Les Tunisiens peuvent-ils renverser la vapeur ?

Les Tunisiens peuvent-ils renverser la vapeur ?

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Les Tunisiens se sentent comme dépossédés de leurs droits vis-à-vis des élites politiques depuis l’instauration de la démocratie après le printemps arabe en 2011. Et l’on se demande si les temps ne sont pas venus pour eux de renverser la vapeur. Quelques indices peuvent être regardés comme allant dans ce sens, par exemple, la tenue de l’élection présidentielle, la deuxième du nom depuis 2011

Alors que ce développement électoral a relancé la confiance de l’opinion publique dans le processus politique, la nouvel Exécutif dirigé par le président de la République, Kais Saied, n’a d’autre choix que de s’attaquer aux problèmes économiques, qui ont quelque peu entaché la voie réformiste de la Tunisie, estime le site d’analyse politique Byline Times qui, citant le chef du gouvernement désigné, Habib jemli, « lié au parti islamiste Ennahdha », convient qu’il s’agit là de « la dernière chance pour le processus révolutionnaire », au motif que « les Tunisiens ont été assez patients et les jeunes sont frustrés, et il est temps qu’ils voient l’espoir et la lumière au bout du tunnel ».

Ces dernières années, la dette publique de la Tunisie a atteint 70% du PIB national, l’inflation a atteint 6,7% et le taux de chômage officiel est resté élevé à 15,5%. Les emplois pour les diplômés universitaires qualifiés, en particulier, ont été rares, car les administrations antérieures n’en ont pas créé suffisamment. Ces conditions ont souvent donné lieu à des protestations. Certains ont fait valoir que le sentiment de privation des droits des jeunes tunisiens a souvent conduit certains Tunisiens à se laisser entraîner dans des factions extrémistes et à éprouver un sentiment de désespoir dans leur propre avenir.

“Bien que les Tunisiens aient décidé de supprimer tous les systèmes répressifs en janvier 2011, un tel succès ne peut être obtenu sans revers économique “, selon un chercheur tunisien indépendant dont le propos sont relayés par Byline Times. « Nous, les Tunisiens, avons montré qu’une transition de l’autoritarisme vers un pays libre avec peu de cicatrices est possible », assure-t-il, rappelant que le tourisme a été durement touché après de multiples attentats terroristes, en particulier à Sousse et au Musée national du Bardo de Tunis en 2015, qui, ont encore plus affecté l’économie tunisienne. Pourtant, le tourisme s’est progressivement redressé depuis grâce à l’amélioration de la sécurité en Tunisie.

Le moral quelque peu remonté

Une activiste de la société civile a estimé, pour sa part, que les Tunisiens ont davantage confiance dans le pays et sa politique après l’élection présidentielle du mois dernier. « Souvent, les gens d’ici se méfient des politiciens, les considérant comme des voleurs de notre argent et n’aidant pas les gens ordinaires »”, a-t-elle dit au Byline Times. « Ils n’ont pas eu confiance dans le système politique. Par conséquent, le taux de participation a été faible lors des élections précédentes. Mais, Kais Saied est venu en tant qu’outsider politique sans grand alignement politique, donc plus de gens ont voté cette fois et l’ont soutenu ».”

Saied, 61 ans, ancien professeur de droit sans expérience politique préalable, est considéré comme une personnalité alternative qui, de l’avis de nombreux Tunisiens, peut réformer radicalement le pays. Il s’est engagé à combattre la corruption et à promouvoir la justice sociale. En dépit d’une remontée du moral de l’opinion publique, elle voit des limites à la façon dont Saied pourrait améliorer les troubles politiques à long terme de la Tunisie. « Beaucoup de gens ont voté pour Saied en tant que figure anti-établissement, sans réaliser consciemment qu’il n’avait pas de plan économique à long terme pour le pays, ayant, de surcroît, des pouvoirs limités en tant que Président », a-t-elle ajouté.

Des remous en perspective !

Les élections législatives tunisiennes ont abouti à un Parlement divisé, aucun parti n’ayant remporté plus de 25 % des sièges. Le mouvement Ennahda est arrivé en tête avec 52 sièges sur 217, suivi de près par le parti Qalb Tounes. « Je pense que, d’ici l’année prochaine, nous pourrions assister à d’autres manifestations contre les problèmes économiques si ces derniers ne sont pas résolus “, a-t-elle pronostiqué.

Néanmoins, ces dernières semaines, Saied a rencontré des groupes de jeunes de communautés pauvres des gouvernorats de Kasserine et de Gafsa, et des analystes ont déclaré qu’il s’agissait d’une approche sans précédent pour rétablir la communication entre les politiciens et le public, qui pourrait conduire à une plus grande participation politique future.

Il y a des améliorations progressives et, comme toute révolution, c’est un processus long et continu qui sera meilleur à l’avenir. Après tout, regardez combien de temps il a fallu à l’Europe pour parvenir à des démocraties stables après ses révolutions. Et tous ceux qui ont désespérément besoin d’un changement dans le pays devront attendre de voir si tout cela se concrétisera, souligne Byline Times.

Traduction & Synthèse AM

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