« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Voltaire. Hélas l’année 2014 a bel et bien enregistré l’augmentation du nombre des dangers que les journalistes vivent quotidiennement, avec un triste bilan de 66 journalistes tués et 119 enlevés.
Selon le dernier rapport 2014 du « Classement mondial de la liberté de la presse » publié par Reporter sans Frontières(RSF) , jeudi 12 février 2015, le journalisme dans le monde vit une « régression inquiétante »et une « détérioration générale » des conditions de travail des journalistes dans les 180 pays du classement.
Le classement mondial de la liberté de la presse de RSF permet de mettre sous la loupe la situation relative des 180 pays. Ce bilan porte sur leurs performances en matière de pluralisme, d’indépendance des médias, de respect de la sécurité et de la liberté des journalistes.
On s’attendait à un tableau plus ou moins heureux , mais les choses se présentent autrement. Une régression « brutale » marquée par l’attentat meurtrier contre Charlie Hebdo, magazine satirique, le jour de la sortie de son 1 177ème numéro, attentat qui a couté la vie à 12 personnes dont huit de sa rédaction.
Les pays scandinaves restent les plus respectueux des normes de liberté du journalisme. La Finlande figure en tête de l’édition 2014 du Classement mondial de la liberté de la presse, pour la cinquième année consécutive, accompagnée de la Norvège et du Danemark.
Le rapport salue quelques pays africains qui ont connu une amélioration de la liberté de la presse, dont Madagascar (64e, + 17 places), la Côte d’Ivoire (86e, + 15), le Malawi (59e, + 14) et l’Ouganda (97e, + 13).
A l’autre bout du spectre, les pires situations sont relevées au Turkmenistan (178e), la Corée du Nord (179e) et l’Érythrée (180e). A leurs coté figurent la Syrie qui stagne à la 177e place, juste derrière la Chine (176e), devant le Turkménistan, un quatuor inchangé depuis l’an dernier.
Le mauvais élève de l’année 2014 noté du doigt par RSF, est l’Italie qui a fortement chuté de 24 places au 73e rang, au terme d’une année difficile pour les journalistes, cibles de menaces notamment de la mafia et de procès en diffamation abusives.
Pour le reste des pays européens, la chute la plus sévère a été enregistrée au Luxembourg (qui passe de la 4e à la 19e place), Liechtenstein (de la 6e à la 27e place) et Andorre (de la 5e à la 32e place), en raison d’une proximité entre les pouvoirs politiques, économiques et médiatiques qui génère des conflits d’intérêts extrêmement fréquents et qui ne cessent de gagner en importance.
La situation en Libye est jugée « grave ». Les journalistes qui exercent en Libye (154e, -17) font l’expérience d’une situation chaotique, trois ans après la chute de Kadhafi depuis laquelle RSF a recensé sept assassinats et 37 enlèvements de journalistes. Face aux violences, plus de quarante professionnels de l’information se sont résolus à fuir le pays en 2014. Rapporter des informations sur les agissements des milices qui se partagent le pays relève désormais de l’héroïsme.
L’intensification de la violence envers les reporters et les net-citoyens couvrant les manifestations a été signalée par RSF, spécialement en Ukraine, à Hong-Kong, au Brésil et au Venezuela, qui perd 21 places (137e).
Pour la Tunisie (126e), qui gagne sept places par rapport à l’année précédente, la hausse est toute relative puisqu’en performance absolue, le pays stagne. Il reste qu’une stabilisation de la situation politique en 2014, la tenue des élections législatives et présidentielles et la formation d’un gouvernement d’union nationale, profitent aux activités d’information. En revanche, le nombre d’agressions commises à l’encontre des journalistes est toujours trop élevé et la mise en pratique des dispositions garantissant la liberté de l’information tarde à se mettre en place.
Pour résumer, le rapport a l’air de dire que si on veut connaître le baromètre de la liberté d’expression d’un pays, il ne faut pas aller voir le premier ministre, mais le dessinateur de presse.
Issam Khemakhem








