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«Le ministère du Tourisme doit revoir sa stratégie promotionnelle, sinon la Tunisie cessera d’être une destination recherchée», dixit Afif Kchouk

Dans une interview accordée à Africanmanager, Afif Kchouk hôtelier et organisateur du Salon du tourisme, a estimé que « le sauvetage du secteur touristique dépendra de la mise en place d’un système sécuritaire et d’un autre de renseignement adéquat ». De même, ce secteur nécessite la formation de tous les personnels du métier sans oublier que la réalisation de cet objectif exige le lancement d’une campagne promotionnelle forte pour regagner la confiance des touristes. Interview :

Vendredi 26 juin dernier, la Tunisie a été le théâtre d’un carnage qui a fait 38 tués et plus d’une quarantaine de blessés. Pensez- vous que la Tunisie n’a pas tiré la leçon de l’attaque Bardo qui a fait 23 morts ?

Au début, il est important de noter que plusieurs failles ont été constatées lors de l’exécution de l’attentat perpétré vendredi sur la plage de l’hôtel Impérial d’Al Kantaoui. Un changement atypique a été observé par rapport à l’attaque de Bardo qui a eu lieu en mars dernier puisque le nombre des victimes a doublé d’autant l’auteur de ce crime a perpétré cet attentat en faisant preuve d’un degré important de professionnalisme.

Je pense que Seifeddine Rezgui a exécuté cet attentat après une « immersion » préalable dans sa cible et il a bien préparé son plan pour réaliser son objectif.

Quelles sont alors les répercussions de ce crime odieux ?

On a bien parlé des retombées directes de cet attentat sur l’économie tunisienne, mais on a oublié qu’il suffit de porter atteinte au secteur touristique pour toucher l’image de la Tunisie. C’est vraiment une atteinte à l’ouverture de la Tunisie, à son symbolisme.

Je pense que c’est le signe annonciateur de l’exclusion de notre pays de son environnement extérieur, notamment celui européen.

Cet attentat vise à rompre notre lien avec l’Occident, mais à rompre nos liens avec la civilisation. Chose qui engendrerait par conséquent le retour au passé.

Peut-on expliquer ceci par un échec au niveau du travail du corps sécuritaire ?

Il faut reconnaître que le terrorisme a pris de l’ampleur ces quatre dernières années en Tunisie surtout avec l’existence d’une cellule de référence en Libye. D’autres facteurs ont aidé à la prolifération de ce phénomène, il s’agit de la montée en flèche de la contrebande et celle du commerce informel.

A mon avis, l’attentat de Sousse a été préparé en Libye et la situation est plus compliquée qu’on imagine.

Pour l’échec, ceci serait possible dans la mesure où le ministère de l’Intérieur n’a pas réagi à la publication par l’auteur de l’attentat d’un statut quelques heures avant l’exécution de son plan. Une hypothèse qui prouverait l’existence d’une certaine lacune sécuritaire et par la suite d’une certaine complicité dans cette opération.

Si cette hypothèse était confirmée, plusieurs questions ne manqueraient pas d’être soulevées.

Qu’en est-il des retombées économiques ?

On peut affirmer que l’attentat de Sousse était le coup le plus dur pour un secteur clé qui contribue à hauteur de 7% du PIB, celui du tourisme. La preuve en est qu’à partir de10, 11 et 12 juillet courant, la majorité des hôtels seront vides avec un énorme manque à gagner.

Dans pareille situation, on pourrait estimer des pertes aux alentours de 1 milliard de dinars. C’est un chiffre préoccupant surtout que l’on se trouverait face à des hôtels menacés par la fermeture. C’est aussi un arrêt total pour le pays étant donné que cet attentat a touché le tourisme qui emploie plus de 480 mille personnes.

On s’attend à une baisse de 80% au niveau du marché européen. Pour le marché algérien et tunisien, on ne pourrait pas faire d’estimations faute de chiffres exacts disponibles.

Pour l’activité d’une manière générale, on prévoit une baisse de 25% tout au long de l’année en cours. Donc, les résultats ne seraient pas négatifs uniquement pour le tourisme, mais pour tous les secteurs.

Le département du tourisme a mis en place une batterie de mesures en réponse à cette attaque. Pensez- vous que ces actions pourraient-elles permettre de gérer la crise ?

A mon avis, ces mesures viennent en retard et restent insuffisantes par rapport au volume des pertes d’autant qu’elles ne pourraient pas sauver le secteur, les hôteliers n’ayant pas suffisamment d’argent pour y faire face.

Ces sont, à mon avis, des propositions et non des mesures. Le ministère a décidé par exemple d’annuler la taxe de sortie de territoire de 30 dt. Mais la question qui se pose actuellement est de savoir comment peut-on remplacer ce manque à gagner dans le budget de l’Etat ?

Il faut reconnaître qu’on a besoin d’une loi pour annuler cette taxe. De même, l’application des ces mesures, pour l’instant, est très difficile.

Récemment, le secrétaire général du syndicat général de la Garde nationale a affirmé que le déploiement de 1000 agents pour surveiller les hôtels est une opération coûteuse. Il a par conséquent appelé à la création de sociétés privés qui seront chargées de cette mission. Qu’en pensez-vous ?

Au départ, il faut préciser qu’il n’y a pas en Tunisie une loi précise qui stipule la création de ce genre d’entreprises d’autant plus que le port d’arme est uniquement autorisé pour les agents de l’institution militaire et sécuritaire.

Donc, c’est une proposition difficile. Par contre, on pourrait suggérer la multiplication du nombre d’agents de sécurité pour atteindre 5000. Je vous assure que les hôteliers sont prêts à prendre en charge leurs salaires.

La création de ce genre d’entreprises nécessite beaucoup de temps alors que la Tunisie a besoin d’une réaction plus rapide et surtout efficace. Comment agir alors ?

Aujourd’hui, on a plus que jamais besoin d’un système sécuritaire global. Tous les intervenants et les professionnels du métier devront avoir l’intuition sécuritaire pour pouvoir agir au temps réel.

Outre la mise en place de ce système, on a besoin d’assurer une formation sécuritaire pour les personnels opérant dans ce secteur.

Est-il possible aujourd’hui de relever ce défi ?

C’est possible, étant donné que cette suggestion ne nécessite pas un effort particulier, mais le recours à des opérations de sensibilisation. De même, la lutte contre le terrorisme est une responsabilité commune. Ce n’est pas uniquement le rôle du corps sécuritaire et militaire, mais tous les intervenants sont impliqués.

Mais comment regagner la confiance des touristes étrangers ?

J’insiste sur la mise en place d’un système sécuritaire global et encore plus sur la réactivation du service de renseignement.

Outre ces deux actions, je pense que le ministère du Tourisme est appelé aussi à revoir sa politique de promotion, adoptée déjà depuis plusieurs années. Cette dernière devrait se baser sur des nouvelles méthodes et devrait être en conformité avec les attentes des clients. Mais, il faut avouer que les résultats ne seraient réalisables que dans une période de 3 ans. Néanmoins, si on se limite à quelques actions traditionnelles, je vous assure qu’on n’aurait plus du produit touristique et la Tunisie ne serait jamais une destination touristique favorite pour les étrangers et même pour les Tunisiens.

Wiem Thebti

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