Libye : La Tunisie sur le fil du rasoir. Haftar de plus...

Libye : La Tunisie sur le fil du rasoir. Haftar de plus en plus anxiogène !

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Ce qui se passe en Libye inspire de l’inquiétude, plus que par le passé, suite à l’offensive lancée par le maréchal Khalifa Haftar contre Tripoli où siège le gouvernement d’Entente nationale. Conçue comme une « blitzkrieg », l’opération a par endroits tourné court, et pourrait durer longtemps, beaucoup plus longtemps que de raison, avec les pires conséquences qui devraient en découler. La Tunisie, voisin immédiat le plus proche du théâtre des opérations, a toutes les raisons d’exprimer tous les tourments qui l’habitent au vu des flux de libyens qui se bousculent à ses frontières, mais encore des ingérences étrangères qui s’accentuent, exposant le pays à des convulsions encore plus incontrôlables.

Peu lotie sur ce registre, la Tunisie n’a de cesse de se dire « vivement et profondément préoccupée » par la situation qui est celle de son voisin du Sud, appelant les Libyens à chercher des solutions autres que militaires, tout en affirmant qu’elle se tient à égale distance vis- à- vis des belligérants. Son ministre des affaires étrangères, vient de le rappeler avec force, assurant que son pays a déployé des efforts considérables pour mettre un terme aux opérations militaires en Libye et revenir à la solution politique, afin d’éviter davantage de souffrances aux Libyens. Il a surtout pris soin de souligner que la Tunisie entretenait des relations avec de nombreux partis libyens au cours de la période écoulée depuis le début de l’attaque contre Tripoli, soulignant que la Tunisie poursuivrait ses efforts auprès de toutes les parties internationales pour mettre un terme aux opérations militaires et trouver une solution politique sous la supervision des Nations Unies.

Emboîtant le pas au président de la République, le ministre tunisien des AE, déroge à la règle à laquelle les autorités tunisiennes se sont astreintes en choisissant de rester singulièrement peu bavardes sur le tumulte qui se déroule chez leur voisin, et à juste titre, disent les analystes. « La communication publique à ce sujet a été limitée, silencieuse et prudente “, a déclaré Max Gallien, un expert basé à Londres qui suit de près le Maghreb, à Al-Monitor. “Compte tenu du climat politique polarisé[en Libye] et des vulnérabilités de la Tunisie, je pense que c’est une stratégie de communication raisonnable», a-t-il estimé.

La méfiance de Haftar

Il est clair que les autorités tunisiennes, soucieuses de ne s’attirer les foudres de personne, font œuvre d’équilibriste sur un dossier où la prudence est une vertu plus que cardinale, dont la rupture pourrait valoir au pays beaucoup de désagréments, voire de franches inimitiés. Le politologue Youssef Cherif, qui a beaucoup écrit sur la Libye et la Tunisie, a estimé que « si Haftar gagne, il fera face à une insurrection à long terme en Libye. Plusieurs groupes extrémistes opérant dans la région du Sahel vont tenter de secouer son régime ». Dans le même temps, « Haftar se méfiera de la Tunisie si elle reste une démocratie, parce que beaucoup de ses ennemis s’y réfugieront et établiront des avant-postes pour le critiquer comme beaucoup de Syriens l’ont fait au Liban dans le passé »

L’analyste indique que l’homme fort de l’Est libyen «  tenterait de déstabiliser la Tunisie et de l’affaiblir, tant qu’elle permettrait à ses critiques et à ses opposants d’agir ». « Un gouvernement dirigé par le mouvement Ennahdha serait plus enclin à laisser entrer de tels opposants ».

Amy Hawthorne, directrice de recherche au Project on Middle East Democracy, un groupe de réflexion basé à Washington DC, pour sa part, a fait part d’une autre grande inquiétude. «  La perspective que les Libyens déplacés par la campagne de Haftar mettent le cap sur la frontière pourrait représenter un nouveau fardeau pour l’État tunisien, qui a déjà accueilli entre 600 000 et un million de réfugiés libyens depuis 2011 ».

Le plus grand risque, cependant, est que les jihadistes exploitent la situation et étendent leur présence en Tunisie. Marc Pierini, ancien ambassadeur de l’UE en Tunisie et chercheur invité à Carnegie Europe, a déclaré à Al-Monitor : «  Si le succès militaire de Haftar devait se faire au prix d’une violence massive, cela pourrait déclencher une vague de [réfugiés] vers la Tunisie, et, comme on peut le voir ailleurs, les jihadistes pourraient s’y mêler. Il s’agit notamment de nombreux Tunisiens qui ont rejoint Daech, dont certains auraient quitté la Syrie pour la Libye après que leur califat s’est effondré ».

Une menace immédiate

D’ailleurs, dans un revirement bizarre, Haftar, un laïc autoproclamé qui compte pourtant des salafistes parmi ses alliés militaires, a déclaré à France 24 cette semaine qu’il relâche souvent des combattants tunisiens de Daech après leur capture par ses forces. Lorsque le présentateur lui a demandé s’il voulait dire qu’il les avait remis au gouvernement tunisien, il a répondu : “Non, nous les avons simplement laissés partir”.

Sharan Grewal, de Brookings Institution, spécialisé en islam politique et dans les affaires nord-africaines, a reconnu que les progrès de Haiftar en Libye “constituent une menace immédiate pour la Tunisie”. Ceci pourrait augurer ” d’un débordement potentiel de violence, d’un afflux de réfugiés, voire d’une instabilité en ce qui concerne l’économie informelle “, a-t-il fait remarquer dans ses commentaires envoyés par courriel à Al-Monitor.

Il faisait référence au commerce transfrontalier informel, principalement la contrebande de carburant et de denrées alimentaires, qui a été une source de revenus essentielle pour les populations économiquement défavorisées du sud de la Tunisie. Ce commerce a été perturbé par la violence et les contrôles frontaliers plus stricts qui ont été imposés depuis.

Méditons enfin cette mise engarde de l’expert Max Gallien : « En l’absence d’un développement économique significatif, cette [perturbation du commerce] risque d’aggraver les troubles. Aucune de ces questions, qu’il s’agisse de la circulation des personnes ou de la sécurité des frontières ou de l’économie frontalière, n’a de solution rapide ; elles demeureront des défis critiques pour les années à venir. »

1 COMMENTAIRE

  1. La Tunisie a tout intérêt de se ranger du côte du Général Haftar c’est lui qui va tenir le pays en mains, et c’est lui qui ouvrira le robinet d’or ou la fermer pour la Tunisie une fois installé comme maître absolu en Libye.

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