AccueilLa UNELes Sub-sahariens en Tunisie: Combien seraient-ils et comment pensent-ils s’en tirer?

Les Sub-sahariens en Tunisie: Combien seraient-ils et comment pensent-ils s’en tirer?

Faute de chiffres officiels, il est de moins en moins aisé de pouvoir recenser les ressortissants venant d’Afrique subsaharienne, résidant en Tunisie. C’est que, pour la plupart, il s’agit d’immigrants irréguliers qui ne peuvent relever d’une comptabilité démographique fiable. Les statistiques les concernant ne sont pas disponibles, et l’Institut national de la statistique (INS) serait bien en peine de s’acquitter scientifiquement d’une tâche aussi ardue.

Il n’en demeure pas moins que selon les chiffres du Centre international pour le développement des politiques migratoires (ICMPD), qui portent sur l’année 2020, il y avait en cette année-là en Tunisie  environ 59 000 migrants qui y résidaient  avec ou sans permis de séjour, avec 4 migrants sur 5 provenant de la région du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne.

Le nombre de migrants d’Afrique subsaharienne a augmenté de manière exponentielle au cours des dernières années et a triplé depuis 2014, 60 % déclarant avoir l’intention de rester en Tunisie à plus long terme. Parmi les Africains subsahariens vivant en Tunisie, environ un tiers viennent de Côte d’Ivoire, suivis par la République démocratique du Congo (RDC), la Guinée et le Mali. L’âge moyen des communautés subsahariennes est de 26 ans. Parmi les moteurs de la migration cités par les migrants d’Afrique subsaharienne, les facteurs économiques figurent comme  les principales motivations  pour 50,1 % des répondants, suivis par une meilleure éducation à 27,3 %.

Les nationalités des demandeurs d’asile en Tunisie varient par rapport à l’ensemble de la population subsaharienne du pays, le Soudan étant le principal pays d’origine, suivi de l’Érythrée puis de la Somalie. La grande majorité d’entre eux sont des hommes, et une petite proportion a l’intention de poursuivre sa route (4 %), tandis que la majorité (94 %) a l’intention de demander l’asile en Tunisie.

Plus de la moitié arrivent par la route

Pour ceux qui arrivent par des points de passage dans le Sahara, l’entrée se fait généralement par voie terrestre depuis l’Algérie ou la Libye, ainsi que par voie maritime pour ceux qui sont interceptés alors qu’ils tentent de traverser la Méditerranée depuis la Libye. Cependant, au cours des dernières années, à mesure que les perceptions de la Tunisie et de la situation en Libye ont changé, ainsi que l’émergence signalée de nouvelles routes de contrebande, les demandeurs d’asile arrivant en Tunisie ont traversé le pays par différents moyens.  En 2019, les demandeurs d’asile sont arrivés principalement par voie terrestre (56 %), maritime (33 %), puis aérienne (11 %). En 2020, davantage de migrants ont commencé à arriver par voie maritime (41 %) que par voie terrestre (37 %), potentiellement en raison de la fermeture des frontières et d’autres restrictions imposées pendant la pandémie de COVID-19. Ce changement de points d’entrée était  encore plus marqué en 2021, la plupart des migrants arrivant par la mer (69 %), ce qui indique un changement d’itinéraire de la Libye vers la Tunisie et des implications potentielles pour les mouvements de transit vers l’Europe via la Tunisie.

En ce qui concerne les intentions de migration, les personnes travaillant dans ce domaine soulignent que, du point de vue de nombreux États d’origine, les migrants subsahariens atteignent souvent la Tunisie pour transiter vers d’autres pays (probablement l’Europe). Cependant, de nombreux migrants ayant l’intention de transiter atteignent le pays et se retrouvent à y rester pour des périodes plus longues, parfois pendant des années, étant donné le manque de possibilités légales de poursuivre leur migration ou de retourner dans leur pays d’origine, ayant entre-temps accumulé de lourdes amendes pour dépassement de séjour, en plus de leurs vulnérabilités socio-économiques préexistantes. Un autre facteur est la possibilité d’un retour dans un climat économique difficile. Un expert, cité par ICMPD, a mentionné que bien que les migrants subsahariens soient confrontés à des difficultés économiques en Tunisie et soient plus vulnérables à l’insécurité alimentaire et aux pénuries, cela n’a pas réduit leur mobilité ou leurs aspirations à migrer. Pour ceux qui sont en Tunisie depuis plus d’un an, le choix entre rester ou rentrer chez eux est le premier, en raison des coûts financiers déjà encourus.

Le retour au pays, une option bannie !

L’expert a mentionné que, pour certains, les coûts d’un séjour irrégulier en Europe seraient moins élevés que ceux d’un retour dans le pays d’origine, en particulier pour les personnes qui dépassent la durée de leur visa et qui devraient payer une lourde pénalité en fonction de la durée de leur séjour.

Un expert a également souligné que de nombreux migrants de Côte d’Ivoire ont tendance à avoir des salaires plus élevés dans leur pays d’origine par rapport aux salaires qu’ils reçoivent en Tunisie. Dans ce cas, leurs décisions migratoires semblent donc être moins motivées par des raisons économiques que pour les autres migrants, et leurs objectifs à plus long terme sont simplement de migrer.

En ce qui concerne les migrants subsahariens en Tunisie, les facteurs politiques dans les pays de transit ou de destination sont moins pertinents dans le processus de décision migratoire des migrants subsahariens pour un certain nombre de raisons. Les facteurs dans les pays d’origine ont beaucoup plus de poids lors de la prise de décisions migratoires, et l’instabilité des conditions politiques, sécuritaires ou économiques est un facteur suffisant pour inciter à quitter son pays. Deuxièmement, les objectifs que ces migrants cherchent à atteindre, notamment la prospérité économique ou l’atteinte d’autres pays de destination, sont moins affectés par les rivalités politiques ou l’instabilité dans des pays comme la Tunisie.

Dans l’ensemble, les personnes interrogées ont décrit les plans de migration des migrants subsahariens comme étant moins affectés par ces facteurs externes et plus sensibles à l’augmentation des restrictions et de la surveillance des frontières.

En outre, étant donné la crise mondiale actuelle et les pénuries alimentaires qui touchent un certain nombre de pays africains, un universitaire a souligné qu’étant donné que des dynamiques de sécurité alimentaire similaires sont observées à la fois en Tunisie et dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne qui sont beaucoup plus dépendants des importations alimentaires, les migrants touchés par les pénuries alimentaires en Tunisie sont moins susceptibles d’envisager le retour à la lumière de ces pénuries plus larges ailleurs. Cela implique que ces pénuries peuvent être plus pertinentes pour les migrants tunisiens que pour les migrants subsahariens, y compris dans le contexte d’un retour potentiel.

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1 COMMENTAIRE

  1. L’Extrême droite française ne cesse de s’en prendre aux immigrés Maghrébins et Africains , à grands renforts de propos racistes et xénophobes , et en toute impunité en plus.
    IL est donc malvenu et INACCEPTABLE de maltraiter les Africains en Tunisie , nous devons les respecter.
    Nous devons respecter leurs droits.
    Nous devons les aimer.

    Par ailleurs je peux témoigner que l’image de la Tunisie en Afrique subsaharienne est très bonne , des Noirs Africains m’ont dit à plusieurs reprises , que la TUnisie était un petit pays , mais aussi « et de loin le plus développé d’Afrique ».

    En tous cas c’est l’image qu’ils ont de notre pays.

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