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Les pros de la banque réfléchissent à l’idée de baisse des taux d’intérêt

Un nouveau Sitcom est depuis le 25 juillet en cours en Tunisie. Les réseaux sociaux l’appellent « le prince du بلاغ », allégorie du fameux Sitcom américain « Prince de Bel Air (en roulant le R) », mais avec la traduction française du mot arabe de communiqué. Pour le cas, le prince est le chef de l’Etat Kais Saïed, désormais attendu chaque soir, et même chaque après-midi, pour ses communiqués de presse concernant les derniers développements de son coup de force.

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Pour l’épisode du samedi, Kais Saïed a invité les professionnels de la banque, pour leur demander de baisser leurs taux.

Il commence par citer Herbert Marcuse qui disait que 2+2 ne font pas 4 lorsqu’il s’agit des humains, pour enchaîner qu’il était « sûr du nationalisme des banquiers à fournir un effort supplémentaire en cette période exceptionnelle en Tunisie, se soutenir les uns les autres pour qu’il n’y ait plus ni affamé, ni opprimé  qui ne trouve pas le minimum qui garantisse sa dignité humaine ».

Et de presque bourder, en les assurant que « vos droits seront préservés, mais je voudrais vous demander, en contrepartie, de fournir des efforts supplémentaires pour diminuer, autant que faire se peut, vos taux d’intérêt, pour qu’une partie de ces intérêts revienne à la communauté nationale », (Pour l’exactitude, Saïed avait dit فحقوقكم محفوظة في اطار القانون. فأريد دعوتكم في المقابل…).

Il y avait dans cette demande certainement l’art, mais certainement pas la manière. Une manière qui laisserait croire qu’il proposait aux banquiers de garantir leurs droits, en contrepartie d’une baisse du taux d’intérêt bancaire. Un président de la République ne devrait pas ainsi dire les choses ! Mais on va supposer que ce n’était là qu’un écart de langage.

  • Comment faire pour que la baisse du taux d’intérêt aille à ceux qui la méritent

Ainsi énoncée par le chef de l’Etat, la proposition faite aux banquiers tunisiens de baisser leurs taux d’intérêt, pour qu’une partie revienne à la communauté nationale, pourrait être comprise comme celle d’une nouvelle contribution exceptionnelle pour les caisses de l’Etat. Cela avait été fait deux fois, et personne ne sait toujours où sont allés les plus de 114 MDT déjà donnés par les banques, et en tout cas, pas pour la lutte contre le Covid-19.

La demande du chef de l’Etat ciblait en fait une diminution du Spread entre TMM (fixé par la BCT) et le TEG (Taux effectif global) appliqué par la banque aux clients.  Le taux d’intérêt des banques en Tunisie est, en fait au départ, fixé par la BCT. En amont,  il y a le taux directeur. Ce dernier est à 6,25 %. De là est fixé le TMM (Taux Moyen du Marché Monétaire), qui est aujourd’hui de 6,29 %. Ce dernier est ensuite augmenté du Spread de la banque qui peut arriver à 3,5 %. Un crédit, c’est toujours le TMM + quelque chose, et le TEG pourrait arriver à 10 % (TMM+3,5).

Et même dans ce cas, la demande du chef de l’Etat aux banquiers, qui avaient pu en discuter avec Kais Saïed lorsqu’il les avait réunis à Carthage, appelle quelques remarques :

–          Baisser le TEG dans l’absolu, c’est diminuer le coût du crédit pour tous, et pour tout genre de crédit, qu’il soit de financement, d’investissement, ou de consommation. Mais aussi, pour tout le monde, qu’il soit homme d’affaires ou simple cadre dans une entreprise quelconque. Or, il nous semblait que ce n’était pas cela le but recherché par le chef de l’Etat, lorsqu’il disait aux banquiers de faire en sorte « qu’il n’y ait plus ni affamé, ni opprimé  qui ne trouve pas le minimum qui garantisse sa dignité humaine ». C’est en effet, vers ceux-là que la baisse devrait s’adresser.

–          La baisse, s’il va y en avoir, devra être orientée vers les plus démunis, ceux qui n’ont pas de travail et donc pas de possibilité même de prendre crédit, et non vers le grand public. Elle devrait plutôt appliquer l’adage de Confucius qui disait « ne me donnez pas un poisson, apprenez-moi à pêcher ». Force est donc d’orienter cette baisse vers les crédits de ceux qui voudraient financer un petit projet qui les mettrait à l’abri  de la faim, et préserve leur dignité. Baisser le coût du crédit pour la consommation, c’est financer la consommation, de tout et de rien, de l’argent facile qui boostera la consommation, ne produira rien sauf la hausse de l’importation, et impactera immanquablement l’inflation qui repartira vers le haut.

–          La baisse devrait s’appliquer, par exemple, pour permettre l’accès des plus démunis au logement. Couplée à une baisse du taux des fonds propres à fournir, dont une  partie pourrait être puisée dans un fonds dédié à mettre en place par les banques à partir de la baisse du TEG pour le demandeur de crédit, et à un effort de la part des promoteurs immobiliers, une telle baisse pourrait, non seulement faciliter l’accès  au premier logement, mais aussi booster les ventes de ces promoteurs, liquider leurs stocks d’invendus depuis la crise, et relancer l’investissement et l’emploi.

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