisme, – doivent être relevés ensemble par tous les pays méditerranéens.

Le problème, c’est que cette poussée française outrepasse les formats existants de la politique européenne en Méditerranée – Union pour la Méditerranée (UpM), Politique européenne de voisinage (PEV), Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) – et va jusqu’à les renverser.

La résistance de Bruxelles

Mais cela ne réussira pas, estime Deutsche Welle car la résistance est déjà en train de s’installer à Bruxelles. Des problèmes similaires se sont posés en 2007, lorsque Nicolas Sarkozy a voulu lancer une “Union Méditerranéenne” sans une majorité d’Etats membres de l’UE. Après le différend entre Merkel et Sarkozy, un compromis a été trouvé à l’époque avec le “Processus de Barcelone” : Union pour la Méditerranée”, où le pouvoir de décision et l’autorité financière sur la politique méditerranéenne sont restés à Bruxelles et où le rôle du Secrétariat de l’UpM à Barcelone a été réduit à celui d’une étiquette symbolique sans le sou.

Cette solution se heurte encore aujourd’hui à l’amertume et à l’incompréhension de nombreux observateurs et parlementaires français. Le fait que l’UpM soit laissée aux prises avec un manque d’objectifs communs et avec le désintérêt et le désaccord des 43 membres (en partie gouvernés de manière autocratique), ainsi qu’avec le contexte politique transformé, est ignoré.

LM

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