AM*
Un rapport confectionné et publié par l’ITUC dresse un constat sévère : la transition énergétique tunisienne, telle qu’elle est actuellement financée par les Banques Multilatérales de Développement (BMD), s’opère au détriment de la souveraineté nationale et de la justice sociale.
Ce rapport s’intitule « Financement d’une Transition Énergétique Injuste en Tunisie : Les Investissements Verts des Banques Multilatérales de Développement dans le Secteur de l’Énergie en Tunisie »
- Le piège de la dépendance et de la dette
Alors que la Tunisie affichait une indépendance énergétique de 124 % en 1990, elle a chuté à 48 % en 2023, se retrouvant otage du gaz algérien. Pour remédier à cela, les institutions internationales (Banque Mondiale, BERD, BEI) proposent un modèle de financement massif. Cependant, le rapport souligne que ces prêts ne sont pas neutres : ils imposent une libéralisation agressive qui fragilise la STEG (Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz) au profit de consortiums privés étrangers.
- Une transition « extractive » et non citoyenne
Le rapport critique la nature même des projets d’énergies renouvelables (solaire et éolien) :
L’exportation avant tout : Des projets d’envergure, comme le câble sous-marin ELMED, sont pointés du doigt. Ils visent avant tout à alimenter le marché européen en électricité « propre », tandis que le consommateur tunisien continue de subir des tarifs élevés et un réseau vieillissant.
Accaparement foncier : Le document dénonce l’utilisation de décrets pour faciliter l’expropriation de terres agricoles ou collectives, créant des tensions sociales dans les régions de l’intérieur, sans retombées économiques locales réelles.
- L’absence de dialogue social
L’ITUC s’alarme de la marginalisation des syndicats. La transition est perçue comme un processus « top-down » (du haut vers le bas) :
Les travailleurs du secteur public craignent une privatisation déguisée.
Les nouveaux emplois créés dans le secteur privé vert sont souvent précaires, moins rémunérés et dépourvus des protections sociales historiques du secteur de l’énergie en Tunisie.
- Vers une « Démocratie Énergétique »
En conclusion, le rapport appelle à une rupture avec le modèle actuel. Il préconise une Démocratie Énergétique où :
L’énergie est traitée comme un bien public et non une marchandise.
La souveraineté technologique est privilégiée (production locale de composants).
Le financement est déconnecté des logiques de profit maximal pour les investisseurs étrangers (IDE), au profit d’un réinvestissement dans les infrastructures nationales.
*Article, résumé du rapport de Ituc. International Trade Union Confederation (ITUC) en anglais, est la plus grande fédération syndicale mondiale, fondée en 2006








