AccueilLa UNEL'Europe «peut sauver la démocratie chavirante» de la Tunisie!

L’Europe «peut sauver la démocratie chavirante» de la Tunisie!

Près de deux mois après sa capture de tous les pouvoirs au nom de la Constitution, les intentions du président  de la République, Kais Saied restent impossibles à deviner et les Tunisiens continuent de scruter ses faits et gestes pour tenter de comprendre s’il entend corriger la trajectoire démocratique ou changer le système politique tout entier, note le think tank français « l’institut Montaigne ».

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Sous la plume de sa Senior fellow Bassma Kodmani, il  reconnaît que « l’on ne sait pas grand chose des opinions du président tunisien, candidat indépendant et inconnu du public, élu en 2019 », « mais il vient de trouver grâce aux yeux des Tunisiens laïcs pour avoir mis fin à l’hégémonie des islamistes sur les institutions du pays » . Et s’il a pu s’appuyer sur l’armée qui n’était jamais intervenue dans la vie politique, c’est bien que celle-ci était inquiète.

Il est bien difficile d’apprendre à ne contrôler qu’une fraction du pouvoir et accepter de gouverner avec des contre-pouvoirs. La vérité est que Saïed est profondément hostile aux partis politiques quels qu’ils soient, comme le disent ses adversaires aussi bien que ses partisans.

Mais la logique de l’élimination – même s’il n’y a pas, comme en Égypte, de sang versé – est-elle la bonne réponse ? On se gardera bien de donner des leçons de démocratie aux Tunisiens mais une e jeune démocratie sans partis politiques crédibles est sujette à tout moment à un retour en arrière. La Tunisie, comme tous les pays sortant d’une ère autoritaire, n’aurait-elle donc pas les moyens de vivre en démocratie ? se demande le think tank.

Comment aider la Tunisie ?

Les États-Unis ont très vite actionné leurs relais sur place pour faire savoir qu’ils envisagent de sanctionner l’interruption du processus démocratique, alors que plusieurs pays arabes se réjouissent de l’éviction de Ennahdha mais bien plus encore de l’interruption du processus démocratique. Le prince héritier d’Arabie saoudite avait promis quelque cinq milliards de dollars au président tunisien au lendemain du coup de force pour saluer sa décision. Il n’en est plus question, semble-t-il : Riyad s’est contenté au lieu de cela d’envoyer de l’aide médicale et des vaccins à bord d’appareils militaires dans une opération hautement médiatisée.

Mais la Tunisie est avant tout une affaire européenne, estime l’institut Montaigne. Les tiraillements que lui font subir les pays arabes et la Turquie ne feront qu’accroître la polarisation de la scène politique et retarder le traitement des questions économiques et sociales. Le mal-être des Tunisiens se répercutera sur la France et les pays européens, non en Turquie ou dans le Golfe. Il faut donc tout faire pour que la Tunisie regarde vers l’Europe.

Emmanuel Macron n’a pas critiqué le coup de force de Kaïs Saïed et la France reste dans l’expectative, tandis qu’Angela Merkel a signifié sans détour au président tunisien qu’un retour au processus démocratique ne saurait attendre, a-t-il rappelé. La chancelière allemande met l’accent, à raison, sur la nécessité d’une solution politique à la crise, car, alors que les Tunisiens attendent une amélioration de leurs conditions de vie, les gouvernements qui se sont succédés n’ont pas été en mesure à ce jour de présenter un plan de redressement économique et social cohérent en raison précisément des chamailleries politiques.

Une crise gérable !

Pour l’Europe, il s’agit d’une crise de dimension gérable qui requiert des moyens économiques, financiers et une assistance politique et institutionnelle nourrie d’un savoir-faire qui lui est propre. Elle ne requiert pas de moyens sécuritaires, du moins pas pour le moment, le risque de violence restant pour l’heure limité. Le président tunisien s’est engagé à présenter une feuille de route pour le retour à la démocratie mais il y a fort à craindre qu’il n’ait pas les moyens, à supposer qu’il le veuille sincèrement, de trouver seul la voie de sortie de l’épisode autocratique dans lequel il a engagé le pays. On ne sait que trop bien que la pente est glissante…

Pour aider la jeune démocratie chavirante, il s’agirait de définir sans tarder un programme d’assistance précis et accompagner pas à pas l’élaboration de ladite feuille de route, autour de laquelle pourra se former une équipe responsable qui la mettra en œuvre. C’est maintenant qu’il conviendrait d’élever le niveau du dialogue politique avec la Tunisie et d’y inclure des exigences mais aussi des propositions claires. Bruxelles est à même de sauver la démocratie tunisienne, pour le bien des Tunisiens, mais aussi pour éviter d’enterrer la seule expérience positive issue des printemps arabes, conclut l’Institut Montaigne.

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