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Le retour du «Jedi»: Après un dialogue national virtuel, Yaïche briguera-t-il la Kasbah?

Dans une allégorie de la série « Star Wars » dans « le retour de Jedi », comparable à la guerre des égos des trois « présidents » tunisiens, et les « stars » que présente chaque fois le chef de l’Etat au poste de chef de gouvernement et qui finissent par s’écrouler, revoilà l’ancien ministre des Finances et une petite expérience d’un peu plus de 6 mois dans le gouvernement de la première vague du Covid qui refait surface. 47 ans, rescapé d’un gouvernement entraîné par la chute d’Elyes Fakhfakh pour conflit d’intérêts, il en avait lui-même été accusé, mais aurait donné des preuves du contraire.

  • Yaïche lorsqu’il était ministre
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Lundi 13 juillet 2020, lors d’une conférence de presse à la Kasbah, il annonçait un plan de sauvetage économique et social en 50 mesures. Il avait alors révélé se pencher sur la conception de « nouvelles mesures financières à même de drainer des recettes financières au budget de l’Etat de l’ordre de 1,1 milliard de dinars », avait abaissé l’hypothèse du prix du baril de pétrole à 45 dollars, contre 65 dollars dans la loi de finances initiale pour l’année 2020, estimé que le déficit budgétaire devrait se situer au niveau de 7% du PIB, d’ici la fin de 2020, et que les recettes fiscales devraient régresser de 4,5 milliards de dinars, alors  que le taux d’endettement devrait atteindre les 88 % et le taux d’endettement extérieur ne dépassant les 61%.

Fin novembre 2020, les recettes fiscales baissaient de 6,7 %. Fin 2020, le cours du pétrole repartait à la hausse contrairement à ses prévisions. Le déficit budgétaire (hors dons) est estimé avoir atteint 11,5 % du PIB, comme ne le prévoyait pas l’ancien ministre de toutes les finances de l’Etat.

« En raison de l’augmentation du déficit budgétaire et de la contraction du PIB, la dette de l’administration centrale est estimée avoir augmenté à près de 87 % du PIB », disait le FMI, et la dette totale frisait le 100 % de tout le PIB, un PIB qui se rétracte de 8,2 %.

On pourra toujours objecter que l’homme n’avait pas pu conduire sa propre politique. Il n’en demeurera pas moins que le ministre des Finances est et restera le maître d’œuvre de tout budget et sa loi de finances, et qu’il pouvait démissionner s’il n’était pas d’accord avec la politique financière conduite par son chef et qu’il s’inquiétait réellement de la dégradation de la situation. Mais Nizar Yaiche n’était manifestement pas Houcine Dimassi !

  • Nizar, nouveau chouchou de Saïed

Le 24 mars devant le chef de l’Etat qui l’encensait de toutes les fleurs du printemps, comme il l’avait d’ailleurs fait avec le SG de l’UGTT avant de le bouder et toute son initiative de dialogue national, Nizar Yaïche changeait son fusil d’épaule et trouvait que « la solution n’est ni économique, ni sociale, mais politique ». L’ancien ministre se muait ainsi en véritable analyste politique qui oubliait que « ventre qui a faim n’a point d’oreille », que le travail est père de toutes les vertus, et la croissance est le seul et unique remède de tous les problèmes de la population, y compris la jeunesse, par la création de richesses à redistribuer et la création d’emplois valorisants.

Ensuite, et sans entrer dans le détail de ce qu’il a appelé dans un Post d’un réseau social, où il ne s’illustre pas lui-même par l’interactivité et le dialogue, comme étant « une charte nationale pour le sauvetage et la réforme », il se lance plus volontiers dans le vrai objet de sa rencontre avec le chef de l’Etat tunisien, le Forum de discussion virtuelle (comme ceux qui avaient réellement fait la campagne du candidat Saïed), dénommée « Bâtissons la Tunisie », dont on ne connaît pas l’admin (pour utiliser le langage des facebookeurs) et l’issue de toute la base de donnée collectée. Yaïche ? Mais à quel titre ? L’ISIE comme pour un référendum ? Mais avec quels moyens ? Sous le contrôle de quelle autorité ?

« J’ai présenté un nouveau système tunisien, pour un dialogue à travers une plateforme électronique, sous forme d’un forum numérique pour une discussion dans un espace virtuel, où on pourra mettre différentes propositions et solutions. Les jeunes (il se ravise ensuite pour ajouter), et mêmes les non-jeunes et toute la population, peuvent y participer à travers cette plateforme », dit la nouvelle coqueluche du chef de l’Etat tunisien, lors d’une allocution qui a fait l’objet de montage (comme par ailleurs celle du chef de l’Etat), et sans autre forme de détails.

