De toute évidence, les relations entre les Etats-Unis et la Tunisie (d’Etat à Etat) ne sont pas au beau fixe, et elles ne sont pas appelées à s’engager sur une autre voie qui les ramène à leur niveau d’antan. D’autant moins que l’USAid, l’agence chargée de régenter l’aide est en entrain d’être mise au rebut au nom de « l’efficacité gouvernementale », désormais domaine réservé d’Elon Musk, très proche de Donald Trump.
En lieu et place, d’autres biais pourraient suppléer, dans une moindre mesure certes, à cette vacuité, en nouant des partenariats avec des Etats pris individuellement. La Tunisie en a noué un, et des plus soutenus, avec le Wyoming, et ce depuis plus de vint ans.
En 2004, l’armée tunisienne a été jumelée à la Garde nationale du Wyoming dans le cadre d’un programme du ministère américain de la Défense. Le récent 20e anniversaire a suscité un regain d’intérêt pour cette relation, comme l’a expliqué l’ambassadeur des États-Unis en Tunisie, Joey Hood, à la radio publique du Wyoming.
« Nous essayons d’aller au-delà du partenariat sécuritaire fructueux pour inclure l’éducation et le développement du secteur privé », a-t-il dit, y voyant un bon début, et rappelant qu’il y a quelques mois, des représentants de l’université du Wyoming (UW) se sont rendus en Tunisie pour signer des protocoles d’accord avec quatre universités tunisiennes. Des échanges de professeurs et d’étudiants, des projets de recherche conjoints et bien d’autres activités sont ainsi possibles, a-t-il assuré.
Ila ajouté, après avoir passé une journée à l’université du Wyoming, qu’ « il y a beaucoup d’enthousiasme dans toutes les disciplines, de l’archéologie à l’agriculture en passant par le développement commercial, pour travailler avec des Tunisiens très intelligents et motivés afin d’apporter beaucoup d’avantages à l’université du Wyoming, mais d’une manière qui profite également aux universités tunisiennes ».
D’inédites perspectives pour la coopération agricole
En outre, propose le diplomate américain, la Tunisie et le Wyoming doivent tous deux s’efforcer de produire davantage de produits agricoles avec moins d’eau. La gestion de l’eau est extrêmement importante pour les deux pays. Les Tunisiens développent peut-être de nouvelles technologies et de nouvelles techniques dans le domaine de l’agriculture.
Et de développer encore :
« Mais il y a une possibilité supplémentaire, du moins dans mon esprit, de voir le bœuf ou le bison du Wyoming exporté vers la Tunisie pour une transformation plus poussée et ensuite l’exportation vers l’Europe, en tirant parti de ces accords de libre-échange. Par exemple, des recherches pourraient être menées avec des professeurs, des étudiants et des centres de recherche d’Afrique subsaharienne en Tunisie, parce que la sécurité, la stabilité et l’infrastructure y sont assurées. Ces relations remontant à des décennies avec ces institutions d’Afrique subsaharienne, on peut voir la Tunisie devenir la plateforme de cette formation, de cet enseignement et de cette recherche, en collaboration avec l’université du Wyoming ».
Joey Hood pense qu’il y a beaucoup de domaines dans lesquels la Tunisie et le Wyoming ont des défis à relever. Le tourisme durable en est un. La Tunisie accueille environ 10 millions de touristes chaque année. Malheureusement, la plupart d’entre eux se contentent d’aller à la plage et ne dépensent pas beaucoup d’argent. Ils ne profitent pas de la grande richesse culturelle que la Tunisie a à offrir. Je pense donc que l’université du Wyoming peut aider les petites et moyennes entreprises tunisiennes à trouver des moyens de créer davantage de tourisme expérientiel et de marchés de niche afin d’attirer des touristes plus dépensiers en Tunisie pour qu’ils en profitent », a -t-il suggéré.
Tourismes culturel, commerce et recherche…
Autre domaine qui s’offre à une coopération fructueuse : la recherche archéologique. Parce que la Tunisie a une longue histoire en tant que carrefour de nombreuses civilisations majeures, il y a des milliers de sites archéologiques qui attendent d’être explorés.
Ce serait une expérience formidable pour les archéologues de l’université, pour les personnes intéressées par le développement du tourisme culturel, pour les personnes intéressées par l’histoire, pour les personnes qui apprennent comment fonctionne la société – vous savez, tout ce que vous voulez. Il y a beaucoup à gagner du côté du Wyoming, a souligné l’ambassadeur.
« Les Tunisiens ne disposent pas d’importantes réserves de pétrole et de gaz comme la plupart des autres pays de la région. Leur secteur privé est donc restreint, mais extrêmement dynamique. Il fournit une plateforme pour le commerce, l’éducation, la recherche, jusqu’à l’Afrique subsaharienne et l’Europe, en particulier pour l’exportation vers l’Europe », a indiqué le diplomate, en concluant par un souhait, celui de « voir la faculté et les étudiants du Wyoming collaborer avec leurs homologues tunisiens pour développer de nouvelles technologies, de nouvelles choses qui peuvent être exportées et produites ou transformées en Tunisie, puis exportées vers d’autres pays ».








