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jeudi 4 juin 2020
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L’indispensable changement du modèle politico-économique, selon l’ex ambassadeur US Walles

Que la Tunisie soit dans une mauvaise posture et qu’elle semble s’y éterniser, cela se voit et se sent à des kilomètres à la ronde. Et elle traîne cette gamelle depuis plus d’un lustre sans pouvoir s’en relever le temps d’un sursaut, propice à un aggiornamento. Jack Walles, qui était ambassadeur des Etats-Unis à Tunis de 2012 à 2015, apparaît comme un expert de première main dont les analyses ont vocation à être prise pour de l’argent comptant. Il vient d’en livrer une à « Carnegie Middle East Center »  où il est chercheur principal non résident.

Il y constate que « le  pays semble à la dérive, incapable d’aller de l’avant, que ce soit sur le plan économique ou politique. L’économie est bloquée depuis des années dans un schéma de faible croissance et de chômage élevé. Et le système politique a été jusqu’à présent incapable de traduire les résultats des élections parlementaires de 2019 en un gouvernement efficace. Si le soutien populaire au système démocratique reste fort, l’absence de progrès dans les domaines économique et politique met en péril la transition démocratique du pays ».  Il ne lui en faudrait pas davantage pour insister sur l’urgence d’ « efforts supplémentaires pour remédier à ces faiblesses et remettre le pays sur une voie plus sûre ».

Les Tunisiens décrivent généralement les objectifs essentiels du soulèvement de 2011 comme étant « la liberté et la dignité ». Mais lorsqu’il s’agit de « dignité », la plupart d’entre eux  expriment leur déception face à ce qui a été réalisé. Si la recherche de la dignité comporte de nombreux aspects, l’un des principaux fondements est la possibilité d’obtenir les ressources économiques nécessaires pour vivre dans la dignité – se marier, posséder une maison, élever des enfants. Pourtant, l’économie tunisienne n’a pas produit les emplois et les opportunités économiques nécessaires pour permettre à de nombreuses personnes de mener une telle vie, en particulier dans l’intérieur pauvre du pays, note le ci-devant diplomate.

Elections : un résultat « inusité »

Pour remédier à cette situation, dit-il, il faudra apporter des changements significatifs au modèle économique tunisien. La lutte contre la corruption endémique dans le système est essentielle – c’était un thème majeur lors des récentes élections – mais elle n’est pas suffisante. L’environnement pour la création ou l’exploitation d’une entreprise privée reste beaucoup trop restrictif. Le prochain gouvernement doit s’attaquer au maquis des réglementations qui étouffent le secteur privé et facilitent la corruption. En outre, il doit créer des incitations pour que les entrepreneurs s’étendent au-delà des secteurs et des marchés d’exportation traditionnels. La Tunisie doit faire davantage pour tirer parti de sa main-d’œuvre bien formée et de sa situation privilégiée entre l’Europe et l’Afrique pour accroître le volume et la valeur de ses exportations.

Et Jack Walles de trouver comme bien d’autres avant lui que « les élections présidentielles et parlementaires de 2019 ont donné lieu à un résultat inusité ». Il  explique qu’elles  ont porté au pouvoir un président, Kaïs Saied, « sans expérience préalable du gouvernement et sans base politique organisée, aux côtés d’un parlement fracturé incapable de se mettre d’accord sur la composition d’un nouveau gouvernement ». Début janvier, le cabinet proposé par le chef du gouvernement désigné Habib Jemli a été rejeté à une écrasante majorité par le Parlement. Saied a maintenant nommé un ancien ministre des Finances, Elyès Fakhfakh comme chef du gouvernement désigné  Il aura un mois pour former un gouvernement. S’il échoue également, de nouvelles élections devront être organisées.

Ce ne sera pas facile !

Qu’un nouveau gouvernement soit formé par le Fakhfakh ou que de nouvelles élections soient organisées, le prochain gouvernement tunisien devrait s’attacher en priorité à répondre au besoin urgent de réforme économique du pays. Cela ne sera pas facile, avertit l’ex ambassadeur US, car les intérêts acquis qui ont bien fonctionné dans le cadre du système actuel continueront à résister au changement. Les dirigeants politiques d’un large éventail de partis devront mettre de côté leurs différences idéologiques pour se concentrer sur la nécessité du progrès économique.

Saied pourrait jouer un rôle important pour rendre cela possible. Il pourrait, par exemple, réunir les parties prenantes du gouvernement, du monde des affaires et des syndicats pour entamer un dialogue afin de convenir de principes généraux pour faire avancer l’économie.

Une situation malsaine

Le pays doit également réfléchir à la manière de réformer le système politique afin d’éviter que les résultats des élections législatives de 2019, où une vingtaine de partis politiques se sont présentés au parlement sans compter les listes indépendantes, ne se reproduisent. Seuls deux partis –  Ennahdha et Qalb Tounes de Nabil Karoui – ont obtenu plus de 7 % des voix. Un nombre étonnant de treize partis a fait son entrée au Parlement avec moins de 3 % des voix. Cette situation n’est pas saine pour un système démocratique, et la Tunisie devrait envisager d’établir un seuil de représentation parlementaire. Cela obligerait les petits partis à se regrouper, ce qui rendrait la législature plus gérable et moins fracturée. Cela aussi ne sera pas facile, car les amendements à  la loi électorale nécessiteront l’assentiment du parlement existant et de son assemblage de petits partis, conclut Jack Walles.

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