Il se mue ensuite en porte-parole d’un jour d’un chef de l’Etat qui voyait peut-être en lui la pièce maîtresse d’un gouvernement qu’il avait laissé démettre, bien malgré lui, pour annoncer que « le chef de l’Etat a donné son accord pour ce dialogue national, avec les jeunes et les autres, sous la supervision personnelle du chef de l’Etat, en utilisant ces nouvelles technologies. Un dialogue qui commencera au niveau local, régional et ensuite national. Un dialogue qui sera accompagné (ou plutôt conduit) par un ensemble d’experts ».

Doit-on le prendre au sérieux ? La présidence de la République n’a pas fait de communiqué officiel à ce sujet. Devrait-on plutôt prendre cette déclaration, ainsi faite à l’emporte-pièce, comme une opération test qui laisserait de la marge au chef de l’Etat en cas de réactions contraires ? 

  • Les messages subliminaux et épars de Saïed

Dès les premières paroles, et dans un style de communication à la Ben Ali (ce dernier faisait peu de discours et préférait les speechs en interne, ou à l’occasion), le chef de l’Etat place la barre haute et déplace tout le débat : « Ou on est avec le peuple, ou on est contre lui », dit-il. Il est bien sûr, avec le peuple, et les autres sont contre le peuple. Selon lui, « la politique est la volonté de la majorité. Mais cette dernière est anéantie ». Comprenez encore que lui,  c’est la volonté du peuple, mais mise de côté. Et d’ajouter que « les institutions de l’Etat claudiquent et ne fonctionnent pas normalement. Et que chacun assume ses responsabilités ». Il ne parlera cependant pas de sa responsabilité dans ce blocage. Pour lui, le mal, c’est les autres. Saïed, qui dit qu’il présentera une initiative de réconciliation judiciaire (après la justice, la transitionnelle, hommes d’affaires et autres suspects, feront de nouveau face  à cette nouvelle justice, toujours pour les mêmes faits), répète à qui voudrait bien l’entendre que « nos moyens et nos richesses sont énormes (…). Nos richesses en ressources humaines sont intarissables, et nous ouvrirons la voie devant ceux-là, pour que la Tunisie profite de cette richesse humaine ». Comprenez que c’est là qu’il compterait trouver l’argent qu’il n’a pas pu récupérer par la justice dans son sens universel.

Et d’en venir enfin à son « idée », celle pour laquelle il pourrait avoir trouvé dans le programme de Yaiche un appui et un programme. « Après l’Indépendance, c’était l’Etat qui gérait les services publics, comme l’éducation, la santé et la sécurité sociale, et cela avait créé une sorte de révolution grâce à ces choix (…). Il faut de nouveaux concepts tirés de la volonté du peuple, et non de l’histoire corrompue et de la corruption (…). Les pays à bas taux de corruption, c’est là où c’est le citoyen qui contrôle le responsable, même pour le prix d’un ticket de train ou pour un taxi », disait-il devant un Yaïche qui hochait de la tête en signe d’approbation.

Comprenez, un changement du modèle économique avec retour en force de l’Etat, doublé d’un changement de modèle de gouvernance, où le chef de l’Etat restera leader malgré le peu de  pouvoirs qui sont les siens. C’est une partie de son « idée » d’une gouvernance en pyramide inversée qui lui permettrait de détourner les partis politiques qu’il n’aime pas, et les politiciens, tous véreux et comploteurs, comme il les considère, sans distinction !

Yaiche lui a présenté son programme pour redresser le pays en seulement 100 jours, et il semblait en être content. Le destinerait-il à remplacer Hichem Mechichi, s’il lui réussissait son « référendum » virtuel ? Yaiche aurait-il déjà surpassé Mohamed Abbou ou Ali Kooli qui se croirait, lui aussi, candidat ? Les pronostics sont ouverts !

1 COMMENTAIRE

  1. Il y a environ une dizaine d’années l’entreprise suisse Glencore réalisait un chiffre d’affaires de 250 milliards de dollars et plus de 50 milliards de dollars de bénéfices, tandis que la Tunisie, avec plus de 3 millions d’actifs, dégage un pib d’une trentaine de milliards de dollars et si on réintégre la colossale fuite de capitaux systèmique fait zéro bénéfice !
    Disons-le nous ne sommes pas performants.

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