Au rebours de ce qui est généralement admis, l’exode des compétences tunisiennes à l’étranger s’est avéré être, à quelques égards, profitable aux Tunisiens, et plutôt un marché lucratif à creuser, au vu de l’apport substantiel de ces compétences aux transferts de fonds des tunisiens à l’étranger.
Le directeur général de l’Office des tunisiens à l’étranger, Mohamed Mansouri, a révélé que le volume des transferts des fonds des Tunisiens à l’étranger en Tunisie a bondi à environ 10 milliards dinars en 2022 (9,4 milliards), enregistrant une augmentation de l’ordre de 10% par rapport à son niveau de l’année précédente (8,7 milliards environ).
L’économiste Abdelkader Boudrigua a attribué cette hausse à la part croissante dans ces transferts assurée par les cadres tunisiens hautement qualifiés partis travailler à l’étranger, ces dernières années, médecins, ingénieurs, informaticiens, techniciens supérieurs, infirmiers expérimentés.
Les estimations officielles évaluent à 1000 médecins tunisiens qui vont chaque année travailler à l’étranger, principalement dans les pays européens, nommément la France, l’Allemagne, l’Italie et la Grande-Bretagne, dont une bonne partie est constituée de femmes. Ce nombre est supérieur au nombre des médecins formés chaque année dans les facultés tunisiennes de médecine et de pharmacie.
Les ingénieurs et les informaticiens seraient beaucoup plus nombreux et se compteraient par milliers annuellement, d’après les chiffres fournis par les organisations professionnelles d’ingénieurs et des autres cadres qualifiés.
Au total, la diaspora tunisienne, compétences comprises, compte, de nos jours, 1 million 732 mille personnes, selon les chiffres officiels.
Le directeur de l’OTE a noté que le volume des transferts financiers des Tunisiens à l’étranger a dépassé l’apport en devises d’autres secteurs structurés et représente environ 7% du PIB, se situant en 2ème position en matière de rentrées de devises, après les exportations.
L’informel, là encore
Pourtant, les transferts d’argent des compétences tunisiennes à l’étranger autant que ceux des autres tunisiens à l’étranger sont spontanés, et évoluent dans le champ de l’informel.
Aussi, l’économiste Boudrigua a mis l’accent sur la nécessité de penser à encadrer ces transferts par des mesures appropriées, et de passer ainsi des envois informels à la finance formelle et structurée.
En attendant une telle structuration, le directeur de l’OTE insiste sur la nécessité de faire en sorte que ces apports soient utilisés dans des investissements productifs, générateurs de richesses, d’emplois et de développement, avançant l’idée de lancer un emprunt obligataire en devises étrangères spécialement conçu aux expatriés tunisiens , toutes catégories confondues, et comportant des avantages attractifs à leur mesure.
A cet égard, des experts ont émis l’espoir que la nouvelle réglementation tunisienne des changes en cours d’élaboration sera caractérisée par davantage de souplesse et de facilités en faveur de la diaspora tunisienne, notant que la législation en vigueur est compliquée et restrictive. Ils ont signalé, notamment, les formalités relatives à l’ouverture des comptes bancaires en devises ou en dinars convertibles qui sont dérogatoires, dans la législation en vigueur.
Des pistes à sonder
A vrai dire, la nécessité de faciliter aux Tunisiens à l’étranger les transferts d’argent en Tunisie, à travers des canaux transparents et à moindres coûts est une recommandation récurrente qui revient constamment dans les discussions et réunions publiques.
Une des solutions proposée déjà à plusieurs reprises par les responsables tunisiens concernés dont ceux de la BCT est la bi-bancarisation, qui consiste en un double compte à l’étranger et en Tunisie, via les banques tunisiennes, soit en s’implantant dans certains pays, soit à travers leurs correspondants. « Elle pourrait être un début de solution, avait dit un jour le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Marouane El Abassi.
Il y aurait, selon les experts, d’autres pistes à explorer, comme la diversification des produits d’épargne, mais rien de concret n’a encore vu le jour. La technologie blockchain peut aussi être mise à profit à cette fin, selon les experts.
S’agissant de l’investissement, les dispositions spéciales en faveur de la diaspora existent, mais sont-elles assez connues ?
Une initiative louable a été entreprise, à cet égard, dans le cadre de la coopération tuniso-italienne, illustrée par le lancement en octobre dernier 2022, à Milan, en Italie, d’un « guide de l’investissement pour les Tunisiens à l’étranger », c’est-à-dire un guide sur les investissements des tunisiens à l’étranger en Tunisie.
S.B.H








