Sur les quatre premiers mois de 2026, la Tunisie a exporté pour 22 694 millions de dinars (MDT) et importé pour 30 223 MDT. Le déficit commercial global atteint 7 529 MDT, contre 7 293 MDT à la même période de 2025. L’aggravation est de 236 MDT. Un seul poste de la nomenclature douanière tunisienne en est le principal responsable.
Les marchandises échangées y sont classées en 97 chapitres selon le Système Harmonisé (SH), référentiel international adopté par les douanes du monde entier. Chaque chapitre regroupe une famille de produits. L’analyse des flux chapitre par chapitre permet de localiser précisément les postes qui aggravent ou améliorent la balance commerciale, au-delà des agrégats globaux.

– La structure du déficit
Le chapitre 27, qui regroupe les houilles, pétroles bruts et dérivés, reste de loin le premier poste déficitaire avec 4 369 MDT, soit 58% du déficit global. Ce chiffre obéit à une logique de dépendance énergétique structurelle, sans substitut immédiat. Viennent ensuite le chapitre 84, machines mécaniques et chaudières, avec un déficit de 1 456 MDT, et le chapitre 10, céréales, à 1 344 MDT, directement lié aux importations de blé et d’orge dans un contexte alimentaire contraint.
– Les véhicules, principal facteur d’aggravation
Le chapitre 87 de la nomenclature douanière tunisienne regroupe les véhicules automobiles, tracteurs, cycles et autres véhicules terrestres, ainsi que leurs parties et accessoires. Il englobe aussi, tout autre véhicule entré en Tunisie via la marché parallèle. Sur quatre mois, ce poste affiche des importations de 2 434 MDT, contre 2 089 MDT à la même période de 2025, soit une hausse de 345 MDT en un an, représentant +16,5%. Les exportations du même poste, essentiellement des composants destinés à l’industrie automobile européenne, n’atteignent que 825 MDT. Le déficit du poste véhicules ressort à 1 609 MDT.
Son aggravation sur un an est de 249 MDT, alors que le déficit global se détériore de 236 MDT. Sans la dérive du poste véhicules, la balance commerciale tunisienne se serait légèrement améliorée sur la période. Le taux de couverture de ce poste, c’est-à-dire la part des importations compensée par les exportations, poursuit sa chute libre : il était de 48,7% sur les quatre premiers mois de 2024, il est tombé à 33,9% sur la même période de 2026.
– Le signal d’alarme d’avril 2026
La décomposition mensuelle révèle une accélération préoccupante. Sur les trois premiers mois de 2026, les importations du poste véhicules atteignent en moyenne 576 MDT par mois. Avril 2026, à lui seul enregistre 707 MDT, soit 131 MDT au-dessus de cette moyenne, une accélération de 22,8%. En glissement annuel, avril 2026 dépasse avril 2025 de 139 MDT, soit +24,5%. La balance du seul mois d’avril 2026 sur ce poste atteint -494 MDT.
Cette flambée d’avril n’est pas fortuite. Elle précède l’entrée en vigueur de la circulaire de la BCT (Banque Centrale de Tunisie) imposant un dépôt préalable à 100% de la valeur pour toute importation de véhicules. Les opérateurs ont manifestement anticipé la mesure en accélérant leurs dossiers avant le couperet. L’effet d’anticipation est lisible dans les chiffres. Son miroir, un effondrement des flux en mai et juin, devrait l’être tout autant dans les prochains bulletins douaniers.
Mais, peut-être faudrait-il que le ministère tunisien du Commerce, dont la DG-ComEx est le distributeur des quotas de voitures pour les concessionnaires, revoie sa politique d’autorisations de concessionnaires automobiles. Et aussi sa politique d’ouverture sur le marché chinois. Marché pour lequel le déficit commercial pour les seuls 4 premiers de 2026 a dépassé les 15 Mds DT (15.058 MDT), en hausse de 3,1% équivalant à 458 MDT. En perspective sur deux ans, le déficit avec la Chine a bondi de +58.4% par rapport aux 4 premiers mois de 2024, qui affichaient 9,509 MDT.
Peut-être faudrait-il aussi, que la Douane, source de l’ATT et de tout l’Etat, pour les chiffres sur les véhicules, trouvent le moyens technique et de recensement, de faire la différence entre concessionnaire légal et importateur pour le compte du marché parallèle, pour qu’on arrête de traiter les concessiooonaires légaux de rentiers, et qu’on s’occupe des vrais rentier du secteur parallèle, qui plus est ne paient presque rien à un Etat qui les protègerait presque en les laissant faire !
– Ce que les données ne disent pas encore
Le verdict sur l’efficacité de la circulaire BCT ne sera rendu qu’à partir du deuxième semestre. Les données des quatre premiers mois reflètent la période pré-mesure, et en partie l’effet de ruée qui l’a précédée. La vraie question est celle de l’impact structurel : la Tunisie n’assemble pas de véhicules en quantité significative, elle n’en fabrique pas. Elle en consomme, et les importe intégralement. Tant que cette réalité industrielle ne changera pas, aucune circulaire ne résoudra durablement le déséquilibre du poste 87.








