AccueilLa UNELes Jeunes-Turcs d’Ennahdha se rebiffent. Ghannouchi tremble sur son trône !

Les Jeunes-Turcs d’Ennahdha se rebiffent. Ghannouchi tremble sur son trône !

Au regard de ce qui se passe dans les arcanes du mouvement Ennahdha à l’enseigne d’une Omerta parfois totale, souvent ébréchée, il serait dans l’ordre des choses que le parti mi-islamiste mi-civil prenne le cap de révisions qui ne pourront être que déchirantes. Bousculée par des Jeunes-Turcs qui s’impatientent de la voir se résoudre enfin à passer le relais, la vielle garde du Mouvement ne semble pas encline à tirer les conclusions « historiques » que d’aucuns disent salutaires voire indispensables.

Au milieu des préoccupations qui enflent sur l’éventualité d’un report des assises électorales du conseil de la Choura, Abdellatif Mekki, membre du conseil, a appelé à faire vite pour tenir la réunion, prévue pour mai 2020, quatre ans après le 10ème congrès en mai 2016. La 11ème conférence électorale du parti va choisir un nouveau leader du mouvement, a-t-il été annoncé le 12 décembre.

Selon le site « Al-Monitor » Mekki a accusé le leader actuel d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, de ne pas être en mesure de remplir ses fonctions de chef du mouvement tout en étant président du parlement. Ghannouchi a été élu président en novembre pour un mandat allant de 2019 à 2024. Mekki, membre de l’aile réformiste d’Ennahdha, a rappelé une disposition des statuts du parti stipulant que son président doit se consacrer à ses fonctions de chef du mouvement. Mekki a déclaré que s’il était nommé pour succéder à Ghannouchi, rien ne l’empêcherait de se présenter.

Injecter du sang neuf

Le chapitre 31 des statuts d’Ennahdha ne reconnaît au chef du parti que deux mandats consécutifs au maximum. Ghannouchi a été élu à la tête du mouvement pour deux mandats consécutifs de quatre ans, de 2012 à 2020. Mohamed Ben Salem, membre du Conseil de la Choura a déclaré à Al-Monitor que le moment était venu d’injecter du sang neuf dans la direction du mouvement, qualifiant la réunion de mai de tournant avec le départ de Ghannouchi. Il a toutefois exprimé son inquiétude quant au fait que Ghannouchi puisse rempiler à la tête d’Ennahda.

 » La conférence doit se tenir dans moins de cinq mois, et jusqu’à présent, le Conseil de la Choura retarde toujours la formation des comités élus spécialisés dans la préparation des assises, ce qui montre une intention délibérée de reporter la tenue de la conférence « , a affirmé Ben Salem. Il a également souligné qu’il y avait eu des appels  » inhabituels  » suggérant de réviser les statuts du mouvement pour prolonger le mandat de Ghannouchi.

Le Conseil de la Choura d’Ennahdha, composé de 150 membres, est la plus haute autorité du mouvement. Il définit l’orientation du mouvement et ses principales politiques et choisit les candidats à la présidence et au parlement ainsi que les membres du gouvernement.

Ben Salem a ajouté que la prochaine conférence est particulièrement importante parce qu’elle permettra de procéder à un examen radical de tous les résultats qu’il a décrits comme négatifs pour le mouvement, notamment une baisse du nombre d’électeurs, qui passera de 1,5 million en 2011 à 950 000 en 2014 et à 450 000 cette année lors des élections législatives. Ennahdha détient 54 des 217 sièges du Parlement.

Une « affaire interne »

Rafik Abdessalem, membre du bureau exécutif d’Ennahdha, a déclaré à Radio Diwan FM, le 27 novembre, que le report de la conférence est une possibilité, le mouvement et son chef Ghannouchi étant absorbés par les questions nationales liées à la formation d’un gouvernement. Il a souligné que le report ou la tenue de la conférence comme prévu est une affaire interne, et que le parti décidera ce qu’il juge bon de faire sur le plan politique.

Quant à la possibilité que Ghannouchi se retire du parti, Abdessalem a reconnu qu’aucune personnalité n’est éternelle et que les partis et les institutions sont au-dessus des individus. Il n’a cependant pas exclu l’idée d’amender les statuts du mouvement dans le but permettre à Ghannouchi de rester à son poste et a déclaré que cela sera discuté au sein des structures appropriées du parti.

Les déclarations sur l’éventuel report de la conférence ont soulevé la colère de certains membres du Conseil de la Choura. Hamdi Zouari a répondu le 28 novembre dans un message sur Facebook, affirmant que la prochaine conférence représente un jalon démocratique de la plus haute importance pour Ennahdha en termes de responsabilité, de renouvellement et de changement. Il a souligné que  » [la conférence] n’est plus une affaire interne, mais plutôt une question nationale par excellence « .

Traduction AM

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