L’Egypte, un pays qui file droit vers la faillite, selon Foreign Policy

L’Egypte, un pays qui file droit vers la faillite, selon Foreign Policy

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Sous des dehors de reprise et de dynamisme économique, l’Egypte ne serait en fait qu’un pays qui file droit vers la faillite, selon une analyse délivrée par l’influent magazine américain « Foreign policy » (FP) qui reprend, pour les flétrir, les appréciations dithyrambiques des commentateurs financiers qui présentent l’Egypte sous les traits de ” destination mondiale d’investissement “, de « marché émergent le plus dynamique du monde » et dont le bilan est « la plus belle histoire de réforme au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe de l’Est ».

Mais tout cela, martèle FP, masque une réalité plus sombre se déclinant dans «  60 % de la population égyptienne pauvre ou vulnérable » et « des conditions de vie qui dégringolent rapidement ». Une « grande déception » dont les architectes sont le gouvernement du président général Abdel Fattah al-Sissi et le Fonds monétaire international. La mauvaise gestion chronique des finances publiques et l’incurie générale du gouvernement ont presque quintuplé la dette extérieure en raison de la dépréciation de la livre égyptienne au cours des cinq dernières années et de la dette publique qui a plus que doublé, ce qui devrait être encore le cas dans un avenir proche, prévoit Foreign Policy. .

C’est que la part du lion des ressources publiques égyptiennes va à la facilitation du remboursement de la dette plutôt qu’au renforcement et au soutien de la société civile, explique-t-il, ajoutant que dans un pays de 100 millions d’habitants sur les rives de la Méditerranée, ces maigres dépenses en matière de santé, d’éducation et d’infrastructures sont alarmantes, et elles devraient l’être aussi en Europe.

Vers l’effondrement total de l’État !

« Si la tendance actuelle se poursuit, l’Egypte sera bientôt en faillite. Ce n’est là qu’un premier pas sur la voie vers l’effondrement total de l’État. En tant qu’entité politique, le gouvernement de Sisi perd déjà de sa légitimité sur la scène internationale en raison de nombreux rapports faisant état de manipulations électorales, tant lors de l’élection de Sissi à la présidence que lors du récent référendum sur le changement constitutionnel », souligne FP qui pointe, au passage le Fonds monétaire international qui « a beaucoup de comptes à rendre ». Le FMI est accusé d’avoir « manipulé la structure de l’économie égyptienne, affichant pour l’Egypte des taux de croissance exagérés par les niveaux d’endettement de la même manière qu’on pourrait exagérer leurs revenus en empruntant au-delà de leurs moyens ».

Un exemple de cette exagération peut être observé vu dans les réserves de devises étrangères de l’Égypte de plus de 40 milliards de dollars. Bien qu’importantes, ces réserves sont composées d’argent emprunté et constituent une dette extérieure, tout en gonflant artificiellement la taille et la stabilité de l’économie égyptienne, explique encore Foreign Policy qui y voit « une conséquence naturelle de la politisation manifeste du FMI ». Celui-ci accorde des prêts à la condition que les bénéficiaires s’attaquent au problème de la balance des paiements, stabilisent l’économie et rétablissent ainsi la croissance économique. « Dans la pratique, cependant, le FMI demande aux gouvernements de réduire les subventions accordées à sa population pour faire face à son déséquilibre économique », assène FP.

L’approche du FMI repose sur l’hypothèse que la maximisation de la croissance et la réduction du déficit permettront d’obtenir les meilleurs résultats possibles pour le pays et pour ceux qui y vivent. Cette hypothèse est, au mieux, d’une naïveté à couper le souffle, juge Foreign Policy. « Elle suppose que les autocrates et les hommes forts comme Sissi, qui n’ont fait preuve que de mépris pour leur peuple au cours des cinq dernières années, accordent autant d’importance au bien-être de leurs citoyens qu’aux intérêts de l’élite au pouvoir. Ainsi, toute réforme économique, effectivement mise en œuvre par Sisi à la demande du FMI, fait peser une charge plus lourde sur ceux qui peuvent la supporter le moins ».

Et FP de poursuivre : « Lorsque le FMI a mis en doute la capacité de l’Égypte à faire face à ses remboursements d’intérêts, Sisi s’est simplement tournée vers les marchés monétaires internationaux pour obtenir des capitaux, comptant sur la volonté du FMI d’accorder une multitude de prêts pour rassurer les nouveaux investisseurs sur la stabilité de l’économie égyptienne. Cela ne peut pas durer dès lors que les fondements mêmes de l’économie sont défectueux. Le gouvernement Sissi continue d’emprunter pour financer des projets d’infrastructure vains et extravagants. Pourtant, la plupart des Égyptiens ordinaires ont à peine les moyens d’acheter de l’huile de cuisson ».

Les entreprises sous emprise

La solution à ce problème commence par la politique, estime FM. Tant que les Égyptiens auront un gouvernement qui gère mal les finances publiques, ils ne pourront pas s’attendre à voir les politiques économiques nécessaires pour sortir l’Égypte du gouffre. La dictature militaire de Sissi a une emprise sur les entreprises qui va bien au-delà des racailles protectionnistes les plus flagrantes de l’ancien dictateur Hosni Moubarak.

Dans ces circonstances, les décisions économiques sont prises en tenant peu compte des intérêts de la population. Seule une petite camarilla de personnes au plus haut niveau de l’administration publique en bénéficie. Ce faisant, elle consolide son pouvoir et continue d’asphyxier le pays. « La même tendance s’est produite sous Mouammar Kadhafi en Libye, et elle est commune aux dictateurs du monde entier. Avec Sissi à la barre, le soi-disant marché émergent le plus dynamique et la destination d’investissement mondiale se dirige vers le bord d’un gouffre. S’il bascule dans l’abîme sans fond, il n’y a pas que le peuple égyptien qui en souffrira. Ce sera l’Afrique. Ce sera le Moyen-Orient. Et ce sera l’Europe qui, au nom du pragmatisme, a permis à Sisi de prospérer », conclut Foreign Policy.

Synthèse LM

 

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